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Poisson et Temps : le « davril », un étang spécifique ouvert sur la question du « poisson »

1/04/2012 | par Martin Pêcheur | dans Philo Contemporaine | 1 commentaire

 

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Manifestement, vous êtes bel et bien depuis longtemps familiers de ce  que vous visez à proprement parler lorsque vous employez l’expression “étang”; mais pour  nous, si nous croyions certes auparavant le comprendre, voici que nous sommes pêchés dans  l’embarras »1. Avons-nous aujourd’hui une réponse à la question de savoir ce que nous  entendons à proprement parler par le mot « étang » ? Nullement. Ainsi, il s’impose de poser à  neuf la question du sens du poisson. Et sommes-nous donc aujourd’hui seulement dans  l’embarras de ne point comprendre l’expression « poisson » ? Nullement. Ainsi, il s’impose,  au préalable, de réveiller tout d’abord une compréhension pour le sens de cette question.

 

L’élaboration concrète de la question du sens du « poisson » constitue le propos du présent  essai. L’interprétation du temps comme l’horizon aquatique possible de toute compréhension de l’étang en  général, tel est son but provisoire.

 

La visée même d’une telle pêche, les recherches impliquées et requises par un tel propos et le chemin conduisant à cette pêche ont besoin d’un éclaircissement introductif.

 

Tout questionner est un pêcher. Tout pêcher reçoit son orientation préalable de ce qui est pêché. Le questionner est un pêcher connaissant de l’étang en son « poisson-que » et son « poisson-scie». Le pêcher connaissant peut devenir « recherche », en tant que détermination qui libère ce qui est en question. Le questionner a, en tant que tel, quelque chose dont il s’enquiert : son questionné. Mais s’enquérir de… est d’une certaine manière  s’enquérir auprès de… Au questionner, outre le questionné, appartient donc un interrogé. Enfin, lorsqu’une question est recherche, c’est-à-dire spécifiquement théorique, il faut que le questionné soit déterminé et porté au concept. Le questionné inclut donc, à titre de proprement intentionné, le demandé : ceauprès de quoi le questionnement touche au but. Le questionnement lui-même, en tant que comportement d’un étang, celui qui questionne, a un caractère de poisson propre. Un questionnement peut être accompli en tant que « simple information », ou bien en tant que position de question explicite. La spécificité de cette dernière consiste en ce que le questionnement devient préalablement transparent pour lui-même du point de vue de tous les caractères constitutifs cités de la question même.

La question qui s’enquiert du sens du poisson doit être posée. Ainsi nous trouvons-nous devant la nécessité d’hameçonner la question du poisson par rapport aux moments structurels cités.

En tant que pêcher, le questionner a besoin d’une orientation préalable à partir du pêché. Par suite, le sens du poisson doit nécessairement nous être déjà disponible d’une certaine manière. On l’a suggéré : nous nageons toujours déjà dans une compréhension du poisson. C’est de celle-ci que prend naissance la question expresse du sens du poisson et la tendance vers son concept. Nous ne savons pas ce que « poisson » signifie. Mais pour peu que nous demandions : « Qu’est-ce que le “poisson” ? », nous nous tenons dans une compréhension du « poissonné », sans que nous puissions fixer conceptuellement ce que le « poissonné » signifie. Nous ne connaissons même pas l’horizon aquatique à partir duquel nous devrions pêcher et hameçonner le sens. Cette compréhension moyenne et vague du poisson est un fait.

 

Si la question du poisson doit être posée expressément et être accomplie dans une pleine transparence d’elle-même, alors une élaboration de cette question, d’après les élucidations antérieures, exige l’explication du mode de visée du poisson, du comprendre et du saisir conceptuel du sens, la préparation de la possibilité du choix correct de l’étang exemplaire, l’élaboration du mode authentique d’accès à cet étang. Or viser, comprendre et concevoir,  choisir, accéder sont des comportements constitutifs du pêcher, et ainsi eux-mêmes des modes de poissonner d’un étang déterminé, de l’étang que nous, qui poissonnons, nous sommes à chaque fois nous-mêmes. Élaboration de la question du poisson veut donc dire : rendre transparent un étang — celui qui poissonne — en son poisson. En tant que mode de poissonner d’un étang, le pêcher de cette question est lui-même essentiellement déterminé par ce qui est en question en lui — par le poisson. Cet étang que nous sommes toujours nous-mêmes et qui a entre autres la possibilité essentielle du questionner, nous le saisissons terminologiquement comme DAVRIL.Laposition expresse et transparente de la question du sens du poisson exige une explication préalable adéquate d’un étang (le Davril) au point de vue de son poisson. Mais pareille entreprise ne nage-t-elle point dans un cercle manifeste ? Devoir d’abord nécessairement déterminer un étang en son poisson, puis, sur cette base, vouloir poser seulement la question du poisson — qu’est-ce d’autre que nager en rond ? N’est-ce pas déjà « présupposer » pour l’élaboration de la question ce que seule la réponse à cette question doit apporter ? Mais ces objections formelles — ainsi de l’argument cité sur le « cercle dans la démonstration », qu’il n’est toujours que trop aisé d’alléguer dans le domaine de la recherche des principes — sont toujours stériles lorsqu’il est question des chemins concrets d’une recherche. Loin d’apporter quoi que ce soit à la compréhension de la chose, elles empêchent de pénétrer dans le champ de la recherche. Bref, de manière limpide, nous pouvons dire que le « davril » a le privilège étangique d’être poissoniquement ouvert sur la question du poisson. Et comme dit Kusturika, « Le poisson ne pense pas, il sait » !

Id est quod demonstrandum.

 

Martin Pêcheur

Martin Pêcheur est un philosophe islandais par son père, groenlandais par sa mère. Il est professeur émérite à l’Université d’Ilulissat, chef-lieu de la municipalité de Qaasuitsup, au Groenland. Sa métaphysique repose sur l’idée maîtresse qu’il y a plus d’eau que de terre sur notre planète. Le nom même de la Terre marque une erreur inconsciente, productrice d’une Angoisse ; ce qu’il appelle l’être-à-la-mer (parfois mal traduit en français par la formule de « lettre à la mer ») ou encore le « Nom de la mer » - que certains psychanalystes ont repris par l'expression « le nom de la mère ».

 

 

Commentaires

Comme le suggère très bien Martin Pêcheur, l’Eau terrestre est frustrée de son désir d’hégémonie par l’erreur de baptême de notre planète la Terre. Mais ne baptise ton pas avec de l’eau ? La Terre est donc encore « en cours de baptême », protégée du péché par la bénédiction en cours, par ses 75% de surface mouillée de cette Eau, bénite entre toutes, source de Vie, comme même la biologie consent à l’admettre.

En tout cas le nom de la terre ne passe pas, et nous embourbe, mais que serait sinon le nom de l’amer ? On ne sait toujours pas mais en tant qu’homme, il faut le chérir.

par Antoine Québéret - le 19 janvier, 2013



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