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GPA ou PMA : ne sacraliser ni les techniques ni la famille

11/04/2015 | par Jean-Sébastien Philippart | dans Science & Techno | 2 commentaires

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Si la  révolution des années 60 a consisté à séparer la sexualité de la fécondation par le biais de techniques contraceptives, notre époque est désormais hantée par la volonté de réunir ce qui a été séparé : l’affectif (la parentalité entendue comme tel) et la fécondation. Ainsi en va-t-il du destin de l’homme moderne : analyser, trancher, décomposer pour ensuite devoir tenter de recomposer. Cet homme moderne que l’on accuse de l’orgueil prométhéen a aussi l’humilité du bricoleur se dépatouillant avec des éléments dont il aurait perdu le modèle.

C’est dire que la « manipulation du vivant » ne laisse pas d’abord entrevoir, comme dans le sophisme de la pente glissante, l’industrialisation de corps (in)humains comme chez Huxley dont la fiction trahit davantage une mécompréhension angoissée du phénomène technique qu’elle n’exprime la pertinence d’une anticipation. Nous attendons toujours ce monde apocalyptique rempli de clones qu’annonçaient les moralistes indignés par la génétique.

Que cela plaise ou non, la manipulation du vivant ne peut pas être le fait d’une entreprise diabolique étrangère à la vie. La redoutable efficacité de la biologie ne peut s’expliquer que parce qu’elle révèle une dimension inhérente à notre être. Nous sommes aussi faits de pièces détachables. Le corps-objet manipulé par les scientifiques n’est pas une négation de la vie, il en est une affirmation parmi d’autres.

Certes, ce qui est possible scientifiquement n’est pas forcément souhaitable éthiquement. Mais condamner par avance au prétexte que l’on touche au vivant revient à faire avorter l’aventure de toute réflexion. Le chirurgien qui ouvre un corps touche à l’intégrité de la personne et pourtant, une non-assistance de sa part serait condamnable.

Au sujet de la parentalité et de la fécondation, notre époque tente ainsi de composer avec d’une part le droit à l’enfant et d’autre part le droit de l’enfant. Sur le plan anthropologique, il paraît évident, comme le montre la production universelle des mythes, que l’enfant doive avoir accès à la reconnaissance de ses origines. Pour tirer le fil de son histoire, l’enfant doit comprendre d’où il vient. Pour adresser comme être humain sa reconnaissance à quelqu’un, il doit savoir qui sont ses parents. À ce titre, il est donc préférable que parentalité et fécondation ne soient pas séparées, ou plutôt qu’elles soient réunies au moment de la conception. Il semble en effet absurde de semer la confusion (dissonance entre le giron et la matrice) là où s’exprimera un besoin de clarté (de la part de l’enfant).

Cependant, si les parents confèrent un visage aux origines, ils ne se confondent pas avec elles.

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L’évangile et le sens de la famille

En France, une bonne partie des opposants à la procréation technicisée se réclame d’une éthique promue par l’Église —  l’Église « catholique » en l’occurrence. Contre un monde « globalisé » où rien ne semblerait résister à la fluidité des échanges, la famille universelle que constituerait l’Église apparaît, aux yeux de nos opposants, comme le socle traditionnel dont l’attachement (à sa mission) permet d’appuyer des propos répondant aux signaux de crise émis par l’institution familiale.

S’appuyant elle-même sur la manière dont le Christ renouvelle en profondeur l’institution du mariage — puisqu’en Lui l’homme et la femme se rencontrent désormais par amour et jouissent ainsi d’un soutien divin indéfectible (cf. Mc 10, 2-9) —, l’Église catholique va progressivement (à travers une histoire sinueuse) faire de l’union entre un homme et une femme — et de la famille qu’elle fonde du fait de la surabondance de l’amour — le lieu symbolique du don de soi, l’icône de l’Alliance entre le Christ et son Église. Ce qui fera dire à saint Jean-Paul II que la famille, en tant que réalité évangélisée et évangélisante, est la « voie de l’Eglise ». Quoi de plus approprié que le rayonnement de la famille nucléaire pour désavouer l’atomisation de nos sociétés à laquelle nous expose un individualisme tant décrié par l’Église ?

Pourtant, à côté de cette sacramentalité de la famille, il faut reconnaître, si nous ne voulons pas être de mauvaise foi, que l’évangile n’hésite pas non plus à contester le poids du sens de la famille. Ne citons que trois passages parmi d’autres :

Comme Jésus parlait encore à la foule, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus répondit à cet homme : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, tendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère. » (Mt 12, 46-50)

« Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé. » (Mc 13, 12-13)

 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14, 26)

La « bonne parole » rapportée ici par Marc et Luc ne renvoie pas seulement à un contexte historique hostile à l’envoi de l’Église, elle porte en elle une radicalité de la conversion au Christ qui dénonce le caractère mortifère des habitudes que nous contractons dans l’institution familiale.

D’où cette ambivalence : le Christ renouvelle l’institution familiale de la même manière qu’il appelle son peuple à s’en départir. Autrement dit, il convient pour tout chrétien de relativiser les liens familiaux.

Lorsque l’évangile (comme ici chez Matthieu) nous révèle que nous sommes enfants de Dieu, il nous rappelle que les parents n’ont pas en main tous les fils de la filiation. Comme fils de Dieu, tout enfant qui naît doit également être adopté par ses parents. Du point de vue de l’évangile, tout enfant est également le fruit d’une adoption c’est-à-dire du bon accueil fait à un étranger. L’évangile ne sacralise donc pas la famille comme dans un fantasme traditionaliste où se confondraient transcendance (en tant que source de légitimité), parents et géniteurs. Au contraire, une éthique véritablement inspirée par l’évangile prendra soin de dégager la singularité des cas particuliers de l’inflexibilité institutionnelle : entre la parentalité et la fécondation, il y a du jeu offert par la transcendance.

Ce qui signifie que l’éthique ecclésiale doit, au premier chef, affronter en son sein une morale religieuse, ou plutôt, un moralisme institutionnalisé qui ne peut pas entendre qu’un désir d’enfant s’il n’est pas réalisable n’est pas pour autant illégitime.

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Petite esquisse phénoménologique du « sol maternel »

L’évangile nous révèle à sa manière qu’un monde humain est un monde pétri par la confiance d’une parole donnée où s’affirme la foi inébranlable de Dieu en l’Humanité. Les parents en sont ainsi les représentants : ils donnent à leur tour la et leur parole à l’enfant. C’est en ce sens que la famille est évangélisée-évangélisante. Il en va de même pour le projet d’enfant : celui-ci n’a de sens que d’avoir pour horizon la promesse d’un accueil, l’accueil d’un autre, qui ne vienne pas seulement en guise de fantasme satisfaire un besoin narcissique. Qu’est-ce à dire sur le plan philosophique ?

Il est un fait que le progrès technique suscite de nouvelles demandes qui encouragent la prolifération des actes techniques en matière de procréation.

De nouvelles demandes sont nées alors même qu’aucune infertilité n’est en cause. Elles mettent en cause des limites que la nature avait imposées : l’âge (enfanter après la ménopause), la mort (demande d’insémination post-mortem), la différence des sexes (couples homosexuels en demande de PMA), la nécessité d’une altérité pour enfanter (le clonage).[1]

Le problème consiste donc à pouvoir borner le désir qui, « à l’inverse du besoin, ne connaît pas en lui-même sa propre fin. »[2] Car il n’y a d’humanité possible qu’à l’épreuve de limites. Or la référence au droit, quand bien même s’opèrerait le passage du droit à l’enfant au droit de l’enfant, n’est pas de soi suffisante puisque le droit se résout à sa manière à des problèmes techniques mobilisant une volonté qui dans son abstraction est toute arbitraire ou rhétorique. Or c’est un sens originaire et immaîtrisable qui doit nous toucher, c’est-à-dire une « expérience » qui nous travaille avant même que nous nous mettions au travail.

Notre thèse : afin que le désir s’ouvre à sa pleine humanité, il doit s’inquiéter d’une écoute : celle du sol maternel dans le giron duquel a lieu la parole donnée qui engendre l’être. Cette écoute fait place à l’écho d’une signifiance qui, parce qu’elle demeure radicalement extérieure à la volonté technicienne, est à même de la limiter.

Lorsqu’une mère se précipite vers son enfant qui crie, elle se précipite pour traduire le cri. Il y a du sens dans le cri, sans quoi toute réponse maternelle et la « satisfaction » qu’elle engendre seraient inexplicables. Le cri signifie en tant qu’il fait signe. Mais un signe qui ne signifie rien d’autre que son propre dénuement ; le cri ne se supporte pas, il est foisonnement de sens, inarticulé. La mère qui se penche sur le visage de l’enfant se penche donc sur un texte à déchiffrer. « C’est comme ça que ça commence notre arrivée au monde : par une histoire de lecture. Notre visage est d’abord un texte et nous traversons cette expérience d’être un texte vivant que des regards déchiffrent, que des regards, infatigablement, attirent à eux pour le lire. »[3] Le geste de la mère constitue une interprétation, une lecture suscitée par l’appel. Elle découvre une signification mais non pas comme on ouvre un écrin renfermant un trésor. L’interprétation tente de remplir le creux de signification que l’appel auquel elle tente de répondre crée en elle. La signification apparaît dans le geste qui la cherche. Autrement dit, la réponse de la mère donne corps à une intention. Le cri où se joue un sens inouï (la signifiance du désœuvrement qui en appelle à la mère) est transposé, interprété en une expression où la signification existe comme chose : le geste maternel qui répond au cri en le traduisant. Le cri a lieu dans l’instant si l’on peut dire, l’intention qui prend corps dans le temps, celui de la re-présentation[4]. Confronté à sa chose (celle qui représente l’intention prêtée à l’enfant) — tout à la fois soi-même et à distance —, l’enfant s’éveille ainsi à la conscience de soi.

Le geste de la mère est de la sorte, littéralement, la parole donnée à l’enfant qui peut émerger comme un récit qui se découvre. Apprendre à parler n’est possible qu’en s’insinuant dans la parole de la mère. Et les paroles de celle-ci n’ont de sens qu’à être suscitées par le cri. La parole maternelle s’adresse à l’enfant dont le regard s’éveille à la réflexion, attiré par son double (la chose découverte à même le geste maternel) que mobilise la réponse maternelle et auquel ledit regard peut s’accrocher et reprendre à son compte.

En d’autres termes, c’est par le geste de la lecture, de la parole donnée que le monde devient habitable pour l’enfant, c’est-à-dire qu’un regard y trouve demeure, émergeant du foisonnement sensible. Mais la parole donnée doit d’ores et déjà animer le désir d’enfant : « la mère peut d’autant plus facilement tenir parole face à l’enfant que la promesse d’accueil est généreuse et partagée… »[5] Et comment une femme pourrait-elle donner sa parole à l’enfant quand on la lui aurait refusée en tant que mère ? Quant au père, n’est-ce pas la parole donnée par la mère qui le fait tel et l’ouvre à l’engagement ? On le voit, le sol maternel de la parole donnée est le milieu même où peut se tisser des récits par lesquels le visage des uns se reconnaissent et sont reconnus à travers le regard ouvert du visage des autres. Je ne me comprends que parce que je m’adresse à l’autre dont le geste prolonge mon corps en reprenant le sens à son compte dans une nouvelle expression que l’intention habite. Aussi toute parole a lieu comme réponse sur fond de parole d’ores et déjà donnée[6].

Mais le rapport de la parole au cri n’a pas le même sens que le rapport entre les paroles qui s’échangent. Si la circulation originaire de la parole n’a pas lieu comme dans un circuit où les choses ne feraient que se répéter, c’est que, suscitée par le cri, la parole qui s’échange est ouverte par et à autre chose qu’elle-même (l’altérité de la signifiance) et devient à ce titre signifiante. Suscitée par le cri, la parole qui s’échange garde la trace d’une déchirure par où s’aère le sol maternel qui ne se durcit pas ainsi, originairement, comme dans la répétition d’un récit mythique (mis en scène et entretenu jalousement par une certaine psychanalyse).

Cependant, comme l’interprétation ou la traduction de l’appel par la mère (ou ce qui en tient lieu) ne peut par définition épuiser les possibles du foisonnement sensible (où se joue l’altérité), la dynamique de la parole donnée s’accompagne nécessairement d’une « part » demeurant muette et source donc de névroses. La compréhension qu’a l’enfant de soi-même n’est pas transparente : elle est parasitée par une activité aveugle qui traduit cette part non traduite. L’institution de la confiance entre de cette manière en conflit avec des habitudes familiales où se répètent névrotiquement ou mécaniquement une série d’échecs. C’est probablement cette tension entre confiance et répétition morbide où se noue la famille que pointe l’évangile.

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Techniques et « passion » technicienne

Plus largement, dans un monde humain, la parole donnée est par essence fragile, jamais totalement accomplie, incertaine, exposée au doute et aux trahisons. Aussi, les moyens techniques développés par la volonté de maîtrise peuvent venir accompagner cette fragilité en lui conférant une certaine assurance. C’est ainsi que le contrôle biologique demeure résolument humain en permettant à la parole donnée de ne pas succomber totalement au vertige de l’inconnu auquel elle s’expose dans son aventure, en se laissant fasciner par sa part inédite, non-dite, mal dite ou maudite (comme dans la névrose obsessionnelle). De cette manière, le désir d’enfant — d’un enfant désiré à l’horizon d’une promesse mais confronté à une impossibilité biologique —, pourra, grâce aux supports techniques, consolider sa foi en soi (comme désir d’un autre) dont les hésitations ne se laisseront pas trop impressionner par les inhibitions institutionnelles.

Aussi, la menace ne tient pas tant à la volonté technicienne — qui,  dans un souci d’efficacité, morcelle le corps maternel, le réduit au silence de l’anonymat de la matière et biologise la paternité —, qu’à la passion technicienne. Nous entendons par passion technicienne cette mauvaise réponse qui est faite au doute, à la fragilité, à la part inaccomplie ou aux possibles trahisons qui habitent le monde façonné par la parole donnée. C’est que la volonté de maîtrise se trouve en soi excédée par la logique du don d’ores et déjà donnée et à ce titre irrattrapable : ce que nous appelons le sol maternel. Du fond de l’obscurité d’une volonté excédée peut surgir alors la passion d’une maîtrise qui s’endurcit et vise la neutralisation de l’altérité où se joue la menace et vers laquelle tend toute parole. Au lieu de la rencontre où chaque geste est co-créateur d’un autre se substitue ainsi l’obsession d’une reproduction technicisée.

La volonté de maîtrise peut de cette manière s’affoler elle-même et croire dans sa démesure qu’elle est en parfaite mesure de résoudre la totalité (illusoire) des incertitudes qui scandent la parole donnée. Elle n’accompagne plus alors la parole donnée, elle l’occulte en fixant elle-même les termes du problème. Lorsque la volonté de maîtrise s’affole, la parole donnée ou la confiance ne circule plus alors entre les hommes. Ne subsistent que des individus dont les rapports ne se font et ne se défont plus que le « temps » d’un contrat soumis à l’expertise juridique.

GPA, PMA…, il ne s’agit donc pas de condamner a priori, il s’agit d’apprécier si la volonté de maîtrise qui les porte est elle-même arrimée au sol maternel de la parole donnée, c’est-à-dire en direction d’un monde qui ne se contente pas de se reproduire. Or un monde qui se renouvelle à l’horizon d’une promesse est un monde qui accepte que quelque chose lui échappe : la signifiance qui remue le sol maternel et dont la parole donnée se fait l’écho. Quelque chose qui fait la singularité de l’enfant et échappe ainsi tout à la fois à l’institution familiale, aux laboratoires et aux experts en droit, en les mettant en question.

S’il est donc préférable que parentalité et fécondation ne soient pas séparées, — sur fond d’un engagement essentiel, leur articulation ne signifie pas nécessairement leur amalgame. Autrement dit, si nous voulons agir en personnes responsables, nous devons accorder notre confiance aux changements sociétaux à condition que ceux-ci répondent à une souffrance partagée et que les regards qui les portent aient conscience de leurs limites. Mieux : que la conscience des limites soit la conscience même. Brandir victorieusement l’étendard de ce que l’on appelle encore, de façon désuète, le « progrès », contre une pensée jugée « réactionnaire », constitue à cet effet un aveuglement qui n’a pas su faire droit à la subtilité de la remise en question qui s’annonçait (et continue alors de gronder). La névrose sociétale qui devrait s’ensuivre, en raison de la grossièreté des termes dans lesquels la question a été traduite, risque alors d’être compliquée à « digérer » sur le long terme.


[1] Jacques DAYAN et Corinne TROUVÉ, « Désir d’enfant et PMA : quelques aspects sociologiques » in Spirale, n° 32, avril 2004, Disponible sur http://www.cairn.info/revue-spirale-2004-4-page-27.htm
[2] Ibid.
[3] Suzanne JACOB citée par Louise VANDELAC, in « L’éthique de la parole donnée : condition de l’engendrement de l’être et du savoir » in Sisyphe.org, Site Internet, novembre 2002, Disponible sur : http://sisyphe.org/spip.php?article217
[4] La représentation avant d’être théorétique a d’abord le sens d’une reconnaissance. Il est également entendu que la chose en tant qu’emphase du sens inouï, aussi durable soit-elle, ne clôt pas l’aventure du sens puisqu’elle s’offre déjà à la reprise. Par ailleurs, nous parlons de l’instantanéité du cri opposée au temps de la représentation par facilité. Il faudrait montrer plus finement comment le cri bruisse au fond de l’instant en empêchant celui-ci de se laisser prendre au jeu de sa propre répétition.
[5] Louise VANDELAC, Op. cit.
[6] En tant qu’institution, le sol maternel de la parole « d’ores et déjà  donnée » doit lui-même être philosophiquement interrogé. La tâche est évidemment trop grande pour l’espace qui nous est ici imparti.

 

Jean-Sébastien Philippart

Agrégé de philosophie, Jean-Sébastien Philippart est conférencier à l'Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc de Bruxelles.

 

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Commentaires

Alors que la GPA ( Gestation pour autrui, c.a.d. les  » mère porteuses  » ) est strictement interdite en France , ce n’est pas le cas de la PMA ( Assistance médicale à la procréation ) . Pourquoi une telle différence de traitement entre ces deux techniques , destinées à aider les couples hétérosexuels à résoudre un problème d’infertilité ? Alors qu’elles sont aujourd’hui utilisées également par des couples homosexuels en mal d’enfants , il n’est pas interdit d’y consacrer quelques instants de réflexion .
La GPA , qu’elle bénéficie à des couples hétérosexuels ou gays , constitue un double scandale et l’on ne peut que louer le droit français de l’avoir interdite :
1) On arrache l’enfant à sa mère biologique , qui l’a porté pendant neuf mois . On l’arrache à sa chaleur , à son odeur , à sa voix , à son sein . Comment ne pas sentir que trancher ainsi le lien qui les unit charnellement et au niveau de l’inconscient constitue un traumatisme ? Tant pour l’enfant que pour la mère . Depuis Freud et consorts, qui de nous s’aventurerait à nier le poids de l’inconscient dans nos vies ?
2) Réduire la femme à un utérus que l’on loue , pourvu qu’on ait du fric , est-ce autre chose qu’un avatar « moderne » de l’esclavagisme ?
La PMA , en revanche, qu’elle bénéficie à un couple hétérosexuel ou de lesbiennes , échappe à ces deux scandales : le lien mère-enfant est préservé ; et il n’y a pas marchandisation du corps de la femme . D’évidence , le mal est moindre . Mais , bien sûr , confirmer cette différence de traitement entre GPA et PMA , c’est créer une inégalité entre homosexuels , l’adoption restant le seul recours des couples gays . Surtout , qu’il s’agisse de la GPA ou de la PMA , peut-on ignorer la question posée l’an dernier par les millions de Français descendus dans la rue lors des Manifs pour tous : ne joue-t-on pas aux apprentis-sorciers en créant , pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une nouvelle catégorie d’enfants : ceux délibérément privés du couple père-mère ?

par Philippe Le Corroller - le 11 avril, 2015


Ce texte est très dense, et manifestement longuement réfléchi, et pensé. Tellement, qu’il me serait nécessaire de l’imprimer, de passer beaucoup de temps à le lire pour le commenter comme je le voudrais, et lui rendre justice.
Mais… comme c’est Internet, et je dois retourner à une autre lecture, je serai un peu paresseuse…
Je partage beaucoup des réflexions ci dessus, mais pas toutes.
Petite question : c’est quoi, le mythe jalousement défendu par une certaine psychanalyse ? C’est « Totem et Tabou » ? Autre chose ? Si c’est « Totem et Tabou », j’ai toujours eu de graves réserves (en tant que ex-psychanalyste…) à adhérer à ce mythe. Pas parce que c’était un mythe, là, il n’y a pas de problème, mais parce que cette vision des origines (de la société) ne m’a pas convaincue.

Beaucoup des points de vue attribués au Christianisme sous la forme de l’Eglise Catholique Romaine sont visibles… dans la pensée juive, qui fait de l’Alliance, ainsi que l’accueil de l’étranger, des pratiques sacrées. Il me semble important, surtout à l’heure qu’il est, et en France, de ne pas ignorer le socle… commun entre pensée chrétienne et juive.

A ce sujet, le « sol maternel » me semble une métaphore ? une idée assez piquante. D’autant plus que cette pensée a une dette considérable envers une certaine psychanalyse qui est l’objet d’attaques à l’heure actuelle (on se demande pourquoi, tout de même). Le « sol maternel », pays de paroles est séduisant, mais insuffisant, de mon point de vue, car le problème épineux émanant du fait incontournable qu’un corps humain occupe un espace et un lieu doit être pris en compte.
Oui, nous sommes des êtres de parole. Mais pas que. Heureusement. Comment faire tenir ensemble des corps qui se donnent à voir avec une parole qui ne se laisse pas saisir, ni voir, ça relève du paradoxe (surtout quand nous croyons autant dans leur division…). Mais nous sommes des paradoxes, avec nos têtes dans le ciel, et nos pieds sur terre (quand nous sommes verticaux…). (Pourquoi insister sur l’acte d’interprétation comme LECTURE de TEXTE ? Ne peut-on pas lire/interpréter d’autres phénomènes que du texte (écrit) ?)

Pour la dissociation fécondation/sexualité, partons de mon expérience personnelle de femme, et de mère. Je me souviens d’avoir été bien.. éduquée ? indoctrinée ? dans l’idée que j’avais droit à un enfant si je voulais, quand je voulais, mais au moment voulu… l’enfant ne s’est pas manifesté parce que j’avais arrêté toute forme de contraception, CONTRAIREMENT à ce que je… croyais à l’époque. Etais-je… stupide, ou.. croyant ? Pourquoi aurais-je dû croire autrement ?…Ce qui intervenait comme obstacle ENTRE moi et la réalisation de ce désir peut être invoqué sous le nom de Dieu, en passant… Dans le temps on pouvait dire « Si Dieu le veut » pour rendre compte de cet écart.
Par ailleurs, notre nature si paradoxale interdit de pouvoir bien séparer ce qui pourrait relever d’une impossibilité biologique d’une impossibilité psychique : où localiser l’âme ou la psyché, qu’on ne peut pas réduire à l’organe tangible/visible cerveau ? Comme quoi, notre plus grand défi moderne, c’est de pouvoir NOUS penser autrement que dans ces séparations idéologiques, à dépasser.
Pour la passion… l’étymologie nous apprend à quel point elle va avec la souffrance. Mais nous ne pouvons pas la séparer de cet événement qui continue à hanter l’Occident : la Passion. Logique.
Plutôt que de parler de « passion de la technique », j’oserais dire que la technologie est devenu notre Dieu. Nous y mettons notre foi, et qui plus est, une foi aveugle. On peut être excusé pour ses passions mais… peut-on être excusé pour sa.. (MAUVAISE) FOI, plutôt ses idoles ? C’est moins sûr.
Et, enfin, il est triste de constater combien la pauvre main reste un objet d’opprobre après tout ce temps. « Manipuler » est entaché de connotations négatives maintenant. On se met à rêver pourquoi… mais POURQUOI la main reste honteuse ?…
Je relirai ce texte pour essayer de l’approfondir… mais de grâce, laissez-le assez longtemps sans le recouvrir par autre chose. Il mérite un effort.

par Debra - le 11 avril, 2015



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