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La philosophie au secours du Management

13/07/2015 | par Patrick Errard | dans Eco | 2 commentaires

 

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Médecin de formation, travaillant aujourd’hui dans l’industrie, Patrick Errard vient de publier l’essai La Philosophie au secours du Management (Odile Jacob, 2015). Il explique dans iPhilo les trois raisons principales pour lesquelles, aujourd’hui, le management doit puiser dans la philosophie pour affronter les grands défis qui se profilent pour les entreprises.

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Ce livre est le fruit d’une réflexion personnelle, un long cheminement qui date de ma dernière année de lycée et de ma découverte de la philosophie. Toute ma carrière, ces grands auteurs m’ont accompagné, leur lecture a toujours représenté un « havre », un moment de répit au milieu des turbulences d’une vie active dédiée à l’entreprise. Comme ils m’apportent beaucoup, y compris dans la conduite des équipes que je dirige, je me suis dit que ces bénéfices pouvaient peut-être être partagés à l’occasion d’un livre. Au fil des années, j’ai réalisé que la condition de manager n’est jamais une situation acquise. Elle est sans cesse interrogée par les incertitudes du rapport à l’autre, par l’absence, parfois, d’objectifs clairs et partagés, par les aléas d’un environnement sans cesse en mouvement. Pour un manager, aujourd’hui, le quotidien est peuplé de questions qui peuvent être angoissantes : suis-je à la bonne place ? puis-je faire mieux et plus ? jusqu’où puis-je aller ? quels objectifs pour demain ? et que faire après ? Cela méritait, je pense, d’aller au-delà des réponses toutes faites.

Depuis l’Antiquité, tous les philosophes abordent des thématiques qui ont à voir avec le management : la conscience de l’autre, la morale et l’éthique, la justice, la sanction, le pouvoir, le travail… En lisant leurs écrits, chacun peut bâtir sa propre philosophie personnelle, mieux se connaitre, comprendre les ressorts de l’envie de « s’occuper des autres », et peut-être, au final, donner un sens à son engagement.

Le management, aujourd’hui, est-il en danger pour qu’il soit nécessaire de lui « donner du sens » ?

C’est probable, et ce pour trois raisons.

D’abord, le premier est conjoncturel, lié à un environnement d’intenses pressions sociales, économiques, éthiques, qui pèsent de plus en plus lourdement sur les épaules des managers. Le culte de la performance, la nécessité de l’urgence, tendent à réduire le temps consacré à la qualité de la relation à l’autre. L’obsession du résultat interdit l’échec, alors que l’échec, ou plus exactement son acceptation, fait intrinsèquement partie des réalités du manager.

La deuxième raison est sociale et a à voir avec le système de carrière qui prévaut dans les pays occidentaux. Basé sur la « méritocratie », il stipule que la promotion dépend de la production de résultats matériels, sans réellement s’interroger sur la capacité des promus à diriger les autres. Or, ce système produit des erreurs en donnant le « pouvoir » à des personnes qui ne sont pas faites pour l’exercer. Le management devient la récompense du résultat et non la reconnaissance des capacités à diriger une équipe.

Enfin, troisième raison, le système éducatif actuel tend à produire des générations de futurs managers élevés dans une approche utilitariste. On les modèle pour devenir « des chefs », sans références culturelles sur le sens de cette promesse, sans les aider à réfléchir sur le monde qui les attend. J’ai particulièrement écrit ce livre pour les managers de demain, car je crois que la fréquentation des philosophes peut les aider à dépasser les limites de ce cadre éducatif restreint.

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Pour aller plus loin : Patrick Errard, La Philosophie au secours du Management, éd. Odile Jacob, 2015.

 

Patrick Errard

Docteur en médecine, ancien praticien hospitalier, Patrick Errard est aujourd'hui président du Syndicat de l'industrie pharmaceutique en France (Leem). Il a publié en 2015 l'essai La philosophie au secours du management aux éditions Odile Jacob.

 

 

Commentaires

Je partage cette analyse appelant à un ressourcement du management par la philosophie. Défi important en effet dans un contexte de productivité plus que prégnante et de gestion en flux tendus des ressources dont celles cyniquement qualifiées d' »humaines ».
Pour ce que j’en expérimente, la sélection des managers me parait aujourd’hui plus souvent devoir à la mise en œuvre de réseaux d’influence qu’à une méritocratie bien comprise. Quand elle ne favorise pas l’émergence de personnalités particulièrement douées pour la « servitude volontaire » et abdiquant toute velléité critique. Prix fort exigé pour l’accès aux fonction de direction, doublé de cette forme de conformisme que privilégient les circuits des classes préparatoires et grandes écoles.
La prise de décision est, de surcroît, noyée dans un fonctionnement par processus. La gouvernance n’étant également que le faux nez d’une fuite des décideurs devant leurs responsabilités ainsi que l’évitement de la relation humaine.
Les managers d’aujourd’hui ne gagneraient-ils pas, dans ce contexte, à s’inspirer des vertus philosophiques antiques? En particulier le courage et la justice au sens où les philosophes grecs l’entendaient. Une plus grande imprégnation de ces valeurs, sans être la panacée, pourrait offrir quelques perspectives d’une sortie de crise du management.

par Amanou Michèle - le 14 juillet, 2015


Bonjour,

Je le disais dans un autre commentaire : nous manquons cruellement de cadre, de responsable, de patrons, enfin d’un management à la Française (et non pas importé de l’oncle Sam, ou d’ailleurs)

Les ressources humaines sont dirigées vers des ronds-points. Il n’y a pas de suite possible,puisque pas d’échanges,pas de dialogues, pas d’observation, pas de communication constructive. Chacun est enfermé dans son pré carré, dans son segment.

Une culture du management à la Française fait défaut.L’exception culturelle est absente dans les entreprises ! Nous ne sommes pas au niveau des meilleurs négociateurs mondiaux.Nous avons les idées,les meilleures souvent…Nous ne savons pas nous vendre pour vendre nos techniques!

Manque d’ouverture,d’initiative, de courage,d’esprit d’entreprise,de modestie,de reconnaissance des talents dans l’entreprise. Le piston fonctionne à plein, et trop souvent, les meilleurs s’en vont ou périclitent dans l’incompréhension…Les chercheurs vont chercher ailleurs…

S’inspirer pour une part de philosophie : oui.
Une révolution, une utopie, une idée moderne ?

par philo'ofser - le 5 août, 2015



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