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Les sans-dents : ma hantise !

4/09/2014 | par Philippe Granarolo | dans Art & Société | 13 commentaires

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Si les philosophes des Lumières revenaient parmi nous, ils ne manqueraient pas de grain à moudre. Sans prétendre les égaler, du moins peut-on se mettre à leur école pour dénoncer les tares de notre siècle. Écrit à la manière de Montesquieu dénonçant, dans L’esprit des lois, « l’esclavage des nègres », le petit texte qui suit n’a d’autre ambition que d’user de l’ironie pour rendre plus odieuse encore l’hypocrisie politique que le dernier livre de Valérie Trierweiler a le mérite de rendre si palpable.

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Si j’avais à défendre le droit qui est le mien de mépriser les sans-dents, voici ce que je dirais :

« Pendant des décennies, mes ancêtres socialistes ont tout comme moi méprisé la classe populaire. Mais les temps étaient autres. Les sans-dents étaient aussi stupides qu’ils le sont aujourd’hui, mais ils étaient dociles et respectueux de l’élite socialiste qui prétendait les défendre. Il suffisait de les haranguer du haut d’une tribune pour qu’ils se mettent en marche et nous portent au pouvoir.

Nos produits industriels auraient atteint des prix exorbitants si les sans-dents, dans l’attente de lendemains qui chantent, n’avaient accepté depuis toujours des salaires dérisoires. Mais aujourd’hui, grâce à notre naïve mansuétude, ils ont trouvé le moyen de gagner ces salaires miséreux sans travailler. J’ai exhorté mon Ministre du Travail à  dénoncer leur fainéantise, ce qui a provoqué la colère des hypocrites qui m’entourent. Si j’étais croyant, j’aurais du mal à croire que Dieu a pu doter d’une âme des créatures toutes édentées.

Pendant longtemps j’ai pu me préserver des sans-dents. Durant toute mon enfance, une éducation bourgeoise m’a mis en garde contre eux. Même si j’ai su prendre mes distances vis-à-vis de cette éducation, je n’ai jamais remis en cause la mise en garde qui m’avait été faite et me suis toujours protégé des sans-dents. La fonction politique a ceci d’admirable qu’elle permet de parler au nom du peuple sans jamais le côtoyer.

Il a fallu que ma compagne Valérie me contraigne à fréquenter sa famille pour que ce que j’avais évité depuis toujours vienne brutalement m’agresser. Les sans-dents qui constituaient son entourage m’étaient insupportables. Ils me le sont devenus davantage encore lorsque ces moins que rien ont osé s’éloigner politiquement de moi.

Sont-ils encore des hommes, ceux qui se précipitent dans les bras du Front National, oubliant le parti qui les a défendus malgré eux depuis le XIXe siècle ? Sont-ils encore des hommes, ceux qui font s’écrouler dans les sondages le Président socialiste que le destin leur a envoyé ? Non, les sans-dents ne méritent plus de ma part, si tant est que j’en aie éprouvé un jour pour eux, la moindre commisération.

De petits esprits exagèrent l’injustice que l’on fait aux sans-dents : si elle était si grande, ils se seraient depuis longtemps révoltés. Si elle était si grande, je ne les aurais pas bernés aussi aisément lors des élections présidentielles.

Maintenant qu’ils savent ce que je pense d’eux, la hauteur de ma fonction me permettant enfin de dire tout haut ce que mes amis socialistes pensent tout bas, les sans-dents vont-ils encore voter pour moi et pour mon parti ? Il en seraient bien capables ».

Moi, Président normal

 

Philippe Granarolo

Docteur d'Etat ès Lettres et agrégé en philosophie, Philippe Granarolo est professeur honoraire de Khâgne au lycée Dumont d'Urville de Toulon et membre de l'Académie du Var. Spécialiste de Nietzsche, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment Nietzsche : cinq scénarios pour le futur (Les Belles Lettres, 2014) . Nous vous conseillons son site internet : http://www.granarolo.fr/. Suivre surTwitter : @PGranarolo

 

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Commentaires

C’est tout à fait l’esprit. Ce coming out par la bande du mépris des caciques socialistes pour le peuple qu’ils sont censés défendre va faire mal, très mal.
Ou avoir un jour entendu prononcer le mot »bougnoule » dans un rassemblement d’un parti censé être plus à gauche et encore moins dans le délire de l’invasion immigrée que la Lepenie , vous donne un assez bon aperçu ce ce que les politologues des plateaux télés appellent la rupture entre les élites et ceux qui les écoutent faire semblant.
Merci pour votre plaidoyer

par lona - le 4 septembre, 2014


Le 5 octobre , Des Sans Dents la rue .

par Philippe Le Corroller - le 4 septembre, 2014


Bravo M. GRANAROLO pour ce pamphlet … mordant !!

par Paul Bernard - le 4 septembre, 2014


« La fonction politique a ceci d’admirable qu’elle permet de parler au nom du peuple sans jamais le côtoyer. »

Admirable, c’est bien le mot: ce qui suscite l’admiration. La question d’être ou de ne pas être « du peuple » est relativement secondaire. Prétendre le contraire, ce serait sombrer dans la démagogie ou le populisme: dans une démocratie, seuls les plébéiens (autre nom des « sans-dents ») auraient droit de participer aux affaires de la Cité, tandis que les aristocrates seraient tenus à l’écart. Autant reprocher à un gynécologue d’appartenir au sexe, à un plombier d’être polonais ou à une femme d’être intelligente… Après tout, Périclès « l’Alcméonide », l’un des premiers et des plus illustres défenseurs de la démocratie antique était originaire de l’une des plus anciennes familles aristocratiques d’Athènes …

Mais je vous accorde très volontiers que la fonction politique permet de donner le change, de s’en tenir aux apparences. Parce que dans nos modernes et sophistiquées démocraties, les gouvernants ne sont pas ceux qui s’exposent au danger (en cas de guerre, ce sont les « sans-dents » qui vont se faire casser les dents et la gueule), mais ceux qui ont appris ce qu’il faut avoir l’air de savoir pour gouverner. Dans les grandes écoles de la République, on y enseigne en effet les sciences politiques (avatar moderne de la sophistique, mais qui n’a précisément rien de scientifique) et l’art oratoire (compris comme stratégie de communication et marketing de l’audimat).

Peu importe que notre homme politique ait ou non tenu ce propos rapporté: sa véracité – réelle ou supposée- ne sera jamais sans doute jamais vérifiée. Mais elle touche en effet au coeur du malaise qui traverse notre démocratie: les gens d’en- haut et les gens d’en-bas vivent dans des mondes séparés, que le ciment des vertus et des valeurs républicaines ne parvient plus à réunir.

par Daniel Guillon-Legeay - le 4 septembre, 2014


Amusant certes, mais si François HOLLANDE avait raconté une histoire belge à notre « cocue nationale », probablement aurait-elle rapporté dans son brûlot que le Président dénigre les belges…

par Régis GRANAROLO - le 5 septembre, 2014


😉 @ Philippe Le Corroller

par Jean Barès - le 5 septembre, 2014


« Si François HOLLANDE avait raconté une histoire belge à notre « cocue nationale », probablement aurait-elle rapporté dans son brûlot que le Président dénigre les Belges… »

Amusant également. Mais vous laissez entendre que cette femme aurait pu jeter sur la place publique une vérité compromettante car mûe par le dépit, la colère et l’esprit de revanche. Mais vous ne semblez pas envisager que cette vérité ne soit qu’un mensonge forgé de toutes pièces… Vous identifiez le vrai motif mais ne paraissez pas interroger la valeur du procédé.  »
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…. ».

par Daniel Guillon-Legeay - le 6 septembre, 2014


On va dire que tout est inventé pour nuire à FH, et que la vraie citation proverbe du Gévaudant (paraîtrait-il) serait celle-ci :
« Un homme sans argent est un loup sans dent. »
La journaliste ex première DdF c’est bien connu, ne se relit pas, c’est une irresponsable femme de ressentiment, une journaliste manipulatrice, une cruche disons le clairement…comme D Guilon-Legeay pour qui le réel ne semble pas avoir eu lieu.
On va droit à la guillotine ou au goulag avec ce type de raisonnement, et cela dépeint me semble-t-il, assez bien le mal français distillé par la classe politique jacobine (UMPS ) et l’énarchie qui gouverne le pays sous des masques différents

par pitdepit - le 7 septembre, 2014


Les vrais  » sans dents  » ne se disent pas blessés même quand ils le sont…ils souffrent en silence eux !

par plomberie d'urgence avec pro artisan 93 - le 19 novembre, 2014


Aujourd’hui un des avantages de la modernité et de la globalisation c’est la démocratisation du concept de tourisme médical et esthétique. Une bonne nouvelle pour « les sans dents » qui ne peuvent plus s’offrir des dents en France ou dans certains pays européens où le coût des soins revient très cher ! De nouvelles destinations moins chères présentent des solutions à la hauteur d’une hypocrisie politique qui divise les citoyens en fonction de leurs classes sociales et leurs moyens financiers. Une réalité évidente d’un échec social face aux coûts des soins non démocratisés.

par dune - le 5 décembre, 2015


J’aime trop ce que vous partager aussi les commantaires je serai fidéle à vous

par nour benrahmen - le 18 juillet, 2016


Le développement de la chirurgie esthetique Tunisie et la médecine esthétique sont dus au développement de la société dans laquelle les femmes et les hommes sont devenus de plus en plus exigeants avec l’image d’eux-mêmes et des autres.

par Chirurgie Esthetique Tunsie - le 14 septembre, 2016


Un Blog très Drôle ! un bon article !

par Agence de chirurgie esthétique basée en Tunisie - le 10 mai, 2017



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