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Théorie du genre : d’une confusion l’autre …

31/01/2014 | par Claude Obadia | dans Art & Société | 12 commentaires

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La récente polémique autour de l’enseignement de la théorie du genre mérite qu’on s’y arrête. Au premier abord, il s’agit d’appliquer à la question du genre une vision de l’homme et de la société selon laquelle les différences ne sont nullement naturelles mais au contraires dues à la socialisation et à l’éducation. Notre identité, selon ce point de vue,  serait construite et conditionnée par des représentations sociales qu’il nous revient alors de “déconstruire” afin de retrouver ce qui, en nous, relève de la nature.

Par où l’on comprendra sans difficulté quels sont les ressorts de la théorie du genre. Car il ne s’agit pas seulement de montrer que les femmes et les hommes se conforment à des stéréotypes culturels. Il s’agit de combattre la “domination masculine” appuyée sur la prétendue naturalité de ces types comportementaux. En affirmant que, par nature, les hommes et les femmes ne diffèrent pas, donc que la nature ne veut pas de domination masculine, c’est bien une position militante que les partisans de la théorie du genre défendent. Or, deux questions doivent ici être posées.

Première question : est-il tellement certain que les différences entre les hommes et les femmes ne sont que des constructions culturelles ? Est-il tellement évident qu’hommes et femmes soient par nature identiques ? Les défenseurs de la théorie du genre diront ici qu’ils n’ont jamais parlé d’identité. On leur objectera alors  que leur position est soit naïve, soit de mauvaise foi. Car comment ne pas confondre les hommes et les femmes si l’on part du principe que rien ne les distingue ? Aussi est-il clair que la théorie du genre, selon laquelle les différences entre hommes et femmes ne sont que des « constructions » sociales, repose sur un présupposé. Ce dernier n’est autre que celui de l’identité naturelle des hommes et des femmes.

Les ressorts de ce présupposé ne sont pas moins clairs. Car c’est la confusion de deux plans pourtant distincts qui est ici impliquée, celui de l’institution et celui de la nature. Le principe républicain et démocratique veut que les hommes et les femmes soient égaux en droits. Mais l’égalité des hommes et des femmes n’est aucunement un fait de nature. C’est une norme juridique. Vouloir prendre celle-ci pour celui-là revient à confondre une donnée naturelle et une construction culturelle.

Seconde question: s’il faut défendre le principe de l’égalité des droits pour les hommes et les femmes, faut-il mener ce combat au nom de faits prétendument naturels ? N’est-ce pas là affirmer que les sociétés humaines doivent se conformer à l’ordre de la nature ? Or, cela, nous ne pouvons l’accepter. Les raisons en sont multiples. Quand la nature détermine l’animal à satisfaire ses besoins, l’homme  peut maîtriser ses instincts et opposer au déterminisme la force de sa volonté. Quand la bête n’est que ce que la nature fait d’elle, l’homme est capable de culture, c’est-à-dire de faire quelque chose de lui-même. Enfin, quand la force est la mesure des rapports qu’entretiennent les bêtes et que les plus faibles sont condamnés à y céder, l’homme, lui, proclame la force des faibles ! Cela s’appelle la justice, cela s’appelle la vertu ou bien encore le droit  des faibles, autrement dit le devoir de les secourir et d’affirmer leur dignité. Or, a-t-on jamais vu que la nature veuille d’une telle dignité ? Qui osera soutenir que, par nature, le faible est fort et que l’homme en bonne santé n’est pas différent du malade ? Soyons sérieux. Si l’Europe doit à Athènes le paradigme de la démocratie, elle doit au judéo-christianisme l’idée que l’homme est une “anti-nature”, que l’humanité réside dans le combat que l’homme peut mener contre ses instincts et son irascibilité. Or, ne tient-on pas là, non seulement le fondement de l’humanisme européen, mais la dernière digue qu’il convient d’opposer à ceux qui, de près ou de loin, suspendent le respect de l’homme à telle ou telle condition?

Gardons nous donc de céder, sur cette question du genre comme sur d’autres, à l’illusion d’un fondement naturel de la société et des lois. Les femmes doivent jouir des mêmes droits que les hommes. Au nom de l’humanité et  au nom de la culture, non de la nature.

 

Claude Obadia

Agrégé de philosophie, Claude Obadia enseigne à l'Université de Cergy-Pontoise, à l'Institut Supérieur de Commerce de Paris et dans le Second degré. Il a publié en 2011 Les Lumières en berne ? (L’Harmattan) et en 2014 Kant prophète ? Éléments pour une europhilosophie (éditions Paradigme – Ovadia). Il consacre ses recherches actuelles aux sources religieuses et métaphysiques du socialisme. Son blog : www.claudeobadia.fr.

 

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Commentaires

Merci Monsieur pour ces explications claires et bienvenues ! On tombe sur la tête avec ces mesures d’éducation nationale (s’il s’agit encore d’éducation). Je vous invite à lire attentivement le programme de l’ABCD de l’égalité, proprement hallucinant. On va jusqu’à y combattre le sport dans son accomplissement physique au nom de l’égalité réelle. Là est le pb et vous vous en faites écho : on parle moins d’égalité que d’identité dans cette idéologie du gender.

par A. Terletzski - le 31 janvier, 2014


Votre article semble pertinent, mais il part d’un postulat qui n’est pas forcément fondé : existe-il seulement une « théorie du genre » ? Ou partez-vous du principe que votre critique s’adresse à l’ensemble des gender studies. On sait que le terme de « théorie du genre » a été en grande partie utilisée par les critiques catholiques au Gender et qu’il n’est pas à proprement parler scientifique.
Pour répondre à Terletzski, l’ABCD de l’égalité est en effet assez ridicule. Mais est-il nécessaire d’aller jusqu’à parler d’un programme sous-tendu par une idéologie Gender ?

par AG - le 31 janvier, 2014


Je pense qu’il faudrait contrôler l’importation des théories américaines en France comme les USA contrôlent celle des fromages français. Par souci de santé publique…

par Patrick Ghrenassia - le 31 janvier, 2014


Théorie du genre ?
http://www.lejournaldepersonne.com/2014/01/la-theorie-du-genre/
Qu’est-ce que c’est ?
C’est le genre de théorie qui n’a rien de théorique
Rien d’évangélique
Tout est à l’égout :
Le sexe et les anges !
C’est l’obsession pour la pratique
Des goûts et des couleurs
De nos sexes et de nos textes.
Les autorités prétendent qu’il s’agit d’une rumeur
Et moi, je crie haut et fort que ce n’est pas une rumeur
mais UN rumeur… enfin quelque chose
De nouveau sous LA soleil
Une gars, un fille c’est pareil
Un con, une conne : point de différence!
Saluons le progrès de l’intelligence
Entre masculin et féminin, manifestons l’équivalence…
Non, ce n’est plus mon cœur qui balance
Entre une homme et un femme
Mais mon essence qui n’a plus d’importance!
On ne nait pas femme… on le devient
On nait homme… puis on cesse de l’être.
Égalité du genre pour camoufler l’inégalité de nature
On n’avait d’yeux que pour les enculeurs et les enculés
Voici venu le temps des enculeuses,
Qui ne vous prennent plus la tête… mais la creusent
Pour vous réapprendre la langue
Sans Racine ni Molière
Et vous conduire à la morgue avec une père, un mère et des enfants qui pleurent!

par lejournaldepersonne - le 1 février, 2014


Que l’égalité entre les hommes et les femmes doive reposer sur des principes juridiques et moraux et essentiellement sur celui de l’universalité humaine me semble en effet relever de l’évidence. En revanche pour ce qui concerne le recours au concept de genre, il me semble qu’il permet, non pas de justifier l’égalité au nom de la nature, mais de contrer ceux qui prétendraient la contester au nom de cette même nature. D’autre part, j’ai le sentiment que trop souvent, que ce soit parmi les défenseurs ou les adversaires, ceux qui se réfèrent à la « théorie du genre » ne savent pas trop de quoi ils parlent – je précise que mon propos ne concerne pas ici l’auteur de cet article, mais plutôt ceux qui, de part et d’autre, ont initié la polémique. Il existe, en effet, un concept de genre, des études sur le genre, mais je ne crois pas qu’il existe, à ma connaissance, une théorie unifiée sur le sujet. Les positions sur cette question semblent d’ailleurs diverses, entre celles qui considèrent que tout est construit et celles qui pensent que les choses sont plus complexes et que certains comportements d’ordre essentiellement culturels s’imbriquent de manière inextricable avec des caractéristiques auxquelles dont on ne peut dénier la naturalité. Le genre relève plutôt d’un concept qui est en débat, qui est un objet de recherche et de réflexion, que le cœur d’une théorie unifiée et établie.

par Eric Delassus - le 1 février, 2014


Merci Eric Delassus pour votre clarification conceptuelle. La « théorie du genre » est en effet une expression qui n’a pas de sens. Il y a des études à propos du concept de « genre » qui cherchent à décrire la distinction entre sexe et genre. En conséquence il existe des théories qui émergent de ces études. On peut dire qu’une des théories de ses études est celle qui consiste à superposer sexe et genre ou à nier, au moyen d’arguments, que sexe et genre ne peuvent ni ne doivent être dissociés, bref qu’il existe un rapport nécessaire entre sexe et genre. C’est pour le moins discutable et cela peut être discuté au sein des études sociologiques et anthropologiques sur le genre. Ainsi, sans le savoir, les manifestants « contre l’enseignement de la théorie du genre », soutiennent une des théories au sujet du genre et participent ainsi aux études du genre.

par François Loth - le 2 février, 2014


Une réaction peut être un peu tardive…Mais il me semble que la controverse entre « théorie » et « études » n’est pour ainsi dire pas au cœur de la problématique…Quoi qu’on en dise, il est toutefois possible de parler de théorie dans la mesure où certains conceptualisent le déterminant « femme » / »homme » comme instrument de domination politique et social et proposent justement d’en combattre les impacts…
Le débât me semble, en l’occurrence, devoir ici plutôt porter sur la fonction de l’école et le contenu contemporain de la neutralité ( notamment) laïque portée par le modèle républicain.

par Anna92 - le 10 février, 2014


Avec ces questions d’identité, de parenté récupérées par les intégristes de tout poil, on voit émerger dans le flot des rumeurs et des slogans, une remise en cause inquiétante de la liberté d’enseigner. Cela dépasse de loin la seule remise en cause de la soi-disant « théorie des genres » prétendument enseignée en maternelle et en élémentaire, mais concerne à terme tous les niveaux et la plupart des disciplines enseignées à l’école. C’est au nom de valeurs non seulement religieuses et morales, mais également sécuritaires et hygiénistes qu’on risque prochainement d’écarter de nos enseignements toutes idées pouvant heurter la bonne conscience de familles intolérantes et sectaires.
Soyons extrêmement vigilant et tenace face à cette menace qui prétend faire trembler au nom de la « norme naturelle » ou de l’autorité (divine, scientifique ou même laïque), les nouvelles formes de pensée et d’institutions qui se cherchent ! J’ai personnellement rencontré en tant que professeur de philosophie, dans certaines de mes classes, des difficultés de cet ordre à parler de Sartre et de Simone de Beauvoir, de Deleuze ou de Foucault, de Claude Lévi-Strauss, d’Adorno et même de Freud. L’idée qu’il n’y a pas de « nature humaine » et que chacun puisse choisir son existence à l’écart des assignations identitaires auxquelles nous sommes souvent fixés, semble de plus en plus heurter certaines subjectivités adolescentes sans doutes imprégnées de préjugés multiples. Des concepts aussi novateurs que ceux de « devenir-femme», « devenir-enfant » chers à Deleuze seront bientôt perçus comme des invitations dangereuses à transgresser les genres ou les âges ! et, le concept d’ethnocentrisme devra même disparaître de nos cours sous prétexte qu’il fait l’apologie d’un relativisme culturel et du communautarisme !
Certains politiques et membres de la communauté éducative semblent considérer qu’il faille éviter toutes provocations dans cette période sensible en évitant d’en rajouter par provocation intellectuelle. C’est oublier que nombre des auteurs « classiques » que nous enseignons aujourd’hui étaient pour la plupart haïs de leurs temps par les inconditionnels de la tradition ou de la religion. Ainsi Rousseau dont les textes sont parmi les plus étudiés en classe de philosophie, fut l’objet d’une haine inaltérable de la part de l’église catholique et des royalistes. Et le portrait du « misérable Rousseau » dressé par Maurras n’a rien à envier au niveau des invectives faites à l’encontre de l’éducation nationale actuelle: « Ni l’esprit de famille (…) qui aurait modéré tout autre Genevois n’étaient capables de tempérer la rage mystique de ce batteur d’estrade malheureusement né, fouetté de travers par une vieille demoiselle, et gâté jusqu’aux moelles par ses premiers amis. […] et l’on trouve chez lui, à doses presque égales, l’homme criminel, l’homme sauvage et le simple fou ».
Quant à Spinoza, il fut victime d’une tentative d’assassinat par un fanatique suite à son excommunication. Comme le rappelle Gilles Deleuze : « Spinoza gardait son manteau percé d’un coup de couteau, pour mieux se rappeler que la pensée n’était pas toujours aimée des hommes ». Il ne faut pas oublier la violence du libellé de ce “herem” publié par les autorités religieuses juives de l’époque afin d’excommunier le grand philosophe, et qui fut placardé dans tout Amsterdam et envoyé dans les principales villes d’Europe. Il faudra attendre 1948 Ben Gourion pour tenter vainement de faire lever ce “herem”, mais les rabbins de l’Israël moderne refusèrent. « …ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu’il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu’il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable (…), nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza ».
Socrate, le Père de la philosophie fut lui-même condamné à boire la cigüe pour impiété et pour avoir perverti la jeunesse de son temps! Pourtant, par delà ces excommunications, ces condamnations et ces haines, Spinoza comme Rousseau et Socrate nous posent encore des questions, si actuelles, qu’elles légitiment à elles-seules l’exercice de la philosophie dans sa capacité à éduquer nos jeunes adolescents afin de les aider à devenir des hommes et des femmes libres. Qu’est-ce qu’une société juste? Qu’elle est l’origine de l’inégalité ? Pourquoi le peuple est-il si profondément irrationnel? Pourquoi les hommes se battent-ils « pour » leur esclavage comme si c’était leur liberté? Pourquoi est-il si difficile non seulement de conquérir mais de supporter la liberté? Pourquoi une religion qui se réclame de l’amour et de la joie inspire-t-elle la guerre, l’intolérance, la malveillance, la haine, la tristesse et le remords?
C’est la raison pour laquelle nous devons défendre l’esprit des libres penseurs de la modernité en n’écartant aucune de leurs thèses sous prétexte qu’elles s’accommoderaient mal à l’indigence de pensée de notre temps. Bien que ces philosophes ne constituent nullement une famille moléculaire, nucléaire, monoparentale, homoparentale, recomposée, décomposée, voire incestueuse…- ils risquent pourtant, sans notre vigilance, de se voir prochainement éludés sous prétexte qu’ils heurtent quelques progénitures incultes couvées sous le voile de l’ignorance. Ceux là même, qui du temps de l’opprobre nazie, auraient sans doute assimilés les êtres «défigurés» de Picasso, de Masson ou de Klee aux infirmités des victimes de malformations physiques.
En 1950 le philosophe Théodore Adorno concluait « La personnalité autoritaire » par des lignes dont les thuriféraires du modèle familiale traditionnel pourrait longuement méditer l’actualité : « Nous pouvons postuler que l’augmentation des personnalité à potentiel fasciste dépend largement de changement fondamentaux qui doivent être apporté à la structure même de la famille. » C’est dans la mesure où la famille est encore le sol sur lequel s’enracine bien souvent de tristes préjugés, que l’école doit apporter ce lieu où survive le langage du questionnement, de la tolérance et du dialogue, en offrant aux élèves une éducation à même d’éveiller le sens de la liberté et l’esprit critique. Et pour le coup, pas plus qu’on ne naît libre, on ne vient pas au monde avec des préjugés et une personnalité autoritaire, mais on le devient notamment… à force de vivre dans des familles où domine le seul langage de la tradition, de l’injonction, et de l’intolérance.
Philippe Godin professeur de philosophie

par Godin Philippe - le 11 février, 2014


Quand on est agrégé, et que, dès les premières lignes, on se trompe en parlant de « théorie » (aucune théorie n’existe, seulement des études sur le genre, « studies » en anglais), alors le reste du texte ne peut être considéré comme un véritable travail intellectuel.

Car les études de genre cherchent à comprendre, pas à imposer une vision.

Cet article là, est anti-philosophique.

par simon - le 13 février, 2014


Ou je n’ai rien compris où il me semblait que Philippe Godin parlait plutôt de « pseudo » théorie du genre aux antipodes donc du procès qui lui est ici fait…
Quant à moi qui ne suis pas agrégé de philosophie et pas même enseignant, j’ai trouvé sa contribution très intéressante ; j’en partage l’essentiel, en particulier son plaidoyer pro domo en faveur des « libres penseurs de la modernité » au sein de l’institution scolaire.
La référence que j’ai faite à la neutralité -obligée – de l’école républicaine n’est pas contradictoire dans le sens où, bien au contraire, elle se doit de relever le défi (aujourd’hui peut-être plus que jamais) sinon de « l’instruction » chère à ses promoteurs, du moins de la connaissance et de l’esprit critique ( cette « étamine » du jugement que Montaigne considère comme fondement de toute démarche éducative.
J’en conserve à ce dernier titre une reconnaissance éternelle à mes professeurs de philosophie qui me l’ont enseigné…
Toutefois, j’ai le sentiment que cette finalité essentielle est maintenant négligée au profit d’une instrumentalisation idéologique de l’école qui est aujourd’hui promue même par les instances ministérielles ( Cf. l’ABCD de l’égalité) ; dans ce contexte, le risque est grand de pervertir la devise républicaine, plus particulièrement sa dimension égalitaire.
À ce titre, c’est avec intérêt que l’on consultera l’analyse de E.Deschavanne publié le site Atlantico qui illustre en partie ce point de vue.

par Anna92 - le 13 février, 2014


Merci pour cet article Claude qui a eu le mérite de poser une vraie problématique quant à la place respective de la nature et de la culture en nous. Allant au-delà ( ou en deçà et c’est tant mieux!) de la polémique de la théorie du genre, vos questions ne sont pas sans me rappeler cette citation de Malraux sur laquelle j’ai fait disserter une de mes classes : « la culture est ce qui fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers. » Ou encore cette remarque de Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception selon laquelle l’homme serait un « génie de l’équivoque » où serait passé maître dans l’art de l’échappement, de la dérobade à la nature en lui et à l’extérieur de lui, en ce sens que toute conduite humaine- féminine ou masculine- porterait une double signification entrenant la douce ambiguïté suivante: une cause naturelle et une finalité culturelle.
Cordialement,
Emmanuel Vachet

par Emmanuel Vachet - le 14 février, 2014


Réponse à « Simon ». Vous êtes libre de décider ce qui est philosophique et ne l’est pas.. Je vous invite à relire mon texte. Ce qui m’intéresse ici n’est pas la théorie ou les études relatives au genre mais leurs tenants et leurs aboutissants. Je me demande donc si j’ai bien été compris… Fonder le discours de l’égalité des droits sur l’idée d’une « construction sociale » de la différence, c’est, premièrement, affirmer implicitement que du point de vue de la nature il n’y a pas de différence, ce qui faux. C’est, deuxièmement, faire de la nature la norme à l’aune de laquelle nous devrions définir les r§gels de la vie sociale. Et je récuse fermement cette conception de la loi dans les sociétés humaines en soulignant les dangers d’une telle tentation…Maintenant, si vous voulez appeler « études » ce que j’appelle théorie puisque tout le monde identifie ainsi l’objet occasionnel de mon propos, cela me semble d’autant plus égal que mon objectif n’est pas de récuser cette théorie ou ces études mais de mettre en évidence le caractère contestable des présupposés sur lesquels ils s’appuient.
Bien cordialement,
Claude Obadia

par Claude Obadia - le 18 février, 2014



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