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Jean d’Ormesson, le Guide des égarés

15/12/2017 | par D. Guillon-Legeay | dans Philo Contemporaine | 5 commentaires

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HOMMAGE : Après la mort de l’écrivain et académicien Jean d’Ormesson la semaine dernière, notre chroniqueur Daniel Guillon-Legeay a relu Le Guide des égarés de ce penseur à la fois léger et tragique. Une variation philosophique qui place Jean d’O dans les pas d’Héraclite d’Éphèse, de l’Ecclésiaste, d’Épicure, de Maïmonide, de Pascal et de Jean Wahl.


Professeur agrégé de philosophie, Daniel Guillon-Legeay a enseigné la philosophie en lycée durant près de vingt-cinq ans. Il tient le blog Chemins de PhilosophieSuivre sur Twitter: @dguillonlegeay


Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à un écrivain est encore de relire et de discuter ses textes. A l’annonce de la disparition de Jean d’Ormesson, je me suis replongé dans son Guide des égarés que j’avais découvert au moment de sa parution (aux éditions Gallimard, en octobre 2016). Pour la première fois de mon existence, je lisais un ouvrage de l’illustre académicien. Il faut dire que, d’ordinaire, mes affinités vont ailleurs… Pourtant, contre toute attente, son Guide des égarés m’avait, sinon convaincu, du moins séduit. Par l’élégance et la lumineuse beauté de son style, la hauteur de vue, le rire malicieux sous lequel perce pourtant un indéniable sens du tragique et, bien entendu, la question centrale à laquelle il s’efforce de répondre : «Qu’est-ce que je fais là ?».

L’existence est une aventure invraisemblable dont personne ne sortira vivant, l’affaire est entendue ; pour autant, le désespoir est-t-il notre seule option ? Jean d’Ormesson ne le pense pas. Si nous ne pouvons échapper à la mort, tâchons au moins de vivre heureux en cette vie, ici et maintenant ! Fruit d’une improbable rencontre entre Héraclite d’Éphèse, l’Ecclésiaste, Épicure, Maïmonide, Pascal et Jean Wahl, ce Guide des égarés de Jean d’Ormesson prétend offrir une véritable planche de salut à tous les «égarés» de l’existence.

Un guide pour sauver les « égarés » : l’hommage à Maïmonide

Le titre est un hommage au célèbre Guide des égarés de Maïmonide : «Le titre de ce manuel de savoir-vivre à l’usage de ceux qui s’interrogent sur les mystères du monde, je l’ai emprunté à Maïmonide, philosophe et médecin juif né à Cordoue, alors musulmane, il y a un peu moins de mille ans. Aujourd’hui comme hier, nous sommes tous des égarés. Nous ne savons toujours pas ce que nous voudrions tant savoir : pourquoi nous sommes nés et ce que nous devenons après la mort». (p. 9). Philosophe et médecin juif, Moïse Maïmonide (1138-1204) naquit et vécut à Cordoue, puis dut s’exiler en Égypte, à Fostat, près du Caire, où il exerça la médecine et mourut. Aujourd’hui encore, son souvenir n’a pas disparu : à Cordoue, se trouve une très belle statue du penseur, dans l’ancien quartier juif (la «juderia»), non loin de la magnifique mosquée reconvertie en cathédrale (la «Mezquita»). Il importe de rappeler qu’à la fin du 12ème siècle, l’Andalousie était en grande partie sous domination musulmane ; pour autant, penseurs chrétiens, juifs et musulmans coexistaient et travaillaient pacifiquement.

Dans son Guide des égarés, Maïmonide entend montrer, comme son illustre prédécesseur musulman Averroès (Ibn Ruchd de Cordoue, 1126 -1198), que les vérités de la religion tirées de la révélation, loin d’être en contradiction avec les vérités rationnelles de la science et de la philosophie, peuvent s’accorder avec elles. Dans l’esprit de Maïmonide, il s’agit de sauver « les égarés » (il dit aussi « les perplexes ») déchirés entre la croyance religieuse et le savoir rationnel. À cette époque, cette question agite tous les grands penseurs. «Fides quaerens intellectum» : la foi à la recherche de la raison. Sans l’ombre d’un doute, Jean d’Ormesson reste fidèle à cette inspiration, en proposant un vademecum à ses contemporains, qu’ils soient chrétiens ou athées.

Prendre un peu de hauteur

Bref et concis (cent vingt pages), le Guide des égarés de Jean d’Ormesson offre une trentaine d’entrées thématiques, chacune pouvant être consultée indépendamment des autres. Toutefois, la progression d’ensemble ne doit rien au hasard ; en vérité, elle reflète le trajet d’une conscience humaine s’éveillant et se déployant au contact du monde. Au commencement, il y a l’étonnement ; à la fin, il y a Dieu. En chemin, se rencontrent les nombres, la science, l’espace, l’air, la lumière, le temps, la pensée, le mal, la liberté, la vie, la mort, la justice, la beauté, la vérité, l’amour…

«La philosophie naît avec l’étonnement» nous dit Aristote dans sa Métaphysique. Étonnement, admiration, inquiétude sont des sentiments premiers face à l’infini de l’univers, la beauté du ciel, la force des éléments naturels, ou encore la brièveté de l’existence humaine. Jean d’Ormesson confirme l’importance de ce choc initial :

« Je suis là. J’existe. Vous êtes là. Vous existez. Nous sommes là. Nous existons. Ne chipotons pas. C’est un étonnement. C’est une stupeur. Mais c’est comme ça. Nous participons tous ensemble, sans avoir rien demandé, à une évidence fragile, lumineuse et confuse à laquelle nous tenons plus qu’à tout en dépit du mal qu’il nous arrive d’en dire : la vie. Autant que nous sachions et au moins jusqu’à aujourd’hui, cette vie, qui est notre bien le plus précieux, se déroule sur une planète privilégiée et banale, fraction minuscule et franchement risible de l’immense univers » (p. 11).

Ce Guide des égarés, pour autant, n’est pas un traité de philosophie. Ne s’y trouvent en effet aucune des longues chaînes de raisons, des démonstrations ardues et des inventions conceptuelles auxquelles recourent habituellement les philosophes pour établir la vérité de leur doctrine. Jean d’Ormesson s’en explique :

«Le manuel que vous êtes entrain de lire est tout sauf un traité de philosophie. Il n’en présente ni la rigueur, ni le savoir, ni la sévérité un peu triste. Il n’a pas d’autre ambition que de décrire avec audace, avec naïveté, avec gaieté ce monde peu vraisemblable où nous avons été jetés malgré nous et de fournir vaille que vaille quelques brèves indications sur les moyens d’en tirer à la fois un peu de plaisir et, s’il se peut, de hauteur» (p. 45).

Sa démarche ne consiste donc pas à proposer un débat entre les textes, comme il est d’usage en philosophie, mais à exposer les convictions auxquelles il est parvenu au crépuscule de sa vie. La conviction qui l’anime est de faire œuvre utile en apportant un peu de lumière à ses contemporains.

De la lumière ? Oui, car il en faut pour traverser les ténèbres de notre existence ! Si l’on songe que le temps n’a de cesse de nous dévorer, «puisque nous vieillissons et mourons, puisque tout passe et s’en va» (p. 41), que le mal s’est introduit sur la Terre du fait des hommes, au point «d’occuper sur la scène du monde une place démesurée jusqu’à la monstruosité» (p. 50) et, enfin, que «la mort est le but et l’issue de toute vie» mais «qu’il est impossible de rien en dire, du fait  de cette barrière infranchissable qui la sépare de la vie» (p. 66), il n’y assurément pas de quoi pavoiser…

L’insondable mystère de la vie et de la mort

Tout passe et tout coule vers la mort. Nous marchons toutes et tous vers la mort. Et l’univers lui aussi. Nous ne savons rien sur l’essentiel, ni sur la vie, ni sur la mort :

«Ce qu’il y a de plus étrange dans la mort, c’est cette barrière infranchissable qui la sépare de la vie. On dirait un fait exprès. Très loin dans le passé, il y a des millions et des millions de siècles, un mur s’élève tout au début pour nous empêcher de connaître notre origine. Très près dans l’avenir, dans quelques années, dans quelques mois, peut-être demain, un mur s’élève tout à la fin pour nous empêcher de connaître notre destin. Nous ignorons d’où nous venons, nous ignorons où nous allons. Nous sommes tous des égarés» (pp. 66 -67).

Nous ne savons rien de «la mort après la mort». Mais est-ce certain ? Cette idée du secret inviolable de la tombe semble aller de soi, et Jean d’Ormesson semble y souscrire. Mais quoi ? Qu’est-ce que la mort en réalité ? Est-ce la destruction du corps séparé de l’âme ? La destruction du corps et de l’âme ? Voilà ce qu’il convient d’interroger sérieusement. Il est facile de faire observer qu’à cette pseudo-évidence, les hommes n’ont cessé d’accrocher des wagons de certitudes les conduisant vers des destinations diamétralement opposées, soit vers le spiritualisme qui irrigue le platonisme et toutes les religions, soit vers le matérialisme (qui combat le premier et les secondes)… Toute une part de la philosophie se joue là, de Platon à Heidegger en passant par Épicure, Lucrèce, Montaigne, Pascal, Spinoza, Diderot ou Kiekegaard. Dans la perspective matérialiste (que je soutiens), l’expérience du cadavre n’enseigne-t-elle pas que, lorsque la mort survient, le corps se trouve «privé de sensations» comme le dit Épicure, que les éléments qui le maintenaient en vie finissent par se désagréger ? N’est-ce pas la preuve que le vivant périt corps et âme, sans retour possible et sans espoir d’une autre vie dans l’ailleurs ? Certes, nul n’étant jamais revenu d’entre les morts, il est impossible de prouver quoique ce soit. Pour autant, cette compréhension matérialiste du réel, menée jusqu’à ses ultimes conséquences, s’avère ruineuse pour toutes les religions… Mais Jean d’Ormesson ne se risque pas jusqu’à ce point critique.

Mais poursuivons. Afin d’échapper à notre misère, nous sommes tentés de nous réfugier dans des occupations que nous jugeons importantes, alors qu’elles sont – en vérité – vaines et futiles : le sexe, le pouvoir, l’argent, les honneurs, l’importance, un savoir dérisoire les drogues, le travail, la guerre, l’amour, la chasse, le sport, la politique. On reconnaît ici le thème du divertissement  selon Pascal, auquel Jean d’Ormesson consacre une très belle page dans son chapitre sur le mal. Faut-il désespérer et se tirer une balle dans la tête ? Non, bien sûr. Mais il faut en toute lucidité comprendre que le bonheur ne peut pas venir d’ailleurs, mais seulement de nous-mêmes, et surtout que « le bonheur et le bien sont de brèves éclaircies dans les tempêtes du mal, des clairières éparses dans sa forêt obscure. Ils sont le charme vacillant et le but furtif de la vie ». (p. 54).

Idéalisme contre matérialisme : un conflit structurant ou dépassé ?

Tout au long de ces pages, on trouve des méditations qui paraissent abolir les grandes lignes de fracture qui sont structuré toute l’histoire de la philosophie occidentale ; en l’occurrence, l’opposition entre le matérialisme et l’idéalisme. Cet aspect me semble suffisamment décisif pour s’y arrêter, car il aide à comprendre la visée ultime de ce Guide des égarés. Mais, tout d’abord, rappelons ici brièvement en quoi consiste une telle opposition. L’idéalisme est la doctrine qui pose que «la pensée, l’esprit existe indépendamment de la matière, voire existe seule, que ce soit sous la forme d’idées (idéalisme) ou sous la forme d’êtres spirituels (spiritualisme)». A l’opposé, le matérialisme est «la conception du monde ou de l’être qui affirme le rôle primordial, voire l’existence exclusive de la matière… et qui affirme que tout est matière ou produit de la matière et qu’il n’existe, en conséquence, aucune réalité spirituelle ou idéelle autonome – ni Dieu créateur, ni âme immatérielle, ni valeurs absolues en soi» (A. Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, PUF).

Jean d’Ormesson aborde cette opposition dans son chapitre sur la pensée :

«Le plus frappant dans la pensée, ce sont ses rapports avec la matière. Longtemps, de Platon à Spinoza en passant par Descartes, le monde des idées et de la pensée a été opposé au monde de l’espace où se déploie la matière. Nous savons désormais que les êtres humains pensent avec leur cerveau. C’est notre corps qui pense. La pensée sort de la matière comme l’histoire sort du big bang. Elle est soumise au temps puisqu’elle surgit de la matière. Elle est changeante, passagère et mortelle comme les hommes et leur histoire» (p. 46).

Il admet donc que l’esprit est une production du cerveau, le cerveau une production du corps, le corps une production de la matière. Epicure, Lucrèce, La Mettrie et Diderot ne disent pas autre chose, en se fondant sur le postulat suivant : «Dans la nature, il n’y a que des atomes et du vide» !

Alors, Jean d’Ormesson, disciple d’Épicure ? Pas si simple, car demeure la question de Dieu. Le matérialisme conduit assez logiquement à l’athéisme ; du moins, pour la plupart des penseurs qui s’en réclament. Toutefois, on aurait beau jeu d’objecter qu’Épicure, penseur du matérialisme et de l’atomisme, n’a pas cru bon de nier l’existence des dieux. Ils sont, nous dit Épicure, des «vivants bienheureux et incorruptibles», ils vivent dans leur monde et ne se préoccupent pas des affaires humaines. La sagesse consiste même à vivre en regardant les dieux comme des modèles éthiques. Et, plus près de nous, Jean Jaurès n’hésitait pas à revendiquer son double attachement au matérialisme et au christianisme.

Jean d’Ormesson évoque l’amour comme l’une des expériences les plus déterminantes dans la vie et dans l’art : «L’amour est torture, enchantement, violence, douceur, conversation, silence. Il est bonheur et chagrin. Il est profondeur et légèreté. Il est léger comme de la cendre» (p. 102). Mais de toutes les figures de l’amour, il en est une qu’il valorise en particulier : «L’amour est au cœur d’une religion qui fait descendre Dieu parmi les hommes… Dans la religion du Christ, l’amour des hommes traduit et reflète l’amour de Dieu. Il est un autre nom de l’amour de Dieu» (p. 108). On pourrait penser que là se trouve la véritable ligne de partage entre le matérialisme et le christianisme. Pour le premier, les hommes ne peuvent trouver leur salut qu’en eux-mêmes, ici et maintenant, à travers les conquêtes de la philosophie et de la science, et grâce aux avancées du combat social et politique. Pour le second, en revanche, le salut ne peut advenir qu’en Dieu et par Dieu, ailleurs et plus tard, dans un au-delà du monde et de la mort ; la résurrection du Christ en fournit l’éblouissante garantie.

Mais, étrangement, Jean d’Ormesson ne semble pas tenir cette ligne de séparation pour absolue. Car ce qui lui importe davantage, dans ce Guide des égarés, c’est de poser les bases d’un consensus possible.

L’humanisme, un phare pour les égarés ?

Alors, faible ou forte, cette logique de conciliation qui parcourt le Guide des égarés de bout en bout ? Sur le plan doctrinal, les accommodements du matérialisme avec le christianisme peuvent ne pas convaincre. Il n’en demeure pas moins que Jean Wahl, Jean-Paul Sartre et Simone De Beauvoir ont admis, en dépit de leurs profonds désaccords, que l’existentialisme est un humanisme, qu’il soit chrétien ou athée. Or, là se situe selon moi le point crucial : la reconnaissance de la valeur intrinsèque de l’être humain, de sa dignité et de sa liberté :

«Nous ne sommes pas libres de refuser d’être nés, d’échapper à la mort, d’être un autre que nous-même, de revenir en arrière, de l’emporter sur le temps, de sortir de l’histoire. Mais nous sommes libres d’agir ou de ne rien faire, de choisir la droite ou la gauche, de dire oui ou non, d’accepter ou de refuser, de donner un sens nouveau au passé, d’infléchir l’image que nous nous faisons de nous-mêmes et que nous offrons aux autres, de prévoir dans une certaine mesure et de préparer l’avenir et de forger notre destin. Nous sommes libres en un mot d’être des hommes et des femmes libres» (p. 56).

Jean d’Ormesson y insiste :

«Le christianisme est une théologie, mais il est aussi un humanisme» (p. 114).

La force de ce Guide des égarés ne réside donc pas tant, à mon sens, dans la proposition d’une doctrine originale que dans sa profession de foi humaniste et dans son éloge d’un art de vivre heureux, ici et maintenant. Son enjeu n’est pas d’ordre théorique (découvrir une vérité nouvelle), mais d’ordre pratique (inviter à rechercher le bonheur et à vivre dans la tolérance).  Il me semble que cette leçon demeure plus que jamais nécessaire et salutaire pour les «égarés» que nous sommes. Car ce qui nous sépare les uns des autres est moins important que ce qui nous rassemble, à savoir : notre foi commune dans la dignité de l’être humain, dans la liberté qui façonne le monde, dans la recherche de la vérité…

Lors d’une émission télévisée à laquelle il participait sur le plateau de La Grande Librairie, Jean d’Ormesson résumait ainsi le message de son Guide des égarés : «Il faut trouver la joie, en dépit de la tragédie du monde. Je suis plutôt pessimiste, même si je suis considéré comme l’écrivain du bonheur. Renonçons à connaître ce que nous ne pouvons connaître. Profitons-en ! Soyons heureux !». Et il ajoutait cette parole de Goethe : «Quelle qu’elle soit, la vie est belle !».

 

D. Guillon-Legeay

Professeur agrégé de philosophie, Daniel Guillon-Legeay a enseigné la philosophie en lycée durant vingt-cinq années en lycée. Il tient le blog Chemins de Philosophie. Suivre sur Twitter: @dguillonlegeay

 

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Commentaires

Un très beau texte, merci Daniel Guillon-Legeay pour cet hommage approfondi. J’avoue que je ne connaissais pas non plus l’oeuvre de Jean d’Ormesson, ni ses filiations intellectuelles, je m’en trouve enrichie.

par Mme Michu - le 15 décembre, 2017


Au « crépuscule » de ma vie, à quoi penserais-je ? À concilier les contraires ? Voilà qui sera une bonne façon d’en finir avec « tout », avec « l’être ». Une pensée et arriver au « bout ». Ah la triste chose que ce « bout », il me faudra une forte pensée pour l’accepter.

par Gérard Champion - le 15 décembre, 2017


Bonjour,

Vous me donnez envie de lire « Le Guide des Egarés » bien qu’après avoir lu récemment « C’est une chose étrange à la fin que ce monde », également de Jean d’Ormesson, je sois resté sur ma faim.
Je n’ai pas très bien compris ce qui pouvait lui faire dire à la fin, dans son système de pensée, que « tout est bien », sauf à oublier tous ceux qui ne sont pas nés comme lui avec une cuillère d’argent dans la bouche ou qui sont tout simplement accablés par de graves problèmes de santé.

par Jean-Claude CAYET - le 16 décembre, 2017


Cher Jean-Claude,

Il est certain que, pour jouir du bonheur, il mieux vaut naître dans une famille d’aristocrates et vivre dans un quartier huppé de Paris plutôt que dans une famille de parias au fond d’un bidonville de Calcutta. C’est une évidence ! Sur ce point, vous avez bien bien sûr raison.

Néanmoins, cela ne règle pas toute la question. Sinon, comment expliquer que des personnes possédant a priori « tout » pour être heureuses n’y parviennent pas, tandis que d’autres qui en sont dépourvues y réussissent ? La réponse est que l’inégalité est bien réelle ; pour autant, elle ne fait pas tout. Notez que cette remarque renvoie dos à dos les discours de droite et de gauche ; les premiers lorsqu’ils tendent à justifier l’inégalité, les seconds lorsqu’ils en font une excuse et un alibi.

L’existence est précieuse ; elle ne nous sera pas accordée une seconde fois. Elle vaut à proportion du soin et du courage – et parfois même de la rage ! – dont nous sommes capables pour en faire quelque chose qui en vaille la peine. Ce que dit très bien d’Ormesson, en rejoignant sur ce point Sartre, Yourcenar, Camus, de Beauvoir, Montaigne, Epicure, Spinoza, Socrate…

Oui, en effet, « la vie est chose fragile et aisée à troubler » nous dit Montaigne. J’y vois là un point de départ suffisant pour une philosophie de l’existence. Elle ne requiert rien d’autre que du courage et de la lucidité ; elle met la liberté et le bonheur à portée de mains en replaçant chacun et chacune au coeur de sa vie.

Bien à vous

Daniel Guillon-Legeay

par Guillon-Legeay Daniel - le 16 décembre, 2017


Merci de votre réponse circonstanciée à mon commentaire. Celle-ci m’amène à quelques réflexions complémentaires.
Il existe des inégalités encore plus tragiques, que la rage de magnifier sa vie ne suffit pas à seulement supporter. Je pense à une personne que je connais, bloquée dans un fauteuil depuis plus de 15 ans par une myopathie, avec la seule perspective de voir ses muscles petit à petit perdre leur force et devenir hors de contrôle pendant que son mari s’enfonce de plus en plus dans la dépendance à l’alcool.
Il est un point important sur lequel Jean d’Ormesson ne serait probablement pas d’accord avec tous les philosophes et personnalités que vous citez. Il semble ne pas exclure la possibilité d’un Dieu et d’un au-delà de la mort.

par Jean-Claude CAYET - le 17 décembre, 2017



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