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Décès de Françoise Seligmann, figure de l’indignation et de la résistance

1/03/2013 | par Alexis Feertchak | dans Politique

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C’est avec une grande tristesse que j’ai appris hier la mort de Françoise Seligmann, une indignée de longue date qui s’est éteinte à l’âge de 93 ans, le même jour que Stéphane Hessel. Résistante, collaboratrice de Pierre Mendès France et de François Mitterrand, elle avait créé en 1957 le Journal de la Ligue des droits de l’homme « Après-Demain », qu’elle dirigea jusqu’à sa mort. Ancienne secrétaire nationale du Parti socialiste, elle fut également sénatrice des Hauts-de-Seine de 1992 à 1995.

Engagée pour la défense des valeurs de la République et des droits de l’homme, elle n’était pas seulement indignée, mais bien plus encore : sa vie fut un combat permanent, qui passa par des actions qu’elle menait sans faillir.

Je l’avais recontrée pour la première fois il y a trois ans maintenant, à la journée du Livre politique organisé par l’Assemblée nationale. Elle m’avait alors proposé d’écrire pour sa revue de documentation politique « Après-Demain ». Je me souviens de l’effet exceptionnel qu’elle faisait : on ne pouvait qu’être saisi par cette énergie naturelle qui l’animait. Elle faisait confiance et souhaitait sans cesse que les nouvelles générations s’engagent à leur tour, prennent part à tous les combats encore à mener. Elle avait ainsi prononcé un vibrant éloge de l’engagement à la Conférence Olivaint, association étudiante de réflexion politique. A la tribune, cette petite dame qui avait déjà dépassé les quatre-dix ans nous avait tous impressionné.

Elle était l’exemple remarquable du prolongement nécessaire de l’indignation : l’indignation, pour ne point devenir un ressentiment piteux ou haineux, doit être constamment dépassée dans l’action. Et l’action demande de croire à ses idées.

Sophie Chassat, dans son éditorial « Les indignés peuvent-ils changer le monde » exprimait clairement cette idée : « Il y a, dans le mouvement d’indignation, l’expression d’un idéal, d’une cause juste, bonne, raisonnable, à défendre, et il ne s’agit peut-être pas tant alors du déferlement d’une passion que de la résonance affective de la raison. « La colère peut être folle et absurde ; on peut être irrité à tort ; on n’est indigné que lorsqu’on a raison au fond par quelque côté », note ainsi avec profondeur Victor Hugo dans Les Misérables (…) A défaut de réaliser immédiatement le changement, l’indignation rappelle quelques vérités essentielles en matière de dignité des hommes. Où est toute la vertu de l’idéal : fonctionner comme horizon, archétype régulateur de nos actions, de nos pratiques, de nos décisions, et accompagner des transformations peut-être moins éclatantes que la rupture d’un changement radical, mais plus profondes ».

 

Alexis Feertchak

Journaliste, Alexis Feertchak est chef de service au Figaro, chroniqueur pour le magazine Conflits et rédacteur en chef du journal iPhilo, qu'il a fondé en 2012. Diplômé de Sciences Po Paris et licencié en philosophie de l'Université Paris-Sorbonne après un double cursus, il a été pigiste pour Philosophie Magazine et a collaboré pour l'Institut Diderot, think tank de prospective. Suivre sur Twitter : @Feertchak

 

 

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