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Le loup et le berger

9/12/2015 | par Fabien Jour | dans Politique | 7 commentaires

 

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Au pied d’une douce colline plantée d’un vieux clocher,
De doux moutons paissaient sous l’œil terne du berger.
Car, avec les années, le berger s’ennuyait.
Ses beaux moutons dodus, et leur toison bouclée,
Leurs bêlements monotones, leurs mouvements uniformes,
Il en était lassé ; de tant de douceur morne
Il en avait assez.

Notre berger romantique rêvait d’aventures.
Parcourant les savanes, il bravait les morsures
Des animaux féroces, parmi les hommes sombres
Vêtus de mille couleurs ou nus sous l’or et l’ambre.
Il rêvait d’exotisme, de frayeurs et d’extases,
Et soupirait d’ennui sur son pays trop sage.

Soudain, d’une forêt proche, surgit un loup trop maigre,
Les dents toutes en bataille, et la babine malingre,
Sentant le sable chaud et le désert aride.
Notre berger, à sa vue, laisse aller toute sa bride.

Sitôt  il s’amourache et le prend sous son aile,
Le cajole, le nourrit et l’accueille sous sa treille,
Ravi d’une bonne action qui réjouit sa vue,
Comblant en un seul geste Epicure et Jésus.

Peu à peu, le berger pense adoucir le loup,
Et se prend à rêver de l’antique prophétie
Qui promet, qu’un jour, au creux du même lit,
Dormiront côte à côte l’agneau et le garou.

Le loup dorénavant logera chez les moutons,
Et cet heureux mélange produira des miracles.
De cette bergerie mixte  des hybrides sortiront
Qui feront l’étonnement devant un tel spectacle.

Dans l’habitacle chéri, rassemblant en cénacle
Les bêtes de l’oracle, il se voit au pinacle.
Notre pâtre ravi se prend pour l’artisan
De la paix unanime marquant la fin des temps.

Au matin, l’alerte l’éveille ; il court
Et trouve avec effroi le carnage tout autour,
Les corps déchiquetés de ses moutons aimés
Et la babine sanglante de son loup carnassier.

De ce malentendu, qui jugez-vous coupable,
Le loup encouragé ou le berger affable ?
A quelques jours de là, notre pâtre charitable
Fut trouvé égorgé par une dent probable.

 

Fabien Jour

Fabien Jour est le pseudonyme d'un professeur de philosophie.

 

 

Commentaires

Voici un texte cocasse qui décrit assez bien le risque d’une démocratie démunie contre la barbarie, du fait même des institutions républicaines chargées de l’en protéger. Le suffrage universel et le parlementarisme ont-ils nourri la montée du FN? Ou l’incapacité des élites gouvernantes à combattre les racines du mal ( le chômage, l’arrogance des technocrates méprisant le résultat des référendums, la montée de l’intégrisme islamiste …) pour acheter la paix sociale? Du coup, l’image du loup, quoique piétique, ne laisse de poser d’abyssales questions sur les remèdes qu’il conviendrait de mettre en oeuvre pour endiguer l’incrustation durable du fascisme dans le corps politique…

par guillon-Legeay Daniel - le 9 décembre, 2015


Bravo. La morale est simple, mais si pertinente ! Pour une telle fable, c’est surtout le style que je retiens, particulièrement beau et pur.

par Michel Bernard - le 9 décembre, 2015


Je vous suis infiniment reconnaissante d’avoir mis ce texte en valeur de cette manière. Il est facile de nous apercevoir à quel point il est d’actualité.
Je m’abstiendrai de commentaire, de crainte d’aplatir ses résonances.

par Debra - le 9 décembre, 2015


Texte très pertinent, a étudier avec les élèves. Morale frémissante, tellement d actualité. Merci.

par Dubin Marie Christine - le 9 décembre, 2015


Mea culpa d’avoir assumé trop tôt que c’était de l’ancien, quand c’est du nouveau, je crois. C’est encore plus réconfortant de m’apercevoir que c’est du nouveau…

par Debra - le 9 décembre, 2015


Angélisme et bien-pensance de nos  » élites  » ont laissé les loups entrer dans Paris . Aujourd’hui , une partie de ces mêmes  » élites  » crie  » Au loup !  » , parce qu’un parti surfe sur le ressentiment que suscite dans le peuple leur rejet méprisant de répondre à des questions simples . Mais triviales , comme l’est toujours le réel . Evidemment , c’était plus facile de se draper dans le manteau de la vertu et de traiter de  » fachos  » ceux qui les posaient de manière abrupte , que d’y réfléchir vraiment et d’en débattre démocratiquement . Soudain , tout le microcosme s’affole : voilà que ces pelés , ces galeux d’où venait tout le mal , sont aux portes du pouvoir . Et donc en position d’imposer des solutions d’autant plus déraisonnables qu’elles trouvent leur origine plus dans la colère que dans la réflexion . Merci qui ?

par Philippe Le Corroller - le 9 décembre, 2015


Un texte d’actualité à la fois visionnaire et antique puisque Daesh les migrants …traduit avec force et illustre explicitement les dires de Robespierre qui affirmait : »Pas de liberté pour les ennemis de la liberté « 

par Lulu56 - le 17 décembre, 2015



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