iPhilo » Le choix d’exister

Le choix d’exister

18/07/2015 | par Xavier Pavie | dans Art & Société | 8 commentaires

Download PDF
BONNES FEUILLES : Nous publions les bonnes feuilles de l’essai Le Choix d’exister. Se convertir à une vie meilleure, avec l’aimable autorisation de son auteur, Xavier Pavie, et celle de son éditeur, Les Belles Lettres. Il vient de paraître en librairie et, pour la rédaction d’iPhilo, il est idéal à lire pour philosopher l’été.
n

Nous entrons dans la vie avec une forme et une structure biologique données, un sexe et un environnement attribués, c’est à peu près tout. Le travail reste à faire. De ces matériaux bruts nous avons à réaliser notre existence, choisir d’exister. Car personne ne réalisera notre existence à notre place, nous avons à la décider, à la mettre en œuvre, à la sculpter autant que les choses qui ne dépendent pas de nous puissent le permettre.

Si la réalisation de notre existence n’est pas évidente, c’est parce que nous sommes écrasés par un environnement qui, au moins dans les premiers temps, nous est imposé. Cet environnement, compris dans un sens très large incluant les lieux autant que les individus, influence de fait notre personnalité, nos attitudes, nos comportements et nos pensées. Il va façonner notre éducation et notre façon de voir le monde. Cet environnement dessine un regard, un « prisme » qui s’impose sans que nous prenions de la distance pour regarder comment celui-ci est fabriqué. Autrement dit, nous abordons le monde avec une paire de lunettes sans s’interroger sur la pertinence de l’opticien qui nous les a fournies, sans même avoir consulté un ophtalmologue. Et c’est en conservant ces lunettes que l’on vise à construire son existence, en faisant en sorte qu’elle soit la meilleure possible, vivre du mieux possible. Comment dès lors s’étonner que, parfois, nous voyions mal ? Pour le dire différemment, pourquoi vivons-nous si difficilement certaines situations qui pour d’autres sont si simples ? Pourquoi le travail est-il pour quelques-uns une source de satisfaction quand pour d’autres c’est un calvaire ? Pourquoi, dans des circonstances équivalentes, nous sentons-nous parfois sous tension et à d’autres moments parfaitement relaxés ? Pourquoi aimerions-nous changer de vie quand souvent elle est aussi celle qui nous satisfait ?

(…)

Cessez d’être les enfants de ses parents

Sans pour autant oublier notre histoire, se convertir c’est recommencer à zéro. C’est cesser d’être celui qui ne nous plaît pas, celle dont nous pointons les défauts, celui qui souffre, celle qui s’angoisse, celui qui vit difficilement des situations pourtant simples. C’est aussi cesser d’être d’accord parce qu’il le faut. C’est cesser d’accepter parce que c’est comme cela, parce que nous avons toujours agi ou pensé de cette façon. Disons-le de façon directe, c’est cesser d’être les enfants de ses parents. Nous sommes nécessairement les fruits de ceux qui nous ont faits, et si nous voulons une autre vie, il faut couper la branche pour bouturer différemment. Ce n’est d’ailleurs pas valable uniquement à titre individuel : si l’orientation de la société ne nous convient pas c’est parce que les racines ne conviennent plus, il faut s’en séparer pour en replanter d’autres. On ne peut pas faire comme si nos parents n’étaient pas responsables du monde dans lequel nous vivons et construisons. C’est la façon dont nous avons été éduqués qui nous pousse à faire ce que nous faisons. Tuons nos parents – rien de nouveau. Il y a une nécessité à ne plus croire en ce que l’on nous a appris mais, éventuellement, on peut en faire son miel en se délestant de ce qui n’est plus recevable dans et pour une nouvelle existence.

(…)

Se confronter à l’art encore et toujours

En désacralisant l’art, en le rendant accessible, en l’introduisant dans la vie quotidienne, l’art devient un guide. S’il est celui que l’on va voir lorsque nous avons à reconsidérer notre monde, il est surtout celui qui doit faire partie de notre paysage en tant qu’outil influençant notre quotidien. Néanmoins, si tout art est pourvoyeur d’influences sur les individus, tous les individus ne seront pas influencés par tous les arts. Les expériences que nous vivons face aux œuvres peuvent être sans effet puisque celles-ci sont dépendantes du regardeur. Les interactions entre l’art et les individus ne sont pas linéaires, statiques. En fonction du destinataire, l’œuvre n’est pas la même, et la même œuvre peut également varier pour un même individu en fonction du moment où il y est confronté. De fait, si l’art peut nous changer, il n’y a aucune garantie de transformation systématique simplement parce qu’il y a une rencontre entre une œuvre d’art et une personne. En conséquence, c’est bien la multiplication des interactions qui est à promouvoir, l’art doit être omniprésent pour offrir un maximum d’opportunités à tous d’être converti par les œuvres.

La traduction de cette volonté d’une confrontation à l’art ne doit pas rester programmatique. Outil de notre conversion à une nouvelle façon de voir le monde, il faut viser « une dose » d’art au quotidien. Dans les musées ou dans la rue, dans le monde virtuel ou réel, dans les livres ou dans les galeries, l’art est déjà présent si nous savons l’accueillir, si nous savons voir où il se trouve, comment aller à sa rencontre. Tout art, tout artiste, toute manifestation artistique, doit être considéré potentiellement comme une source permettant de voir le monde autrement. Ayons conscience qu’une autre façon de voir le monde est à notre porte. Il est de la responsabilité de chacun d’oser s’approcher de l’art comme de quelque chose que nous ne connaissons pas mais que nous avons à apprivoiser. Nous avons à aller vers l’art, les arts, ceux que nous connaissons comme ceux que nous ne connaissons pas. Toutefois, nous n’avons pas à déambuler dans des expositions sans chercher à en comprendre le sens. Si un monde singulier est proposé par l’artiste, nous avons à analyser le sens de ce nouveau monde pour que nous-mêmes en soyons nourris et exposés. Chaque œuvre dégage un nouveau regard, de nouveaux paradigmes, et c’est la rencontre d’une multitude de regards qui nous permettra de trouver de nouvelles façons d’accepter, de découvrir, de construire notre existence.

(…)

Le noir et blanc n’existe pas

Se convertir implique un changement dans notre existence, une modification dans la façon dont nous abordons notre environnement, par l’éducation, les arts, le corps, les autres. Nous sommes pétris de certitudes et nous avons veillé ici à regarder comment s’élever au-dessus de nos certitudes, s’en écarter, pour nous constituer en matière bien plus souple, fluide, flexible, face au monde auquel nous avons à participer. Cela implique de cesser de croire à un monde en noir et blanc. Nous sommes constitués, l’existence est constituée, d’une palette de couleurs quasiment infinie qui représente pleinement nos sentiments, nos sensations et nos avis. Les relations entre les individus ne sont jamais noires ou blanches, nos désirs ne le sont pas non plus, pas plus que notre prétendue aversion totale à telle idée ou telle autre.

La subtilité doit être le grand mot de notre existence, tant pour vivre ensemble que pour vivre avec soi-même. Les circonstances et l’environnement, le moment et le lieu, la maturité et les situations font que nous aimons, nous désirons, nous voulons différemment, avec des variations différentes. Nous sommes bien trop complexes pour nous résumer avec un manichéisme qui nous enferme à jamais dans une catégorie ou une autre. D’une part, nous ne le souhaitons pas et, d’autre part, ce n’est surtout pas une réalité. L’évolution de notre vie nous contraint nécessairement à assumer l’évolution de nos avis et à ôter de nos comportements des positions tranchées. Étant nous-mêmes tout en nuances, nos opinions doivent l’être, nos énoncés également. Donner son avis est en cela très compliqué, car nous avons besoin de temps approprié, d’écoute attentive et de mots adaptés que nous n’avons d’ailleurs pas toujours pour expliquer finement, justement et avec subtilité ce que nous pensons. Le désir d’un être, l’envie de faire, le choix d’actions, le souhait de partager, sont des actes du quotidien qui relèvent de complexités quasi innombrables. C’est en cela que nous avons à faire l’effort d’écouter, de trouver les mots justes, de dialoguer, de prendre son temps pour s’expliquer, mais aussi à faire l’effort de cesser de juger à l’emporte-pièce en enfermant un jugement, un individu ou un discours dans un cadre plutôt qu’un autre.

Le noir et blanc n’existe pas et nous n’avons autour de nous que rarement ces deux couleurs. Nos vies sont composées de nuances et nous avons à composer avec une large palette, tant dans ce que nous énonçons, par écrit ou oralement, par nos attitudes et nos comportements, que par ce que nous percevons. Remettre en cause l’opposition noir et blanc, c’est remettre en cause nos certitudes et c’est commencer à s’élever, c’est commencer à se convertir à des mondes, des couleurs, des nuances. À partir de cette posture nous observerons des subtilités, nous regarderons les multiples formes d’existence que nous ne soupçonnions pas.

(…)

Marcher pour se trouver

Si la conversion passe par le corps, c’est parce que son usage est propice à la transformation de soi. En exerçant son corps, en bougeant, en le travaillant, les pensées deviennent plus claires, plus évidentes, elles sont également différentes et créatrices. Que ce soit après la pratique comme pendant la pratique, les pensées sont plus fluides lorsqu’elles sont mises en mouvement. C’est surtout le cas de la marche, qui est saluée par toute l’histoire de la philosophie comme méthode pour aider à faire émerger, comprendre ou développer ses pensées, à l’instar d’Épictète et ses méditations-promenades2. Marcher, c’est aller à la rencontre de soi, c’est se couper du monde pour n’être plus qu’un avec ses pensées. L’attention à l’exercice lui-même ne demande pas beaucoup d’efforts musculaires ou d’intenses concentrations, contrairement à la course à pied, par exemple. La marche est une pratique suffisamment posée pour que l’on puisse laisser le temps à ses idées de venir nous pénétrer. Nous avons cependant besoin d’être un minimum attentifs et lorsque l’on marche, on ne peut rien faire d’autre qu’être à soi- même. On ne peut pas lire ou si peu, on ne peut se fixer sur un point, car ce qui se déroule autour de soi finit par passer, on peut simplement écouter. On s’écoute soi-même, on observe ses pensées, on laisse aller le fil de ses méditations et c’est à ce moment que l’on peut réfléchir à notre conversion, évaluer où elle en est : est-ce que la conversion que je mets en œuvre correspond à ce que je souhaite ? Dois-je améliorer quelque chose en moi-même ? Comment dois-je m’y prendre pour me transformer ? Quel engagement je prends ? Ces questions nécessaires à la conversion de soi doivent être abordées seul – ce peut être dans une chambre, dans un espace isolé, mais le corps n’étant alors pas sollicité, la pensée prend le risque d’être immobile, statique. Sans être confrontées à un environnement extérieur, en mouvement, sans faire face à des perspectives différentes, les pensées ne peuvent qu’être mornes. A contrario, le monde qui se dessine pendant la marche nous stimule, les muscles qui sont sollicités revigorent notre esprit. Les paysages, les perspectives qui s’offrent à notre regard viennent bousculer une pensée immobile. Nietzsche ne s’était pas trompé en précisant que seules les pensées qui viennent en marchant ont de la valeur.

(…)

L’éducation comme source de conversion

Aller en cours, suivre des conférences lorsque nous avons trente, quarante ou cinquante ans, lorsque nous avons un travail à temps plein, une vie de famille, nous paraît tout simplement impossible. Pour autant, nous trouvons encore du temps pour la télévision, pour sortir, pour discuter avec des amis, et même pour dormir pendant de longues heures. Peut-être que tout cela est à réduire considérablement, quand ce n’est pas à bannir, car le savoir n’attend pas pour nous convertir à un mieux-être. Plus exactement, le savoir nous permet de mieux vivre au quotidien, mieux vivre dans notre travail, mieux vivre avec nos enfants, dans notre famille. Plus notre connaissance s’accroît, meilleure est notre vie ; ce qui signifie le devoir de nous aménager du temps pour s’y consacrer. Ce que nous faisons pour nous-mêmes, pour notre propre éducation, d’autres l’ont préalablement fait et d’autres le feront également après nous. C’est ce qui permet une évolution positive des générations vers un « perfectionnement de l’humanité1 », comme le dit Kant. Nous avons la chance d’hériter de générations précédentes qui ont veillé à développer leur instruction, leur éducation, charge à nous de prolonger cet esprit. Et cela, à notre humble niveau, en comprenant qu’une génération éduque l’autre. En tant que parents, nous avons à montrer l’exemple à nos enfants sur la manière de s’instruire, la nécessité d’apprendre tout au long de sa vie. Eux-mêmes reproduiront cette façon d’être. La nature humaine n’a jamais cessé de se développer grâce à l’éducation, et c’est ce qui permet d’entrevoir toujours une espèce humaine plus heureuse. Toutefois, ce n’est pas un acquis, et notre conversion première nécessite de l’engagement, du temps, de l’effort. Être un autre que soi n’est pas simple. Si, jusqu’à maintenant, nous nous sommes laissé vivre parce que notre environnement nous orientait vers telle ou telle direction, parce que nous avons été conseillés, influencés, dirigés vers tel ou tel choix, il s’agit désormais de constituer notre vie, de nous nourrir intellectuellement, spirituellement, en décuplant notre éducation par l’acquisition de savoirs pour un monde meilleur.

choix d'exister

n
Pour aller plus loin : Xavier PAVIE, Le choix d’exister. Se convertir à une vie meilleure, éd. Les Belles Lettres, 2015.

 

Xavier Pavie

Docteur en philosophie et diplômé en science de gestion, Xavier Pavie est Professeur à l'ESSEC Business School, où il dirige le centre i-Magination, et chercheur associé au sein de l'IREPH (Institut de Recherches Philosophiques) de l'Université Paris Ouest. Auteur de nombreux articles et d'une douzaine d’ouvrages, à la fois en philosophie et en management, il a récemment publié : Innovation-responsable (Eyrolles) ; Exercices spirituels, leçons de la philosophie antique (Les Belles Lettres 2012) et Exercices spirituels, leçons de la philosophie contemporaine (Les Belles Lettres 2013). Site internet :http://www.xavierpavie.com/. Suivre sur Twitter : @xavierpavie.

 

Inscrivez-vous à la newsletter iPhilo !

Recevez le premier journal en ligne gratuit écrit par des philosophes dans votre boîte mail !

 

Commentaires

Bonjour,

E t,l’acquis encyclopédique enregistrés dans la mémoire de l’ADN. Depuis la nuit des temps qu’il faut appréhender avec respect, curiosités et reconnaissance !
Pour en tirer la quintessence. En suivant, l’acquis d’autant, pourra s’épanouir en connaissance de cause.

Comment et pourquoi tuer ses parents ? Sale histoire ! Idée inique, fondée sur une inhumanité montée sur des soubassements d’argile; une croyance tendance mode. Qui ne repose sur aucun fondement humaniste. Alors qu’ils donnent la vie !

Théories Freudienne passéistes; badernes et balivernes.

Nous évoluons dans le sens de rendre meilleure la vie, à toutes les générations, à tous les âges. Nous agirions en passeurs, qui échangent avec les témoins du passé, ceux du futur. Pour le meilleur de l’existence au présent.

L’information circule d’autant,mieux sans le  »conflit de générations », sans complexes, sans regrets. Lui aussi aura vécu pour n’avoir mener à rien, en esprit de pure évolution; en terme de solidarité.

Avec l’autre et… internet,sources inépuisables, le savoir est accessible à qui veut apprendre du monde tel qu’il est. Pour se changer et changer le monde; depuis son individu. Tout commencerait sincèrement par soi-même; et n’en finirait pas…

La preuve par l’action, pour le bien du plus grand nombre.

par philo'ofser - le 18 juillet, 2015


Tout homme est par essence créatif . Tout homme peut par sa propre expérience d’observation,
d’interaction avec de multiples Autres, et de multiples œuvres , ses souffrances, l’empathie avec la souffrance des autres, devenir lui même sa propre œuvre au sens le plus large ( dans l’action, la marche, la méditation ou la prière,la rencontre vraie…l’observation, le lâcher prise,
L’accès a m’accompagne ment intérieur)
Ses sources lui sont cependant nécessaires même s’il s’en détache de plus en plus. Il a besoin de rocs en lui même pour lui permettre de
Construire sur ses propres bases.
Naissent en lui des émotions de confiance, de patience, de compassion qu’il ne connaissait pas avant et il se laisse conduire par ce qu’il est en train de construire pour continuer a se détacher et finalement mourir pour renaître parce qu’il est existe.
Mireille

par Barlet - le 19 juillet, 2015


 » Marcher , c’est aller à la rencontre de soi , c’est se couper du monde pour n’être plus qu’un avec ses pensées  » , écrivez-vous . Certes , et vous avez bien raison de rappeler que , d’Epictète à Kant ou Nietzsche ,  » la marche est saluée par toute l’histoire de la philosophie comme méthode (…) pour faire émerger (…) ses pensées « . Je vous suis , également, lorsque vous précisez que ce retour sur soi est tout le contraire d’un enfermement :  » A contrario, le monde qui se dessine pendant la marche nous stimule, (…) les perspectives qui s’offrent à notre regard viennent bousculer une pensée immobile « . Aussi permettez-moi d’apporter un autre élément à votre réflexion . La marche n’est pas toujours un exercice solitaire , nous la pratiquons aussi avec un autre – conjoint , ami , etc..- voire avec un groupe constitué pour une randonnée . A la réflexion personnelle , se mêle alors l’échange avec les autres . Dans le moins intéressant des cas , cet échange ne sera que distraction , simple conversation polie et convenue . Mais il pourra aussi s’avérer rencontre passionnante de nos singularités , ouverture sur d’autres pensées , d’autres façons de voir le monde . Il faut marcher , chaque fois qu’on en a l’occasion !

par Philippe Le Corroller - le 19 juillet, 2015


C’est très intéressant que ce texte parle de.. conversion.
D’autres ont parlé de conversion avant… Dans un contexte religieux, bien entendu, et de religion, de système de croyances organisées et institutionnalisées.
Ma mère a vécu une conversion… religieuse qui lui a sauvé la vie, et qui me rend jalouse à l’heure actuelle.
Jalouse de sa capacité à fermer l’interrupteur ne serait-ce qu’un instant dans un monde qui survalorise la pensée pensante, avec des conséquences catastrophiques que je vois autour de moi. Où tant de gens se baladent comme des zombies, enfermés dans leurs têtes pleines de pensées au point de ne plus rien voir du monde. Où les reliques de la philosophie cartésienne réduisent le corps a un phénomène PUREMENT matériel, en opposition avec une « pensée » immatérielle, connotée positivement, bien entendu.
Pour abonder dans le sens du premier commentateur ici, moi non plus je n’ai pas tué mon père (de toute façon, il est mort prématurément jeune…) et mes enfants n’ont pas ressenti le besoin de me tuer non plus. Ouf.
C’est un bien triste… PREJUGE pas si moderne qu’il faut tuer ses parents. (C’est intéressant de noter que pour les religions du Livre, et les sociétés traditionnelles, le respect des parents est une valeur capitale… coïncidence ?? Peut-on tuer ses parents en les respectant ? Je ne sais pas.)
Je reviens d’Avignon où j’ai encore une fois assisté à une belle représentation d' »Oedipe Roi ».
Je ne me lasse pas de cette pièce, avec tout ce que Sophocles pressent sur l’évolution de la civilisation occidentale qui est bel et bien en germe avant que Jésus arrive sur la scène.
Comment un homme, au sommet du pouvoir, fondamentalement intègre, bienveillant, pétri du sens de ses responsabilités envers son peuple (malgré ses difficultés à contrôler ses colères) en quelques jours se fait rattraper par ses racines dans une machinerie implacable où lui, en tout cas, n’a…. aucun choix.
Du sommet du pouvoir, jusqu’au caniveau. Vertigineux. Prophétique, même.
Un grand homme que je lis en ce moment dit que parfois le seul choix qu’il nous reste est celui d’accepter ce qui nous contraint (et comment départir ce qui est contrainte de ce qui ne l’est pas ?). Diablement difficile, ce choix.
Amen.

par Debra - le 29 juillet, 2015


C’est très intéressant que ce texte parle de.. conversion.
D’autres ont parlé de conversion avant… Dans un contexte religieux, bien entendu, et de religion, de système de croyances organisées et institutionnalisées.
Ma mère a vécu une conversion… religieuse qui lui a sauvé la vie, et qui me rend jalouse à l’heure actuelle.
Jalouse de sa capacité à fermer l’interrupteur ne serait-ce qu’un instant dans un monde qui survalorise la pensée pensante, avec des conséquences catastrophiques que je vois autour de moi. Où tant de gens se baladent comme des zombies, enfermés dans leurs têtes pleines de pensées au point de ne plus rien voir du monde. Où les reliques de la philosophie cartésienne réduisent le corps a un phénomène PUREMENT matériel, en opposition avec une « pensée » immatérielle, connotée positivement, bien entendu.
Pour abonder dans le sens du premier commentateur ici, moi non plus je n’ai pas tué mon père (de toute façon, il est mort prématurément jeune…) et mes enfants n’ont pas ressenti le besoin de me tuer non plus. Ouf.
C’est un bien triste… PREJUGE pas si moderne qu’il faut tuer ses parents. (C’est intéressant de noter que pour les religions du Livre, et les sociétés traditionnelles, le respect des parents est une valeur capitale… coïncidence ?? Peut-on tuer ses parents en les respectant ? Je ne sais pas.)
Je reviens d’Avignon où j’ai encore une fois assisté à une belle représentation d' »Oedipe Roi ».
Je ne me lasse pas de cette pièce, avec tout ce que Sophocles pressent sur l’évolution de la civilisation occidentale qui est bel et bien en germe avant que Jésus arrive sur la scène.
Comment un homme, au sommet du pouvoir, fondamentalement intègre, bienveillant, pétri du sens de ses responsabilités envers son peuple (malgré ses difficultés à contrôler ses colères) en quelques jours se fait rattraper par ses racines dans une machinerie implacable où lui, en tout cas, n’a…. aucun choix.
Du sommet du pouvoir, jusqu’au caniveau. Vertigineux. Prophétique, même.
Un grand homme que je lis en ce moment dit que parfois le seul choix qu’il nous reste est celui d’accepter ce qui nous contraint (et comment départir ce qui est contrainte de ce qui ne l’est pas ?). Diablement difficile, ce choix.
Amen.

par Debra - le 29 juillet, 2015


Merci grand-prêtre Xavier pour vos lumières, mais ne sont-elles pas un peu noires, et pour le moins dogmatiques…,

D’emblée vous (im)posez le choix entre la connaissance des choses qui dépendent de moi et l’acceptation de celles qui n’en dépendent pas. Cette sagesse dans la distinction est toute la prière qu’Epicure adressait à son Dieu. Il demandait à Ce qui le dépasse, la Sagesse de connaitre la différence qui sépare les choses qui dépendent de lui de celles qui n’en dépendent pas. Humilité stoicienne.
L’orgueil de votre pensée, nous propose de « réaliser de notre existence » comme un metteur en scène prétendu « maitre et possesseur » de notre nature. ce qui semble assez éloigné de la « règle de l’évidence » chère à Descartes.
Car cela est loin d’aller de soi, même si ça parait facile.

Pour ma part, je n’y vois qu’injonction morale, qu’un impératif qui ne produit in fine la culpabilité de ceux qui ne parviendront pas à changer.
Une responsabilité de notre vie, en bref la moraline, la culture du ressentiment à l’égard de soi est bien source cachée de toute culpabilité. Si je suis pauvre ( en esprit ou en biens matériels) c’est finalement de ma faute, de mon incapacité à me décider à changer !
Et puis vous ne dites pas devant qu’elle instance dernière devrais-je répondre de ma vie ?

Poursuivant votre logique pseudo-cartésienne, vous proposer de faire du passé, table rase, de « recommencer à zerro « . Votre court programme :  » se plaire à soi-même « . Cet angle étroit et réduit à la simple estime de soi, me parait être pour le moins complaisant au sens radical du terme en tout cas révélateur d’un moi hypertrophié .

Vous préconisez qu’il suffit de décider, de pratiquer des coupes-franches, comme autant de faciles illusions de ruptures et de recommencements. Vous prétendez vouloir maitriser le Destin qui est par nature imprévisible. Contrairement à Nietzsche, vous n’adhérez pas à  » l’amor fati » cher à Marc Aurèle , qui consiste simplement à accepter de notre condition comme un grand Oui à la vie et capable de recommencer, de retourner éternellement,

imitant les haineux ressentiments du prédicateur religieux, vous prêchez de changer de vie et commencer par rejeter nos parents pour suivre un autre itinéraire qui doit forcement conduire à des lendemains paradisiaques.
Et bien-sûr l’inévitable déni du réel constitutif de la rhétorique du prêtre selon Nietzsche  » cessez d’être les enfants de vos parents  » soyez des hommes nouveaux, désincarnés, purs esprits, fils de Dieu.
Je reste fidèlement à la Nature fils de la femme et de l’homme qui m’ont crée, un fils mais pas un clone. Je reste fils de l’Homme ancré dans les joies présentes.

Péripatéticien de l’(auto)évaluation permanente de soi, comme culture managériale à objectifs productiviste, vous « rêvez ( dream messianique) d’un homme nouveau attentif à rester autocentré sur lui et en rupture avec le ciel homme qui refuse de s’améliorer de s’adapter aux exigences du marché. Vous ne marchez pas mais comme un promeneur solitaire mais comme un voyageur stimulé par un eldorado promis et tous vos muscles sont bandés, et tétanisés vers des richesses espérées.

Dans la logique libérale qui vous constitue vous confondez dans une même phrase le savoir et la connaissance, pour mieux vivre au travail, pour être un bon père de famille, etc dans une « novelangue » de caoutchouc. Quand vous appelez Kant à l’appui de vos propos messianiques, ( pour prétendre perfectionner l’humanité), je crois entendre un impératif de la catégorie morale qui consiste à nier le réel, le dogme de la catégorie, du devoir à accomplir coute que coute.

Vos lumières sont obscures comme le ténébreux penseur de Koenigsberg, généalogiste de l’impératif catégorique, et partisan de la violente morale du devoir. Vous excellez à brouiller les pistes, en convertisseur-éducateur des esprits pour mieux les asservir aux dogmes conformés de la société productiviste qui a besoin de bons esclaves dociles.

par PITDEPIT - le 30 juillet, 2015


Cher Monsieur Pavie,

C’est avec intérêt que j’ai lu l’article citant les « meilleures feuilles » de votre (nouveau) livre. C’est avec déception, pourtant, que j’en suis arrivé au bout.
Votre style, souvent hélas, laisse à désirer: votre formulation manque souvent de rigueur, embrouillant ainsi malheureusement vos lecteurs. Vos pensées me paraissent aussi parfois bien superficielles: il y aurait beaucoup à développer (mais peut-être ma critique est-elle due au fait que je n’ai lu que des extraits de votre livre?). D’une façon générale, vous me semblez opérer un méli-mélo pseudo-philosophique – que je qualifierais pour ma part de psycho-philosophique – en mélangeant bons mots de philosophes (pauvre Nietzsche utilisé à tort et à travers!), idées dans l’air du temps (votre ouvrage ressemble furieusement à un guide de développement personnel, je dois dire; or, est-ce là vraiment la tâche d’une philosophie sérieuse que de vouloir aider à vivre…? N’a-t-elle pas plutôt pour tâche de contribuer à faire évoluer la pensée? Vous en êtes loin, si tel était votre but. Mais peut-être que je méprends sur vos intentions.) et idées personnelles (si jamais elles sont personnelles; malheureusement, les idées que l’on croit personnelles ne sont bien souvent que les idées de la majorité…).
A propos de la pensée, si la marche est effectivement selon moi un excellent exercice (même spirituel, si elle est abordée en ce sens), elle me semble tout autant capable d’être productive dans une chambre à coucher, lorsqu’on est seul et au calme. Attention à toujours garder de la nuance dans vos propos – nuance que vous appelez vous-même de vos voeux quant à notre pensée, à renouveler selon vous (sur ce point, je suis d’accord avec vous ; c’est la façon de procéder pour ce faire – que laisse augurer votre discours – que vous proposez qui me déplaît!).
Bref, ces quelques lignes m’ont convaincu de ne pas lire votre livre, alors que le titre laissait espérer quelque chose plus solide et mieux écrite. Autant vos ouvrages sur les exercices spirituels (notamment « Exercices spirituels: leçons de la philosophie antique ») étaient fondés sur une rigueur de lecture et une certaine rigueur rédactionnelle aussi, autant celui-ci me semble issu de votre seule volonté d’offrir une sorte de remède au mal-vivre contemporain. Le contenu est faible et il me semble que tout le monde sait déjà ce que vous dites. Si l’intention est louable, on est cependant en droit d’attendre autre chose d’un spécialiste de la philosophie, il me semble. Hélas, vous vous engouffrez dans la voie de la plupart de vos collègues: Frédéric Lenoir, Alexandre Jollien, Luc Ferry, André Comte-Sponville, etc., qui eux aussi ont bizarrement choisi de jouer (mais est-ce vraiment drôle?) aux docteurs de l’âme occidentale. Il est dommage que ce qu’on nomme philosophie aujourd’hui soit une philosophie de comptoir. Laissez les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de la psyché humaine faire leur travail et retournez à vos classiques! Même à ceux d’un Pierre Hadot, par exemple, qui, lui – avec Michel Foucault – a été le dernier à proposer une vraie philosophie accessible à tous – si telle est votre intention, inspirez-vous de lui! – tout en conservant une rigueur de pensée et de style impressionnante…!

par Blackbox - le 5 août, 2015


Les paraplégiques, vous les faites marcher comment pour atteindre la sagesse ?

Hawking ne marche plus depuis longtemps, est il condamné à la bêtise ?

par kli - le 10 août, 2015



Laissez un commentaire