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Et maintenant, où en sommes-nous de la guerre ?

5/02/2016 | par Laurence Vanin | dans Politique | 2 commentaires

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Après l’horreur et la violence qui ont touché les corps et marqué les esprits, comment a-t-on fait face au terrorisme ? Car tout le monde connaît la chanson « Et maintenant… que vais-je faire ? ». Et maintenant ? La guerre…

Surtout quand, depuis plus d’un an, comme pour une sale maladie, le diagnostic était posé. Et la mobilisation générale consécutive aux attaques de Charlie Hebdo a témoigné avec le recul que combattre avec le pacifisme, des slogans et des idéologies ne suffisait plus. La gouvernance des émotions a renforcé cette vision d’un peuple meurtri, frappé par les événements et qui était en attente de solutions, de directives précises pour faire face. Car la milice ne peut être privée – au risque de sombrer dans l’état de nature de type lockéen – et chacun ne peut s’armer jusqu’aux dents pensant pouvoir se faire justice lui-même, ni même user d’un droit de légitime défense face à ces nouveaux dangers, sans risque de sombrer dans cet état de nature que Hobbes réduit « à un état de guerre de tous contre tous » et qui implique une guerre civile.

D’autant que chacun a entendu au soir des attentats de Paris la voix tremblante du chef de l’Etat qui venait d’être exfiltré du stade de France – dont les premières attaques laissent supposer qu’il était une des cibles possibles – affirmer que « la France est en guerre ».

Ce mot « guerre » placé dans la bouche des politiques devient essentiel, d’autant qu’il invite à rappeler que cette affirmation pose implicitement la distinction entre l’ami et l’ennemi. Ce qui doit alors faire écho dans les consciences, c’est que la guerre n’est pas un phénomène naturel mais bien plutôt « institutionnel ». Elle implique une lutte armée, organisée qui peut être sanglante et qui concerne la collectivité.

Si traditionnellement la guerre a ses causes derrière lesquelles se profilent les intérêts socio-économiques, ou la conquête de territoire, elle appelle à la perpétuation de la barbarie qui combine en soi la cruauté, la déshumanisation, de ce qui devient barbaros (étranger). L’Etat parvient alors à légitimer l’usage de la violence et dans ce cas précis les attaques terroristes seraient alors en attente de la contre-attaque ou défensive de l’Etat. Ce qui permet de dire que l’emploi de la force ou la menace de la destruction fabrique les arcanes de la guerre psychologique dont use allègrement le terrorisme, dont l’instauration de la terreur favorise l’installation des idéologies et du totalitarisme. Pour la défensive, l’intention réside alors en la volonté de détruire l’ennemi en visant le besoin de sécurité ou le retour à la sécurité. La guerre consiste alors en une utilisation légale de la violence en vue de la réalisation des objectifs politiques.

Nous ne pouvons à présent ignorer l’aspect idéologique dont la croyance et les opinions viennent alimenter les motivations des terroristes pour dynamiser les actes de guerre. Ne rien faire serait faire le détestable jeu de la banalisation du mal si ardemment dénoncé par Arendt. Un système d’idées (et la propagande nazi en est la preuve) peut constituer une doctrine qui diffuse la haine, le goût pour la mort, le désir d’anéantissement qui par un jeu de rhétorique laisse entendre que tous ces actes abominables ou ces horribles dispositions sont les conditions même qui serviront la cause et le Bien de cette vision archaïque dont la propagande répandue génère les recrutements des futurs soldats qui partent s’entrainer en Syrie.

Et les droits de l’homme si essentiels à notre République et leur belle idéologie semblent bien dérisoires face à la propagande ennemie : Celle qui fait de la croyance ou de la fidélité à une certaine loi coranique un essai de justification qui mène à une sanctification de la guerre. Aujourd’hui la paix demeure utopique, d’autant que si l’incitation à la guerre est extérieure, les assaillants sont – malgré l’importation d’idéologies spécifiques – français. Si les français se battent contre les français cela invite alors à méditer les enjeux et dérives d’une nouvelle forme de guerre civile dont la logique est établie par des « agents extérieurs » mais dont la réalisation est confiée en interne à des français ou à des infiltrés qui ont opté pour la méthode du cheval de Troie et sur l’appropriation d’un droit du sol sur les territoires « perdus de la République » afin de gagner la guerre et soumettre le peuple.

Dès lors une conclusion s’impose la guerre est l’instrument de la politique lorsque la diplomatie est devenue inefficace ou impossible et le peuple attend des décisions et des actes politiques efficaces. Machiavel tomberait ici à propos en rappelant que le Prince doit savoir user de la ruse et de la force pour maintenir le pouvoir et préserver son peuple. D’autant que Clausewitz rappelle que : « La guerre est un acte de la force par lequel nous cherchons à contraindre l’adversaire à se soumettre à notre volonté ». Aujourd’hui, chacun attend donc de connaître les moyens qui ont été mis en œuvre pour ne pas avoir à se soumettre et quelles sont les batailles remportées ? Sachant que la victoire de quelques batailles n’implique pas que la guerre soit gagnée … Messieurs les Politiques, quel est votre bilan ?

 

Laurence Vanin

Docteur en philosophie et en épistémologie, essayiste, Laurence Vanin enseigne à l'Université de Toulon, où elle est directrice pédagogique de l'Université du Temps libre, et est membre du groupe de recherche supérieur en Droit constitutionnel européen à l’Université autonome de Barcelone. Elle dirige la collection De Lege Feranda chez E.M.E Intercommunication (avec D. Rémy) et la collection Label-Idées aux éditions Ovadia. Elle vient de publier Leibniz et Hobbes : Réflexions sur la justice et la souveraineté aux éditions Ovadia.

 

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Commentaires

Bonjour,

On ne peut que partager votre vision de la cruelle réalité.Toute foi confondue, ce terrorisme est une guerre non conventionnelle à laquelle nous sommes confrontés. Nous avons oublié ce qu’elle est…et où elle nous a menée…

Il (s) (états et citoyens) nous faut en déchiffrer le sens profonds, pour y opposer une réponse défensive et ou négociée. L’état,les états ne peuvent pas tout! Les peuples, tout un chacun, doivent prendre charge les responsabilités qui nous incombent. Réparer les dégâts collatéraux…de la politique et de son peuple!

En effet, une question est posée à la civilisation, à la démocratie,au monde occidental,pour au moins le temps d’une génération.

Peut-être nous faut-il repenser le sens de nos existences, moins céder aux égoïsmes, aux indifférences, à l’injustice sociale; regarder autour de notre sphère, s’extraire de notre belle bulle bleue bourgeoise et confortable.

Faire actes de pédagogie,montrer à l’autre qui s’ignore; les desseins d’un avenir probable.

Le possible n’y suffira pas.

Expliquer sans obliger l’autre voie; celle de l’universelle raison, qui ferait consensus aux droits,aux devoirs à la vie, à l’existence. Inviter celui ou celle qui ignore la connaissance et le savoir.

Faire un pas vers l’autre; faire plus qu’un pas; donner une irréfutable preuve de fraternité; vers celui qui est différent,en respectant le registre de son être à lui.

par philo'ofser - le 6 février, 2016


Juste un mot sur le texte ci dessus. Je croyais que quand on parlait des Français, vous et moi, on mettait un majuscule. Cela me semble important. On peut le justifier, s’il faut le justifier, par le souci de la personne de chair, le sujet par excellence, et la nécessité de la différencier.
Ensuite, je recommande vivement à ceux qui sont intéressés le livre de Rory Stewart, « En Afghanistan », écrit autour de 2001, mais d’une brulante actualité, pour avoir un aperçu des subtilités de l’hospitalité, des échanges entre autochtones et, non pas « touristes », mais « pèlerins » dans un pays fortement Musulman, avec des cultures et pratiques néanmoins très différentes selon les régions.
C’est un livre qui pose bien, à mes yeux, la question/problème de l’altérité, et comment vivre ensemble…

par Debra - le 6 février, 2016



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