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Art robotique, un oxymore ?

12/12/2015 | par Charlie Renard | dans Art & Société | 2 commentaires

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Imaginez, lors de la prochaine expédition sur Mars, des astronautes fouillant son sol afin d’y découvrir des potentielles traces de vie. Après plusieurs essais infructueux, ils décident de creuser un peu plus profond et tombent sur une boite de laquelle s’échappe après avoir actionné un bouton, un hologramme, une mélodie ravissante mêlée à des odeurs enivrantes. Rien de tel n’existe sur terre et la prouesse de fabrication les incline à penser qu’ils n’ont pas affaire à une œuvre d’art d’origine humaine. Sans plus attendre et fascinés par cette découverte, ils s’empressent de faire l’hypothèse qu’il s’agit là d’une preuve de « vie » extraterrestre, d’êtres conscients et sensibles, dont l’intention était manifestement de créer un plaisir esthétique.

Mais sur quoi se baseraient-ils ? Rien que sur l’effet que cet objet produirait sur eux et à partir de là, par analogie, leur compréhension, leur interprétation de cet objet.

C’est le même enthousiasme que provoqua le « Coucher de soleil sur l’Adriatique » du peintre Boronali exposé au Salon des Indépendants de 1910 (canular, résultat des mouvements d’un pinceau accroché à la queue d’un âne, à qui on avait donné des feuilles de tabac et des carottes pour lui faire remuer la queue). Une œuvre d’art tant qu’on ne connaît pas son auteur… On serait donc tenté d’affirmer à l’instar de Marcel Duchamp que « c’est le regardeur qui fait l’œuvre »[1].

Et si cet objet fabuleux se révélait être, après quelques recherches, le produit d’une « civilisation androïde », de machines à ce point évoluées qu’elles pourraient créer ? L’art ne serait-il que dans les yeux des astronautes ? La boite, ainsi « robofacturée », perdrait-elle son statut d’œuvre d’art ?

Autrement dit, la création artistique serait-elle l’apanage de l’humanité ?

L’usage grandissant des technologies modifie profondément le travail des artistes et nous invite à préciser la particularité de la créativité humaine : est-ce une simple reproduction d’un modèle préétabli ou une véritable invention ? Que reste-t-il d’humain dans l’art quand ce ne sont pas seulement les moyens mais le processus lui-même de création qui s’autonomise, s’automatise ?

Lors d’un « duel » entre Luc Ferry et Zak Allal du 6 juillet 2015 à la Cloud Week, ce dernier déclara que lorsqu’un robot composera une valse de Chopin, il sera « transhumaniste »!, repris à son tour par son interlocuteur qui confirmait cette position en ne voyant « aucun rapport » entre ces nouvelles technologies et les œuvres d’art, littéraires et spirituelles, déclarant que la question de savoir « ce qu’est une œuvre, une grande œuvre » relevait d’un tout autre domaine que celui des nouvelles technologies.

Ceci semblerait confirmé par l’étude « Creativity VS Robots » (L’économie créative et le futur de l’emploi ») dirigée par Nesta un centre de recherche à but non lucratif en partenariat avec l’université d’Oxford. Selon des experts britanniques, alors que 47% des emplois pourront être confiés à des ordinateurs d’ici vingt ans, seuls les postes qui font le plus appel à l’imagination survivront aux progrès des machines. A partir de deux précédents rapports publiés en 2013 par les chercheurs américains Frey et Osborne, Nesta a considéré que « le caractère créatif d’un métier serait sa meilleure protection contre une disparition à brève échéance ».

Ainsi lorsqu’on se demande jusqu’où ira l’automatisation du travail durant les prochaines décennies, certains « domaines » semblent préservés comme les chercheurs en sciences naturelles, les architectes, les managers, les présentateurs, les journalistes… et les artistes entre autres. Et il semblerait que « même si le contenu du travail a clairement changé en réponse au progrès technologique, la dimension créative n’a pas été atteinte ».

Mais ce statut à part qui prétend immuniser l’art d’une « déshumanisation », « robotisation » est-il vierge de tout présupposé ? Est-il légitime de croire qu’un robot ne pourra jamais créer ?[2]

Tout d’abord, l’idée que l’art soit la production d’un artiste (humain a fortiori) a-t-il toujours été le critère distinctif, ce à quoi on reconnaît une œuvre d’art, ce qui fait d’un objet une œuvre d’art ?

Même à une époque où les créations étaient anonymes (les mythes, ou les pyramides n’ont pas d’auteurs…), il ne faisait aucun doute qu’elles étaient bien produites par l’homme; peut-être inspirées par les muses, mais d’humaine facture, expression d’une certaine conscience, sensibilité, émotion, vécu…

De même, la proximité de l’art et de la technique, comme en témoigne l’étymologie (techne en grec et ars en latin), cantonnerait cependant cette dernière à n’être qu’un outil d’expression et de production, qui pouvait certes « à l’ère de la reproductibilité technique » à dimension industrielle[3] changer la nature profonde de l’œuvre d’art, mais sans pour autant lui ôter, quant à la conception, l’intentionnalité, son origine humaine.

L’art serait donc un champ où la technique ne serait qu’un outil[4], un prolongement de l’esprit de l’artiste[5] mais jamais sa substitution. La créativité serait l’apanage de l’humanité (qu’est-ce qu’un robot peut bien vouloir dire ?)[6]. Et pour justifier cela, on se refuserait à expliquer le processus créatif[7], ou bien on brandirait cette part d’aléatoire, d’imprévisible, comme une « idée qui lui vient à mesure qu’il fait »[8], du mystérieux, quasi mystique : le « génie » de l’artiste qu’on ne peut enseigner mais seulement copier ou imiter. Homère contrairement à Newton ne peut dire comment il en vient à créer des vers poétiques puisque l’imagination ne se traduit pas en formules[9]. Mais cette obstination pourrait bien s’avérer n’être que l’expression de notre ignorance des causes qui déterminent ce « génie ».

Retentons l’hypothèse : Les astronautes découvrent non seulement la boite mais la machine qui l’a créée. Il s’agit d’un robot capable de mémoriser l’intégralité de la musique et de la peinture produite dans l’histoire humaine, d’analyser comment fonctionnent ces arts (points communs, différences), de recombiner, créer de manière aléatoire et dépasser les simples intentions du programmeur offrant des productions totalement nouvelles et imprévisibles.

Cette situation hypothétique est fictive seulement sur un point, ces robots existent déjà sur notre planète : Il s’agit d’Emily Howell, un programme informatique créé par David Cope qui a déjà sorti deux albums en 2010 et 2012 ; et du robot AARON en constante évolution depuis sa création en 1973 par Harold Cohen, qui a la capacité de créer des peintures aussi bien abstraites que figuratives (récemment complété par le programme IArtist créé par Xavier Gouchet et Adrien Herubel).[10]

Sans nul doute, tous ces robots passent le test de Turing puisqu’il est impossible de différencier leurs œuvres de celles des humains.

Les limites de ce raisonnement sont peut-être d’une part, la mémoire, les données préliminaires et la matière nécessaires dont doivent disposer les robots pour analyser puis recombiner. Autrement dit, sans le modèle humain, sans quelque chose à imiter, les robots ne créeraient pas ex nihilo. Reste que l’art a longtemps été considéré (positivement ou négativement) comme une imitation de la nature. La nature a longtemps été la matrice, la source d’inspiration principale des artistes. D’autre part, on peine à imaginer ce que seraient les motivations, raisons des robots pour créer. Cependant, pour que cet argument soit décisif, il faudrait pouvoir identifier les raisons de la création humaine.

De plus, si l’on est enclin à reconnaître que l’humanité possède des propriétés inhérentes, voire à considérer que la créativité artistique est une de ses prérogatives, il demeure difficile de justifier pourquoi : on sait aujourd’hui que le cerveau est une machine complexe et que ce que l’on nomme intention, conscience, émotion, et même plaisir esthétique s’apparentent à des processus matériels et non à des dons ou pouvoirs magico-mystiques comme en atteste les récentes recherches en neurobiologie.[11]

Enfin, les métiers que l’on juge aujourd’hui créatifs ne le seront peut être plus demain. La montée en puissance des algorithmes permet déjà aux machines de réaliser des tâches cognitives très élaborées. Qui eut cru qu’une voiture pourrait un jour se passer de conducteur ?

Comprenons, la question ici n’est pas tant de savoir si la machine est capable d’égaler le génie créateur humain que de déterminer si l’art se définit davantage par son origine que par sa réception ou son effet.

Il semble si évident aujourd’hui que l’art soit une question d’artiste, que la signification de l’œuvre se rattache à l’intention de son auteur qu’il faut interpréter, déchiffrer de l’extérieur; il semble tellement aller de soi que l’art soit un langage (in absentia) entre l’artiste et le spectateur, qu’on néglige un aspect tout aussi essentiel : la présence matérielle de ses œuvres et leur effet sur le public.

Se demander s’il peut exister un art robotique, c’est dénoncer la pertinence de l’intention pour décrire la signification d’une œuvre, c’est dire que les artistes ne sont pas l’objet de l’art, c’est tuer l’artiste pour faire vivre son œuvre. Car au fond, c’est bien elle qui lui survit.

T.S. Eliot jugeait que la poésie est « non l’expression d’une personnalité mais une évasion de la personnalité » (« not the expression of a personality but an escape from personality »).

Parler d’art, c’est pour beaucoup, aujourd’hui, renvoyer d’abord à un artiste[12], à ce qu’il a voulu dire, au contexte, à son vécu… La valeur de l’œuvre est condensée, concentrée dans sa signature, dans le nom propre qui lui est rattaché[13]. L’usage de la signature est assez récent dans l’histoire de l’art. Avant la Renaissance, c’était un phénomène assez anecdotique et à visée commerciale et informative. A partir du XVe siècle, tout le mystère et la singularité de l’artiste s’exprime dans l’individualisation que ce sceau appose; il est divinisé par cet acte créateur.

Cette apothéose est théorisée au XVIIe et XVIIIe siècle lorsque apparaît la notion de droit d’auteur fondée sur le travail (John Locke) et la théorie de la personnalité (Kant et Hegel). Pour Locke, l’homme, parce qu’il est conscient et pensant, est propriétaire de lui-même (son corps et sa personne); l’homme « incorpore » dans son travail « une partie de sa personne » : il est donc propriétaire de son œuvre originale qui résulte de son effet créatif. De même, Kant et Hegel considère l’œuvre comme une « partie intégrante de la personnalité de son auteur », ou la manifestation de la volonté de ce dernier. L’œuvre est un signifiant qui renvoie à sa cause, à son origine. Elle n’existerait pas sans elle, elle existe par elle,

On a célébré des œuvres indépendantes qu’on a rattachées ensuite à leurs auteurs. Et on ne peut désormais les en dissocier sans qu’elles ne perdent leurs statuts d’œuvres ; on est passé d’un art sans artiste à un art sans œuvre. Est-ce l’œuvre, le résultat, ce qui est à contempler qui fait l’œuvre d’art ou bien l’intention, l’invisible, l’ouvrier, l’impalpable ?

Ce qui est certain, c’est que l’auteur ne peut pas contrôler comment son œuvre va être comprise, encore moins après sa mort[14]. Dans cette question de l’art robotique, il faut savoir pourquoi on y voit un oxymore, deux « domaines » parfaitement distincts. Il faut prendre garde à ce que cette conception ne cache pas une peur (qu’une machine fasse mieux un jour ?) suscitée par les exemples quotidiens de la substitution des hommes par des machines (elles sont plus efficaces, rapides…), que l’art ne soit pas, comme le remarquait Hannah Arendt dans La crise de la culture, le dernier symbole de la maîtrise et la grandeur d’une humanité en proie à une instrumentalisation et à une dévaluation de tout au prix de l’utilité.

Peut-être que cet « art robotique », présenté notamment par la Cité des Sciences et de l’industrie, d’avril 2014 à janvier 2015, est l’occasion de reconsidérer l’art, cette fois-ci, non pas à partir de l’artiste mais de l’œuvre et du public. L’interactivité, l’apport créatif du public[15], son plaisir, la signification qu’il donne de l’œuvre, son expérience constitueraient l’essence de l’art de demain…robotique[16] ou non !


[1] Marcel Duchamp. Conférence autour de l’oeuvre « Fontaine » de Marcel Duchamp, 1965.
[2] Dans le film I,Robot, inspiré des nouvelles d’Isaac Asimow, le policier émet la remarque à un robot : « vous ne pouvez pas écrire un roman ni composer un concerto ». le robot lui répond simplement « Et vous ? »
[3] L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique est un essai de Walter Benjamin rédigé en 1935 et publié de façon posthume en 1955. C’est dans cet ouvrage que Walter Benjamin développe sa thèse sur la déperdition de l’aura
[4] A l’instar du dernier Staffpad du Surface pro 4, un outil fabuleux de notation musicale
[5] Cf. l’incroyable système de composition granulaire ciblée de Diemo Schwarz musicien et chercheur à l’Ircam
[6] « Les ordinateurs sont inutiles, ils ne savent que donner des réponses » Pablo Picasso
[7] « Il n’est en art qu’une chose qui vaille celle qu’on ne peut l’expliquer. »George Braque Le Jour et La nuit
[8] Alain Système des Beaux-arts
[9] Kant Critique de la faculté de juger « Analytique du sublime »
[10] De même, toutes les grandes maisons de disque emploient des programmes similaires pour produire des titres que nous entendons quotidiennement. Plus de 10% des articles Wikipédia ont été écrits par des robots, Narrative Science a développé le logiciel, Quill capable de transformer des données brutes en article de presse notamment utilisé par Forbes, le magazine économique américain. Short Edition, une maison d’édition française, travaille à l’élaboration d’un algorithme capable de définir la qualité d’un texte pour mieux sélectionner les ouvrages. « 25 000 oeuvres seront donc soumises au programme, qui effectuera une première série d’évaluation. Cet embryon d’intelligence artificielle « absorbera » de nombreuses références qui lui permettront « d’apprendre » et de déterminer avec plus de précisions la qualité littéraire d’un livre, rapporte le site d’information spécialisé. » (propos rapportés par LEXPRESS.fr , publié le 21/07/2014) Par ailleurs, Novice Art Blogger est un logiciel créé par Matthew Plummer-Fernandez qui prétend analyser les oeuvres d’art et donc offrir un jugement neutre sur elles débarrassées « du fardeau de la connaissance de l’art, de l’histoire de l’art, des tendances et du favoritisme »( propos recueilli par Dazed Digital).
[11] Cf. Conférence Art et Science de Jean-Pierre Changeux.
[12] Ainsi dans le supplément du Figaro Magazine du vendredi 23 octobre 2015, dans l’article « Warhol: Circulez, il n’y a rien à voir! », alors que les propos cités de l’artiste font référence à sa volonté de ne pas être « immortalisé »(,« Je n’ai jamais compris pourquoi, lorsqu’on meurt, on ne disparait pas tout bonnement. Tout pourrait continuer comme avant, à la seule différence qu’on ne serait plus là. J’ai toujours pensé que j’aimerais avoir une tombe sans rien dessus. Pas d’épitaphe, pas de nom. J’aimerais en fait qu’on lise dessus: Fiction ». »;« De toute façon, mon oeuvre n ‘a absolument aucun avenir. »), l’auteur Paulin Césari le désigne comme un publicitaire de génie et un prophète inspiré ».
[13] jusqu’à ces « sculptures vivantes » de Manzoni en 1961
[14] C’est ce qui amène Roland Barthes dans La mort de l’Auteur a bâtir une esthétique de la réception.
[15] C’est d’ailleurs un des secrets de la popularité de la chanteuse virtuelle Hatsune, hologramme dynamique en 3D qui remplit des stades.
[16] Après tout, Warhol lui-même déclarait « Si je peins de cette façon, c’est parce que je veux être une machine » !

 

Charlie Renard

Diplômée de l'Université Caen Basse Normandie, Charlie Renard est professeur de Philosophie dans les classes secondaires et professeur de Culture générale dans les classes préparatoires commerciales du lycée Saint-Joseph du Havre. Elle y est également chef de choeur.

 

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Commentaires

Il y a quelques années, j’ai rendu visite à la Manufacture des Gobelins, à Paris, pour une exposition de tapisseries.
C’était fort instructif… (comme l’avait été, il y a des années, ma visite au Musée du Tissu à Lyon).
Parmi les choses que j’ai vues aux Gobelins, et à Lyon, il était évident que l’introduction de la mécanisation avec le métier Jacquard avait radicalement transformé l’esthétique qui commandait le travail artisanal.
Exemple : les tapisseries des Gobelins avant, et jusqu’à la fin du 16ème siècle, étaient faites d’un ensemble de points… irréguliers, de tailles différentes, inclinés dans des directions différentes, ce qui permettait la création d’oeuvres très singulières, libres de toute forme… d’automatisation… (je doute fort qu’une machine soit capable de travailler avec cette maîtrise, et si elle l’était… LE PRIX, LE TEMPS NECESSAIRE à la fabrication de telles oeuvres, avec ou sans machine, est prohibitif.)
Avec l’arrivée de l’automation… industrielle dans les métiers Jacquard, le travail devient beaucoup plus régulier, PLUS UNIFORME, plus rapide, et.. PLUS ACCESSIBLE EN PRIX…
Mais, en contrepartie, les oeuvres (d’art…) perdent en singularité, en raffinement, en complexité, et, de mon point de vue, en beauté.
Une machine peut s’emparer d’une esthétique ? d’une « réalité »? réduite à une combinatoire d’éléments finis, à permuter de manière « systématique » afin de faire du sens.
Si… nous réduisons notre monde à cette vision désespérément et exclusivement analytique, les robots pourront autant faire de « l’art » que nous, puisque.. nous ne serons guère plus que des robots, déjà. A NOS PROPRES YEUX, avec notre propre certitude d’être « desmachines » pensantes.
Se trouve pourtant évacuée notre chair mortelle et sexuée. (Le.. Créateur est-il mortel et sexué ? J’en doute… je vois cela plutôt du côté de la créature.)
Les citations de Warhol sont là pour confirmer pourquoi j’évite soigneusement toute manifestation de la publicité de Warhol, et ceci depuis longtemps déjà. (Soyons.. fou, et offrons-nous le luxe de réserver le mot « art » pour d’autres oeuvres.)
Ce n’est pas parce que c’est dans les musées que c’est de l’art…

par Debra - le 12 décembre, 2015


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