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Gringe et Deuklo : ô temps suspends ton viol

25/07/2016 | par Francis Métivier | dans Art & Société | 5 commentaires

 

Gringe Métivier Deuklo
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Entretien préparé et propos recueillis par le philosophe Francis Métivier.

Ils sont trentenaires et plaisent à ceux qui viennent à peine de sortir de l’enfance. Ils représentent l’idée que le temps qui passe peut être un allié pour franchir la frontière entre les contraintes sociales de la jeunesse et la liberté de l’artiste. Mais ils affirment aussi et surtout, une fois un certain but atteint, le désir d’arrêter le temps, pour ne pas vieillir, pour ne pas revenir en arrière, pour ne pas se faire violer par la vie.

 À l’occasion de la version 2016 du festival Terres du Son, rencontre avec Gringe et Deuklo.  Les deux acolytes sont présents avec Orelsan dans le film réalisé par ce dernier et Christophe Offenstein « Comment c’est loin ». Tout comme dans le shortcom « Bloqués » et les deux albums des Casseurs Flowters, les morceaux de Gringe et Deuklo (respectivement « Le mal est fait » et « Xavier ») abordent deux questionnements philosophiques. D’une part celui du rapport entre morale et travail. D’autre part celui de la peur du temps qui passe et de la distance spatiale à l’égard d’autrui.

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La question du rapport entre la morale et le travail

Francis Métivier. – Dans la série « Bloqués » et le film « Comment c’est loin » vous êtes, avec Orelsan, des personnes qui voudraient travailler mais qui n’y parviennent pas (à travailler) : est-ce que cela vous demande beaucoup de travail de montrer des branleurs qui ne travaillent pas ?

Gringe. – Ce ne sont pas deux mecs qui ne veulent pas travailler, ou qui n’y arrivent pas. Ce sont deux mecs qui sont à un carrefour de leur vie, arrivés à la trentaine. Ils ont du mal à se projeter. Il y a la peur de l’échec, les déceptions sentimentales, la routine vécue avec les potes, le manque de perspectives professionnelles. Dans les villes de province où l’on a vécu, si tu n’as pas de diplôme, pas de piston, aucun levier à activer, tu te retrouves à taffer sur des plateformes téléphoniques et à faire des trucs merdiques. Et donc il faut cette volonté de se projeter, et la mettre en pratique. Cela demande beaucoup de travail, de jouer aux glandeurs.

(rires)

FM. – Pour jouer ces personnages, est-ce que vous forcer votre nature ou est-ce qu’ils n’ont rien à voir avec vos caractère spontanés ? Vous êtes des vrais bosseurs, non ?

G. – Nous avons chacun nos personnalités, nos natures. Un mec comme Orel, c’est un faux passif, c’est un bourreau de travail, c’est un mec qui ne fait que bosser. Moi, je peux être un peu plus « dynamique », réveillé (i.e. que je peux en avoir l’air). Et Claude (2Klo), c’est pareil, quand il a trouvé sa voie, il va au bout des choses.

FM. – Donc il n’y a pas véritablement de mensonge, de décalage entre ce que vous êtes et ce que vous voulez représenter ?

G. – Il n’y a pas un grand décalage, non.

FM. – Vous parlez aussi beaucoup de procrastination. Si je comprends bien, la procrastination est pour vous, non l’expression de la paresse, mais plutôt d’une difficulté sociale ?

G. – À un moment donné, entre vingt et trente ans, tu es dans un mode de vie adolescent, justement, que tu penses éternel. Une espèce de période où tu penses pouvoir fixer le temps. Tu te dis : je suis sorti du joug des parents, je ne suis plus à la maison, je suis avec mes potes, j’ai une vie de bohème, cette vie-là, ce sera ma vie. C’est vraiment un truc hyper naïf, très insouciant.

FM. – Claude ?

Deuklo. – Je suis d’accord. C’est vouloir être un éternel adolescent, tout simplement, parce que la vie nous fait peur. À aucun moment tu ne peux la maîtriser. La seule manière que nous avons trouvé de la maîtriser, c’est dans la fainéantise, et en reportant toujours les échéances. Devenir adulte fait peur. Devoir vieillir, on ne veut pas que cela nous arrive. C’est aussi simple que cela.

FM. – Ce qui nous amène de façon assez naturelle à la question du temps…

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La question du temps et de l’espace

FM. – La question du temps et de l’espace. J’ai l’impression que toi, Gringe, tu es obsédé par l’idée du temps qui passe.

G. – Ouais.

FM. – Alors que toi, Claude, j’ai plutôt perçu que ton obsession était l’espace et la distance.

D. – C’est ça. Le temps qui passe, aussi, me foutait les boules, avant. Mais j’arrive à voir maintenant le temps à une échelle différente, à une échelle humaine, plus à celle de l’univers.

FM. – Dans « Xavier » tu dis « Ça fait six ans que t’as le même manteau » (rires). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres phrases qui expriment l’idée de la stagnation. Alors tu es bloqué, donc, même si tu n’es pas dans la série.

G. – Si ! Il arrive, pour un épisode mémorable !

FM. – Merci pour ce scoop ! La stagnation c’est l’impuissance à avancer ou le désir de rester là où l’on est ?

D. – C’est les deux, parce qu’il y a une certaine manière de se mettre en sécurité. Par la sécurité, même si on est dans la pauvreté, on arrive à se débrouiller, on a des repères. Tandis que dans le fait d’évoluer, quand on arrive dans quelque chose de nouveau, ça fait peur. La réussite fait peur parce qu’on ne sait pas où l’on va aller. Et on a peur de perdre les repères que l’on avait de par le passé.

FM. – Est-ce que vous n’exprimez pas aussi la peur, quand on réussit un projet et que l’on a beaucoup de succès, de revenir en arrière ?

G. – C’est l’obsession de beaucoup d’artistes. On a peur de revenir à la case départ. Je ne parle pas de ce que l’on gagne en confort matériel, mais en qualité de vie, en épanouissement. On voyage, on rencontre des gens, on fait un job qu’on aime, et il y tellement peu de gens qui se lèvent le matin pour aller faire ce qu’ils veulent…

D. – Le retour, c’est le pire. Comme quelqu’un qui a goûté à la richesse. Certaines personnes vont voir les choses d’une certaine manière en disant « c’est cool tu as au moins goûté à la richesse ». Mais revenir dans la merdre, non. Il vaut mieux n’y avoir jamais goûté parce que sinon tu as de l’amertume pour toute ta vie.

FM. – Je reviens sur l’idée de l’espace, Claude. Le suffixe « télé- », qui veut dire « loin » en grec, est assez présent dans ton œuvre. Tu cites Télémaque, étymologiquement « celui qui combat à distance », et en tant que Xavier ta référence au professeur X renvoie au don de télékinésie et de télépathie. D’où ta possible obsession pour les distances et l’idée d’agir mais sans être trop proche. Tu chantes aussi « J’parle dans ta tête ».

D. – Exactement, parce qu’on est tous fragile dans notre manière d’être, surtout moi. J’aime autant les gens que je les déteste dans le sens où ils me font peur. J’ai peur qu’ils soient trop intrusifs. J’ai peur d’être touché, humilié par des paroles. Et c’est pour cela que j’aime autant leur affection que moi j’ai peur d’être blessé.

FM. – Gringe, la chanson « Le mal est fait » n’exprime-t-elle pas aussi la peur de commettre une faute, mais avec cette fois-ci l’idée de ne pas pouvoir revenir en arrière, de ne pas pouvoir se racheter, finalement.

G. – Oui, bien sûr. Et aussi la peur d’une histoire qui se répète, d’être prisonnier de ses démons. S’en libérer, c’est très compliqué. Il y a une histoire de déterminisme, là-dedans, et d’éducation, de calquage sur le modèle parental, adulte, et les exemples qu’on a pu avoir. Mais c’est délicat parce qu’on ne vit plus comme vivaient les gens avant.

FM. – La scène du clip de « Le mal est fait » se déroule sur une île avec un phare. Que représente cette île ? Un au-delà, l’enfer ? Et l’enfer serait la solitude ?

G. – Oui, c’est le théâtre d’un jour sans fin, d’un cauchemar qui se répète en permanence. C’est aussi le symbole de ce qui se passe dans ma tête, une espèce de projection de mon cerveau. C’est une boucle, un cauchemar sans fin.

FM. – Sartre, dans Huis-Clos, dit « L’enfer c’est les autres », mais pour toi l’enfer est-ce que c’est le fait de ne pas être avec les autres ?

G. – Je pense que l’enfer c’est d’abord soi-même.

FM. – D’accord. Comme dit Claude « J’ai peur d’être humilié par des paroles » alors comme cette interview est superbe, je vais m’arrêter là.

(rires)

Deuklo sort son premier album à la rentrée, ainsi que Gringe. Orelsan prépare son troisième album. « Bloqué » continue et Deuklo sera en guest sur une diffusion. Un second film avec Christophe Offenstein est à l’ordre du jour. Le temps passe, malgré tout, et se remplit de la singularité de l’artiste.

 

Francis Métivier

Docteur en philosophie, Francis Métivier enseigne en lycée après avoir enseigné plusieurs années en facultés de médecine et de philosophie. En tant que chanteur et guitariste, il présente depuis, seul ou en power trio, la performance du Rock'n philo live, interprétations philosophiques de morceaux rock repris sur scène. Spécialiste d'éthique et d'esthétique, il est l'auteur en particulier de : L’esprit du vin, L’Araignée (2010) ; Rock'n philo (2011) ; Sexe & philo (2012) et Zapping Philo qui vient de paraître aux éditions Le Passeur. Vous pouvez aussi retrouver son site personnel : www.francismetivier.com.

 

 

Commentaires

Je suis très étonné … Que fait un tel article dans iPhilo ? C’est du charabia, le français est approximatif, les propos creux et vaseux, un enfant de maternelle aurait eu des propos plus intéressants. Que ces jeunes gens se limitent à leur champ de compétence, le Hip-hop. Ça pue la démagogie bon marché.

par Michel Bernard - le 25 juillet, 2016


Pourrait-on m’expliquer l’intérêt philosophique de cet entretien ?

par M. RF - le 25 juillet, 2016


Gringe est l’acolyte d’Oreslan, que ses chansons mysogines ont mené jusque devant la justice. Le titre est de fort mauvais goût dans un tel contexte, surtout dans la mesure où le rap transmet autant de violence, notamment contre les femmes. Interview sans aucun intérêt au demeurant.

par Mme Michu - le 25 juillet, 2016


Si ceux qui écrivent cessent d’écrire, mais que vont dire ceux qui n’ont rien à dire ? :)

par FRANCIS METIVIER - le 25 juillet, 2016


SOS rabat-joie !

par #jeunesse - le 25 juillet, 2016



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