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Tir en rafales … d’images

24/03/2012 | par Elizabeth Antébi | dans Art & Société

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Nous avions l’assassin qui touchait des droits d’auteur sur son livre ; nous avons désormais, avec les exécutions de Montauban et de Toulouse, le tueur grand reporter de ses propres crimes. Et l’on commence, avec une gourmandise contrite, à se demander comment visionner son film.

Car le pixel est un monstre plus froid que le psychopathe le mieux entraîné. Il se nourrit de buzz et de de djingle, de clichés en boucle, de nouvelles frisant la date de péremption – qui alternent le vrai et le faux, peu importe : il s’agit de combler le silence, ennemi de l’info. Avec la complicité des nouveaux « idiots utiles » que deviennent passants, experts et journalistes. Chacun se précipite pour son quart d’heure de célébrité à la Andy Warhol et l’on a l’impression de voir se transformer tour à tour sous nos yeux tueur et journalistes en soupes Campbell répétées à l’infini.

Dans ce nouveau jeu de la société du spectacle, on renseigne l’adversaire minute par minute. On réalise ses voeux au-delà du Père Noël. On décrit en détail la terreur de ses ennemis (nous), on se demande pendant des heures ce qui peut bien se passer dans la tête d’un malfrat psychopathe à la cervelle en bouillie haineuse. On diffuse en boucle ses exploits de rodéo, son masque d’halluciné, ses entraînements dans des camps pour mieux nous faire sauter.

Naguère, ne célébrait-on pas en boucle – perpetuum mobile nourrissant la terreur que l’on filme dans un jeu de miroir indécent –  la victoire de ceux qui avaient abattu les tours de New York, nous attachant nous-mêmes au char du triomphe dans une rafale d’images ? 

Toute la société ne devient-elle pas otage dans ce syndrome de Stockholm auto-proclamé ? Les journalistes sont avides de réponses, alors que la pensée se nourrit de silence et recule les frontières de la question. 

Plus on informe, plus on désinforme au fil de ce que Pierre Schaeffer, père de la musique moderne et patron du Service de la Recherche à l’ORTF, appelait la pollution de l’information. Le tueur tué, démarre la polémique annoncée. Polemos, en grec, signifie la Guerre. Nouveau spectacle, nouveau champ d’auto-destruction. 

« Nous allons au plus rapide, disait Jacqueline de Romilly, les Grecs, eux, allaient au plus profond. » Les reporters de guerre ont montré que l’image pouvait le permettre. A condition de faire silence.

 

Elizabeth Antébi

Docteur en histoire des sciences religieuses (EPHE), universitaire, journaliste, Elizabeth Antébi a publié une dizaine de livres et a réalisé plusieurs téléfilms. Fondatrice du Festival Européen Latin Grec qui en est en mars 2015 à sa 10ème édition (www.festival-latin-grec.eu), elle a enseigné le latin au Lycée Français de Düsseldorf, où elle vit et tient une chronique hebdomadaire, "Le Génie de la Langue", dans le Petit Journal.com. Vous pouvez retrouver plus de détails sur son blog personnel http://associationfortunajuvat.wordpress.fr.

 

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