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Mustang ou les figures de la liberté

16/10/2015 | par D. Guillon-Legeay | dans Art & Société | 5 commentaires

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CINEMA : Daniel Guillon-Legeay a vu le film Mustang, réalisé par Deniz Gamze Ergüven (2015). Il l’a aimé et nous en parle sur iPhilo.

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C’est le début de l’été. C’est aussi le dernier jour de l’année scolaire. Sur le chemin du retour, Lale et ses quatre sœurs s’attardent le long de la plage et jouent avec des garçons. Juchées sur leurs épaules, telles de fières amazones, elles s’éclaboussent et se bousculent les unes les autres… sans se douter encore que ces jeux innocents vont déclencher un véritable scandale dans leur village. La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Entre les jeunes filles et les adultes, c’est le début de la confrontation…

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Reflets dans un œil d’homme

Ce premier film de la jeune réalisatrice franco­turque Deniz Gamze Ergüven est, selon moi, un coup de maître, tant pour sa beauté formelle que pour la force de son propos. Le portrait des jeunes filles pleines de fougue et de joie de vivre est absolument  bouleversant. De ce point de vue, la séquence de préambule est magnifique : la cinéaste filme les longues crinières soyeuses des filles, leurs éclats de rire, leurs jeux dans l’écume des vagues et les reflets du soleil, leurs corps ondulants, souples et pleins de vigueur juvénile. Pour autant, les jeunes filles ne cherchent pas à s’exhiber ni à séduire les garçons. Si impudeur il y a, elle n’est pas dans leur conduite; elle est dans le regard des adultes. Ce sont en effet les adultes qui croient percevoir dans ces jeux la manifestation d’un érotisme débridé. Cette problématique les obsède, les fascine et les effraie. Et c’est sans doute cette ambivalence qui explique la violence de leurs réactions…

Je suis d’accord pour voir dans ce film « comme une métaphore de la schizophrénie turque, écartelée entre patriarcat et modernité », « une fable stylisée, qui file comme un cheval au galop». En revanche, je ne pense pas, comme l’affirme la critique de cinéma, que « le véritable sujet (du film), est la puissance subversive de la libido féminine. Les gardiens de l’ordre ont beau ériger des prisons pour l’étouffer, leurs murs ne résistent pas à sa force tellurique» [1]. La libido féminine, dans le film, est un ressort puissant qui agit en creux (fantasmée ou honnie par les adultes). Mais la véritable question clairement posée par le film est celle de la liberté, à tel point qu’il m’est impossible de ne pas songer, en le voyant, à ce très beau texte de Nietzsche : Les trois métamorphoses de l’esprit [2]. Le film de la jeune cinéaste franco-turque constitue une parfaite illustration de ce magnifique texte de Nietzsche consacré au chemin de l’esprit en quête de la liberté véritable. Il me semble en effet que chacune des cinq héroïnes incarne une figure différente de la liberté en devenir.

La liberté n’est jamais donnée d’avance ; elle se conquiert. Selon Zarathoustra, elle advient selon un mouvement qui procède par transformations continues et successives. Par métamorphoses, précisément : « Je vais vous dire trois métamorphoses de l’esprit: comment l’esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant » [3]. Dans ce texte aux allures de parabole évangélique, Nietzche explore précisément toutes les possibilités qui s’offrent à l’esprit humain pour affronter l’oppression et tenter de s’en affranchir: la soumission, la fuite, la résistance ou la création. En chacune de ses métamorphoses, l’esprit épouse des figures qui symbolisent les moments de ce processus : le chameau, le lion et l’enfant.

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La première métamorphose de l’esprit: le chameau

« Il est maint fardeau pesant pour l’esprit, pour l’esprit patient et vigoureux en qui domine le respect: sa vigueur réclame le fardeau pesant, le plus pesant. ». La liberté ne s’exerce jamais à vide. Pour s’affirmer, elle a besoin de se confronter à la résistance du monde extérieur (la nature et/ou la société). La première attitude de l’esprit face à la contrainte est, bien entendu, l’acceptation, la soumission. Dans cette optique, le sérieux, l’engagement, le poids des responsabilités, l’humilité, l’abnégation, le dévouement, le maintien de l’ordre établi peuvent faire figure de consentement libre. Dans cette confrontation, l’esprit éprouve sa force et sa résistance à proportion du fardeau qu’il peut supporter. C’est la figure du chameau : « L’esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants: tel le chameau qui sitôt chargé se hâte vers le désert, ainsi lui se hâte vers son désert. ». Cette acceptation du réel est vécue comme une forme d’héroïsme ; à défaut de pouvoir (ou de vouloir ?) changer le réel, on l’accepte, on l’endure et on le supporte tel qu’il s’impose à la volonté : « Qu’y a-t-il de plus pesant! Ainsi interroge l’esprit robuste. Dites-le, ô héros, afin que je le charge sur moi et que ma force se  réjouisse ».

Nietzche évoque plusieurs formes de soumission et d’acceptation (mais que je ne puis ici détailler). Car la soumission offre bien des visages. Il y a celle de l’esclave qui, conscient de son impuissance à supprimer le rapport de force et de subordination qui l’opprime, l’accepte et s’y soumet pour rester en vie. A l’image des cinq sœurs séquestrées dans la maison familiale, qui s’efforcent par tous les moyens d’endurer l’ennui, les brimades, la promiscuité, la chaleur de l’été, l’autorité brutale. Plus encore, les deux sœurs les plus âgées finissent par se soumettre à la loi des mariages arrangés. A défaut de pouvoir se soustraire au régime patriarcal dans lequel on entend les enfermer, elles choisissent de fuir la prison du présent pour intégrer la prison d’un avenir déjà tout tracé : l’une parvient à épouser le garçon qu’elle aime, l’autre à épouser un parfait inconnu. Certes, la différence est importante, mais elle ne supprime pas les termes du problème : l’oppression, la soumission à la contrainte.

Il existe encore une autre forme de la soumission : celle de l’esclave qui aliène sa liberté en devenant le complice de la volonté de son maître. A cet égard, le portrait des adultes dans le film est tout à fait significatif : les adultes – hommes et femmes –  reproduisent un schéma d’oppression séculaire parce qu’il leur confère – en apparence du moins – une place dans la société, un pouvoir sur le désir et sur le corps des femmes. Il n’est pas rare en effet, comme le remarque Spinoza, que des hommes « se battent pour leur servitude comme s’ils combattaient pour le salut de leur âme » [4].

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La seconde métamorphose de l’esprit : le lion

Mais il arrive que l’esprit s’épuise dans le désert des traditions figées. Car l’esprit possède en lui une force inépuisable et indomptable. Alors, il s’agace contre l’intransigeance du devoir à accomplir, il proteste contre l’ordre immuable et transcendant qui le surplombe. C’est alors que « s’accomplit la seconde métamorphose: ici l’esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert. Il cherche ici son dernier maître: il veut être l’ennemi de ce maître, comme il est l’ennemi de son dernier dieu; il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon. Quel est le grand dragon que l’esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître? « Tu dois », s’appelle le grand dragon. Mais l’esprit du lion dit: « Je veux. » » [5].

L’esprit se fait lion ; il rugit pour briser le carcan des préjugés et des traditions, pour conquérir son espace et tracer sa propre voie : « Des valeurs de mille années brillent sur ces écailles et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons: « Tout ce qui est valeur – brille sur moi. Tout ce qui est valeur a déjà été créé, et c’est moi qui représente toutes les valeurs créées. En vérité il ne doit plus y avoir de « Je veux » ! Ainsi parle le dragon » [6].  La loi morale prétend tirer sa légitimité et son autorité d’une origine divine, et c’est à ce titre qu’elle prescrit aux hommes leur devoir et exige d’eux une obéissance inconditionnelle. Toute contestation humaine s’apparente alors au pire des crimes : l’impiété.

Dans le film, les cinq soeurs incarnent cet esprit de rébellion comme, par exemple, lorsqu’il s’agit pour elles de s’échapper de la prison familiale et de fuguer. Leur désir est de se rendre, à égalité avec les garçons, à un match de football. Ce faisant, elles bravent l’interdit. La caméra saisit ce moment de grâce lorsque, l’air bravache, embarquées à l’arrière d’une camionnette, elles laissent flotter leurs cheveux dans le vent et dans la lumière du soleil couchant.

Hélas, en dépit de la solidarité très forte qui unit la fratrie, se nouent des drames personnels, se mettent en place des trajectoires individuelles. L’une des cinq sœurs va incarner, davantage que les autres, cette rage du lion qui « veut conquérir la liberté et être maitre de son propre désert », en allant jusqu’à prendre des risques insensés: braver ouvertement l’autorité de l’oncle, ou encore se donner au premier garçon venu… « Se faire libre, opposer une divine négation, même au devoir: telle est, mes  frères, la tâche où il est besoin du lion. » enseigne Zarathoustra [7]Dans le film, on craint à chaque instant que le piège ne se referme sur la jeune fille. Par provocation, elle feint même de se conformer à l’image abjecte que les adultes lui renvoient d’elle. « Conquérir le droit de créer des valeurs nouvelles – c’est la plus terrible conquête pour un esprit patient et respectueux. En vérité, c’est la un acte féroce, pour lui, et le fait d’une bête de proie » prévient Zarathoustra. Le tragique naît de cette confrontation entre l’ordre du vouloir humain et celui qu’impose la force du destin. Au « tu dois » que veut imposer la loi du patriarcat, la jeune rebelle finira par opposer un fracassant « je veux »… Dans la continuité de Nietzsche, Albert Camus ressaisit fort bien ce mouvement intérieur de la révolte qui engendre la conscience de soi: « Si confusément que ce soit, une prise de conscience naît du mouvement de révolte: la perception, soudain éclatante, qu’il y a dans l’homme quelque chose à quoi l’homme peut  s’identifier, fût-ce pour un temps… Ce qui était d’abord une résistance irréductible de l’homme devient l’homme tout entier qui s’identifie à elle et s’y résume. Cette part de lui-même qu’il  voulait faire respecter, il la met alors au-dessus du reste et la proclame préférable à tout, même à la vie » [8].

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La troisième métamorphose de l’esprit : l’enfant

Refuser d’obéir des diktats, à des commandements, à des traditions constitue une étape nécessaire mais non suffisante pour accéder à la liberté. Il ne suffit pas de dire « non » et de détruire, il faut encore poser un grand « oui » à la vie et créer de nouvelles valeursC’est là la troisième  métamorphose de l’esprit : « comment enfin le lion devient enfant ». « Mais, dites-moi, mes frères, que peut faire l’enfant que le lion ne pouvait faire? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant? » demande Zarathoustra [9]. Comment un enfant pourrait-il réussir là où a échoué le lion ? Le film illustre parfaitement la réponse de Zarathoustra : « L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation. Oui, pour le jeu divin de la création, ô mes frères, il faut une sainte affirmation: l’esprit veut maintenant sa propre volonté, celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde » [10]. Emmurées vivantes dans une maison transformée en bunker et en usine à mariages, enfermées à l’ombre au cœur de l’été, les cinq sœurs se recréent un monde imaginaire. Par le jeu, elles s‘échappent hors de l’espace clos et du temps suspendu. Elles réenchantent le réel. Corps féminins gracieux, longues chevelures emmêlées saisies dans une lumière laiteuse… La réalisatrice Deniz Gamze Ergüven ne se prive pas de filmer ces scènes de jeu : un lit se métamorphose en piscine, le morceau de chiffon en robe de princesse, la dérision en arme contre le sérieux. On retrouve dans ces scènes d’intérieur les mêmes explosions de fougue juvénile que dans les scènes d’extérieur du préambule. Avec la mer en moins, et les barbelés en plus. Pareilles à des chevaux sauvages, les filles incarnent la liberté à l’œuvre dans la Nature, contre toute forme de déterminisme et de contrainte.

Mais il y a plus encore. Des enfants de quinze ans ne peuvent ni changer le monde ni même inventer leur propre vie. « Ne vois-tu pas aussi que, à l’instant précis où s’ouvrent les loges, les chevaux, malgré leur impatience, ne peuvent s’élancer aussi soudainement que le souhaite leur esprit lui-même? » [11]. Toutefois, il faut beaucoup d’innocence et de force intérieure pour imaginer qu’un autre monde est possible. Contre la tyrannie des traditions patriarcales, Lale, la plus jeune des cinq sœurs, sait précisément que l’école constitue l’un des plus beaux terrains de jeux pour un esprit épris de liberté.

Pour Charlotte

PS : A l’instant de rédiger ces lignes, j’apprends que Mustang a été sélectionné pour représenter la France aux prochains Oscars. Je ne puis que m’en réjouir.

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[1] Isabelle Régnier, dans le journal Le Monde du 20 mai 2015
[2] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
[3] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
[4] Baruch Spinoza, Traité Théologico-Politique.
[5] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
[6] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
[7] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
[8] Albert Camus, L’homme révolté.
[9] Ibid.
[10] Ibid
[11] Lucrèce, De la nature des choses, livre II.

 

D. Guillon-Legeay

Professeur agrégé de philosophie, Daniel Guillon-Legeay a enseigné la philosophie en lycée durant près de vingt-cinq ans en lycée. Actuellement chargé de mission au Pôle Numérique de Créteil, il tient le blog Chemins de Philosophie. Suivre sur Twitter: @dguillonlegeay

 

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Commentaires

Bonjour,

Beau texte, inspiré par des images qui parlent de libertés, et l’oeuvre d’un philosophe poète.
Merci Daniel.

par philo'ofser - le 17 octobre, 2015


Merci beaucoup. DGL

par Guillon-LegeayDaniel - le 17 octobre, 2015


Je ne pense pas qu’il soit opportun de rendre synonyme l’acceptation et la soumission. Je pense que ce sont deux conduites différentes, et qu’il est important de garder ouverte la distinction entre les deux. Je perçois, à tort, peut-être ? un jugement de valeur négatif sur cette conduite, mais je me trompe peut-être..
Je pense qu’il est également dommage de réduire l’épineux problème du désir masculin à une affaire de patriarcat, ou de le réduire à un enjeu de liberté… féminine ? Je crois, et j’espère que l’affaire est plus compliquée que cela.
Je n’ai pas (encore) vu le film.
Mais je crois pouvoir affirmer que le désir sexuel est encore et toujours un… scandale pour l’être humain à l’heure actuelle, (et pas seulement l’être humain religieux…) et ceci en dépit des flots de pornographie qui se déversent sur Internet. (N’a t-il pas souvent été un scandale pour les philosophes, d’ailleurs ? Une preuve de l’impossibilité de contrôler, par l’esprit et la volonté, CE QUI ECHAPPE, surtout ce qui échappe.. à la raison, et à l’explication ? Pire encore, un signe de « faiblesse » ?) Et encore plus un scandale si ce désir appartient à un homme, en face d’un… corps ? de femme. Modernité oblige.
Je constate que le corps de la femme, pour les deux sexes, en est venu à incarner l’OBJET de désir, et que ce statut d’objet (de désir) est insupportable, surtout pour les femmes, mais manifestement pour de plus en plus d’hommes. (Je ne parle pas ici d’hommes qui s’insurgeraient contre le fait de devenir eux, OBJETS d’un désir féminin symétrique à celui de l’homme, mais d’hommes qui s’insurgent contre l’idée du corps de la femme comme objet de désir. Nuance.) ..Dommage…le « progrès » n’est pas toujours là où on le perçoit…
Pourtant, le mot « objet » porte en lui les traces des enjeux.
Un objet, c’est ce qui est placé devant, à l’extérieur ; il est par définition, un VISIBLE donné à regarder. (Ce qui est sujet est invisible, et intérieur par définition…) Nous sommes tous, tantôt sujets et objets, dans et par la parole, et les yeux. Bien que le désir sexuel de l’homme et celui de la femme ne soient ni. symétriques, et encore moins identiques. A mon avis. (Et pourquoi vouloir qu’ils le soient, d’ailleurs ?)
Que de.. névroses tissées autour de ce désir qui pourrait ? être vécu dans la joie et une forme d’innocence. Nietzsche lui-même était un grand emprisonné, je le crains…qui luttait désespérément contre ses démons. Comme d’autres grands hommes, d’ailleurs.
Plus on REVENDIQUE la liberté, plus elle s’éloigne, et plus soi, on s’enferme ?
L’art de s’emprisonner… dans la révolte ?
Merci, vous m’avez donné envie d’aller voir le film.
Je me demande, pourtant, ce que je vais y voir, par rapport à vous.
Déjà, dans « Winter Sleep », je me suis sentie très.. seule dans mon regard sur ce qui était donné à voir…

par Debra - le 18 octobre, 2015


Chère Debra,

Je vous remercie pour votre commentaire circonstancié. Mais avant d’aller plus loin, je tiens à préciser qu’un texte écrit à propos d’un film devient plus aisé à comprendre lorsque le lecteur (la lectrice) a préalablement vu le film.

Je suis d’accord avec vous pour distinguer la soumission de l’acceptation: la première a pour mobile principal des affects négatifs (la peur, la crainte, la honte), tandis que la seconde est un acte de la volonté et de la raison (déterminer la place qu’on entend occuper dans l’ordre des choses). Mais dans le contexte du film, les deux sont très voisines; comme je l’explique, « la différence est importante, mais elle ne supprime pas les termes du problème : l’oppression, la soumission à la contrainte ».

Le désir sexuel masculin ne se réduit fort heureusement pas au patriarcat. Mais dans le contexte du film, c’est contre ce dernier que les jeunes filles vont devoir construire la stratégie dont dépendra ou non leur salut .

Vous avez raison encore de souligner que le désir sexuel ne laisse pas d’inquiéter les humains, et que la pornographie ne résout rien. Comment le pourrait-elle d’ailleurs, puisqu’elle écarte l’essentiel, à savoir le désir, qui est en son fond le désir du désir de l’autre (car aimer, c’est vouloir être l’objet exclusif du désir de l’autre)? C’est pourquoi Luis Bunuel parlait (en accord avec la psychanalyse) de « cet obscur objet du désir »: contrairement à ce que vous affirmez, l’objet du désir n’est pas nécessairement identifiable ni assignable.

Je vous remercie une fois de plus pour votre commentaire très intéressant. Et je ne puis que vous recommander d’aller voir ce film .. et de continuer à commenter les textes publiés sur iPhilo 🙂 DGL

par Guillon-Legeay Daniel - le 18 octobre, 2015


Merci beaucoup de votre réponse, M Guillon-Legeay.
J’irai voir le film quand il sera de nouveau visible.
Je vous recommande à mon tour « L’Odeur de la Mandarine » que j’ai vu dernièrement, et qui m’a semblé une exploration nuancée des difficultés/impasses de l’altérité homme/femme, et des… bricolages que le sujet singulier doit se fabriquer du mieux qu’il/elle peut afin de faire face à cette altérité troublante mais vivifiante.
Pour l’obscur objet du désir… je ne sais pas si l’objet est si obscur, mais le sujet désirant l’est, je vous l’accorde, ainsi que l' »adéquation » entre le sujet et cet objet.

par Debra - le 21 octobre, 2015



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