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La démocratie sera numérique !

20/04/2014 | par Patrick Ghrenassia | dans Politique | 6 commentaires

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J’ai le souvenir de ce bureau de vote un après-midi d’élections municipales : il n’y avait que des vieux. Où étaient les jeunes ? Partis s’abstenir.

L’abstention est une tendance lourde et inquiétante, surtout chez les jeunes. Plus d’un jeune sur deux, parmi les 18-24 ans, ne va pas voter. Un écart de 20 points avec les plus anciens.

Si les jeunes ne vont plus aux élections, il faut que les élections aillent aux jeunes. Où sont les jeunes ? Sur Internet et les réseaux sociaux. A côté des traditionnels bureaux de vote, il faut ouvrir la possibilité de voter sur les réseaux numériques. Les « petites Poucettes » d’aujourd’hui (pour prendre l’expression de Michel Serres) sont les électeurs de demain.

Deux principales objections sont soulevées :

  1. Cela ne suffira pas à régler le problème de l’abstention. En effet, cela ne règle pas le problème proprement politique, celui des enjeux, de l’efficacité citoyenne, de l’éloignement du pouvoir, de la bureaucratisation de l’Etat. Sans doute. Pourtant, les modalités techniques ne sont pas sans effet sur les contenus et les enjeux, et l’on voit déjà qu’une part croissante du débat politique se reporter sur les réseaux où les jeunes interviennent plus. Les réseaux sociaux permettent plus de proximité et de participation, dans le sens d’une démocratie plus « directe » et plus proche des préoccupations réelles.
  1. Voter via Twitter et Internet serait risqué, exposé au piratage et autres manipulations. C’est l’objection de la sécurité et de l’anonymat du vote. C’est, ici, une question technique qui doit trouver sa solution. On a sécurisé le commerce, les impôts et les banques en ligne, pourquoi pas le vote ? Un ou deux jours dans l’année, ce n’est pas un problème technique insurmontable. L’Estonie utilise déjà le vote par Internet depuis 2005. D’autres pays, comme la Suisse, le Canada et le Royaume Uni y réfléchissent sérieusement et l’expérimentent.

C’est donc risqué, mais possible. Le plus grand risque serait de ne rien faire et de continuer à voir les élections dépérir peu à peu, et les bureaux de vote n’être plus fréquentés que par des vieux.

Cette solution numérique est possible, réaliste, efficace. Elle va aussi dans le sens inéluctable d’une démocratie numérique. Le débat démocratique s’est déjà déplacé des salles des fêtes et des meetings vers les réseaux sociaux. La logique veut que le vote suive cette voie.

Les réseaux numériques ont joué un rôle décisif dans les « révolutions arabes ». Le numérique doit passer de la révolution au fonctionnement ordinaire d’une démocratie.

La démocratie sera numérique ou ne sera plus.

 

Patrick Ghrenassia

Professeur agrégé en philosophie, Patrick Ghrenassia enseigne à l'IUFM de l'Université Paris-Sorbonne. Il a également enseigné au lycée ainsi qu'à l'Université Paris-Panthéon-Sorbonne. Intervenant notamment en histoire de la philosophie et en philosophie de l'éducation, il tient le blog "Bac 2013 : La philo zen" sur letudiant.fr. Suivre sur Twitter : @ghrenassia2

 

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Commentaires

Une réaction « à chaud » et donc forcément moins élaborée…Sans faire montre d’un passéisme vain ni nier les apports incontestables du « numérique », permettez-moi d’exprimer quelques réserves à cette profession de foi (…).
Je ne pense pas que la participation numérique au scrutin soit la solution à la désaffection des « jeunes »…Pis, cela risquerait de reléguer le vote à l’expression d’une simple opinion voire à le dégrader en « polito-game »…Au risque de passer pour, sinon une réactionnaire du moins une passéiste, nostalgique d’un idéal républicain mythifié et obsolète, je pense que l’acte de vote doit être en quelque sorte dramatisé pour marquer toute la sacralité qui s’y attache… Le déplacement physique aux urnes en est la moindre de ses marques et ne peut, à ce jour, lui être substitué aucun équivalent …

par Anna92 - le 20 avril, 2014


Mouais… Est-ce vraiment parce qu’il faut se déplacer aux urnes que les « jeunes » n’y vont plus ? Je ne pense pas ! C’est plutôt parce que le politique ne parvient plus à les intéresser !
Le numérique reste bien entendu sous-utilisé mais je pense qu’il y a mieux à faire avec que permettre le vote de nos représentants sur Twitter 😉 Par exemple, permettre de consulter la population sur de grands enjeux par un vote en ligne serait déjà un premier pas appréciable.

par Côme - le 20 avril, 2014


J’entends votre objection, mais je crains que la sacralisation du suffrage, et des rites républicains en général, ne soient effectivement liés à la Révolution et, donc, à un passé aujourd’hui dépassé. On peut le regretter ou pas, mais je pense que l’évolution est inéluctable vers une désacralisation du pouvoir, de l’Etat, et d’autres formes d’autorité issues de cet héritage héroïque. Or nous ne sommes plus des héros…
La fin du service militaire, et, plus modestement, le passage prévisible à un prélèvement à la source de l’impôt, me semblent sanctionner déjà cette évolution vers une désacralisation de la citoyenneté. Est-ce là le signe d’un déclin ? C’est un autre débat.

par Patrick ghrenassia - le 20 avril, 2014


Sans nostalgie excessive de rites républicains désuets ni « déclinisme » intempestif au service d’une vision historique rétrograde (pour ne pas dire réactionnaire), la question mérite d’être posée. Il paraît en effet légitime de s’interroger sur le sens profond d’une démocratie qui consacrerait pour ainsi dire un « service minimum » de citoyenneté…Peut-être alors faudrait-il effectivement remettre d’ailleurs en question le principe même de l’élection et envisager des modalités de désignation des représentants politiques plus ludiques et donc compatibles avec la modernité numérique…le tirage au sort par exemple?

par Anna92 - le 20 avril, 2014


Les hommes politiques sont particulièrement décriés, ils n’inspirent plus du tout confiance, outre leurs agitations médiatiques, on se rend bien compte qu’ils ne tiennent presque jamais leurs promesses, d’où la désaffection aux urnes. Le désespoir, le recours aux populismes.
Il est nécessaire de passer rapidement et sérieusement au vote électronique outre une réduction coûts des scrutins, cela permettra de faire plus de consultations et redonnera le pouvoir au peuple en autorisant enfin le mandat impératif et l’expression réelle de la volonté générale.
Il est utile ici de rappeler Rousseau et son impératif démocratique :
« La souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point. […] Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. »
Pour Rousseau, la « souveraineté populaire » se traduit par une concentration des pouvoirs dans les mains du peuple, la prise de décision par la démocratie directe et l’élection de « simples officiers exerçant en son nom le pouvoir »
On comprend pourquoi et à qui le vote électronique fait peur, car il redonnerait au peuple les pouvoirs confisqués par les technocrates privilégiés et grassement payés.

par Pitdepit - le 20 avril, 2014


A mon avis, le vote numérique – twitter, j’ai encore des doutes – serait super pour les élections, mais je pense que ce serait encore plus formidable pour des référendums. Les Suisses ont une longueur d’avance sur ce point !

par A. Terletzski - le 21 avril, 2014



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