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Contre une Constitution «gilet jaune»

18/01/2019 | par Pierre-Henri Tavoillot | dans Politique | 14 commentaires

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BILLET : Il y a du peuple, mais pas le peuple, observe le philosophe Pierre-Henri Tavoillot qui craint que les «gilets jaunes» s’arrogent le monopole du corps politique. RIC, reconnaissance du vote blanc, réduction du nombre de députés : le maître de conférences à la Sorbonne rejette ces «gadgets» et assume la verticalité de la Ve République. 


Agrégé et docteur en Philosophie, Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne et président du Collège de philosophie. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, il a publié dernièrement De mieux en mieux et de pire en pire (éd. Odile Jacob, 2017) et publiera le 6 février Comment gouverner un peuple roi ? (éd. Odile Jacob, 2019). Nous vous conseillons son blog sur lequel il a publié cet article. 


Le mouvement des gilets jaunes a eu la vertu de rappeler qu’il doit y avoir du peuple dans la démocratie et combien pouvait se révéler funeste  le fait l’avoir un peu trop oublié. Mais je dis bien «du peuple» et non «le peuple», car je ne vois pas pourquoi les gilets jaunes et leurs sympathisants pourraient se targuer d’être le peuple plus que d’autres. Le fait que la colère/déception de certains Français ait longtemps échappé aux radars de la représentation politique et aux sonars des médias ne signifie pas pour autant que cette colère/déception soit juste et que les revendications soient pertinentes.

Lire aussi : Une «foule électronique» n’est pas le peuple (Jean-Michel Muglioni)

Et donc puisque «grand débat», paraît-il, il doit y avoir, je voudrais apporter ma contribution en disant pourquoi, selon moi, aucune des revendications (notamment institutionnelles) des «gilets jaunes» ne serait efficace. Ni le RIC, ni la reconnaissance du vote blanc, ni la réduction du nombre de députés, ne sont des solutions. Bien au contraire, si elles étaient appliquées, elles aggraveraient la situation de manière irrémédiable. Celle-là même qui est à l’origine du mouvement.

Le RIC (référendum d’initiative citoyenne) peut se présenter sous de nombreuses formes. Dans sa version radicale, il suffit d’une pétition en nombre significatif pour que tout sujet s’impose aux lois par la magie de la volonté majoritaire, y compris le recall des dirigeants en place, s’ils cessent de donner satisfaction au peuple.

Dans sa version modérée (notamment à l’italienne, art. 71 de la Constitution), le RIC revient à une proposition (populaire) de loi qui est soumise au parlement ou à un veto législatif issu d’une pétition. Mais ces procédures sont très encadrées et limitées par la Cour constitutionnelle pour éviter les dérives.

Entre les deux, de multiples options sont envisageables. Mais aucune, à mes yeux, ne sera salutaire pour la démocratie. Cette pratique, quelle que soit sa forme, ferait courir le risque d’une campagne électorale permanente, délétère pour l’action publique. Et tant que la démocratie n’a pas réussi à apprivoiser le bouleversement de l’espace public par les e-médias (réseaux sociaux), ni l’équité, ni la justesse, ni la sérénité des débats ne pourront être assurées. On va donc vers débats délirants de a à z. Le RIC va donc aggraver l’impuissance publique, la délégitimation des acteurs politiques, la défiance à l’égard des institutions, le triomphe des infotox. Ce serait donc une mesure catastrophique, car elle entraînera un accroissement de la dépossession démocratique. On peut d’ailleurs le voir à l’œuvre en Californie où règne une permanente double contrainte rendant l’Etat ingouvernable : exigence d’une baisse toujours accrue des impôts et d’une augmentation toujours plus forte des services publics. On peut le voir dans cette belle démocratie qu’est le Venezuela où le recall est tellement bien installé qu’un président peut faire arrêter le président du Parlement pour rester au pouvoir …

Lire aussi : La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler (Dominique Lecourt)

La reconnaissance du vote blanc ne serait sans doute pas aussi grave dans ses effets, quoique…  Elle supposera d’abord une transformation constitutionnelle puisque l’article 7 de la Constitution indique que «Le Président de la République est élu à la majorité des suffrages exprimés». Mais, après tout (disent certains), on a le droit de changer la constitution. Elle affaiblirait encore la légitimité des élus, puisqu’on aboutira à des situations où le candidat élu le serait avec moins de 50% des suffrages. Mais, après tout (disent certains), cela refléterait mieux l’ampleur de la désaffection à l’égard de la politique. … très bien, mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour en avoir  déjà conscience.

Même si on admet ces deux objections, il reste pour moi un argument décisif contre cette reconnaissance. Le voici :

On dit souvent qu’une décision politique ne se fait pas entre une bonne et une mauvaise, mais entre une mauvaise et une très mauvaise décision. Or voter est une décision politique ; le citoyen se place dans la même situation que le décideur qui doit trancher entre des inconvénients. L’électeur a le droit de s’abstenir, mais cela signifie qu’il décide de ne pas choisir et laisse le choix aux autres. Il démissionne. Il n’y a donc aucune raison de prendre en considération cette indifférence qui est une absence de ce courage de décider que les citoyens aiment tant reprocher aux élus. Ne pas s’exprimer, c’est renoncer à son droit au chapitre. Et qu’on ne vienne pas me dire que «l’offre électorale» n’est pas assez riche et variée. D’abord, c’est faux ! Ensuite, on ne choisit pas un élu comme un conjoint sur meetic ! ou comme un aspirateur sur un catalogue en ligne.

La reconnaissance du vote blanc, c’est un contresens total sur la nature du vote et plus généralement sur la citoyenneté, confondue ici — à l’extrême gauche comme à l’extrême droite — avec le consommateur, repu, satisfait ou remboursé ! Pas pour moi !

Lire aussi : Qu’est-ce que l’action politique ? (Patrice Canivez)

La réduction du nombre de député. Ah ! voilà enfin la bonne idée pour régénérer la démocratie ! D’ailleurs Emmanuel Macron s’en est fait le premier ardent défenseur … Mais pourra-t-on m’expliquer comment on peut espérer refonder la représentation démocratique en réduisant le nombre de représentants et en laissant donc à penser que ces députés ne servent à rien … ! Pire : qu’ils sont des parasites vivant aux crochets de la République avec des salaires de nabab en s’endormant sur les bancs de l’Assemblée … Belle réputation que conserveront les quelques députés qui resteront donc après la réforme … bien dépités ; encore plus haïs et totalement inconnus !

J’ajoute, à titre de comparaison, quelques données citées par le député François Cornut-Gentille contre cette réforme absurde.

La France compte aujourd’hui un député pour 113 000 habitants ; l’Allemagne, un pour 114 000 ; le Royaume-Uni, un pour 96 000. Avec la réforme proposée, le ratio français sera de 1 pour 162 000. Record d’Europe ! Et l’introduction de la proportionnelle va conduire à des circonscriptions comptant bien plus de 200 000 habitants, très inadaptées à la représentation de la diversité des opinions.

Voilà : le débat est ouvert. Il n’y a aucune raison d’exaucer le vœu d’horizontalité exprimé par les plus radicaux des gilets jaunes, aucune raison de donner le pouvoir à des minorités actives qui n’ont manifesté aucun souci de pluralisme. Et si j’ai à choisir entre deux maux, j’opte sans hésiter pour une verticalité qui me paraît, malgré tous ses défauts, davantage garante de l’intérêt général. Bref, dans ce grand débat, il faut défendre la Constitution de la Ve République de l’invasion des gadgets …

 

Pierre-Henri Tavoillot

Pierre-Henri Tavoillot est un philosophe français, maître de conférences à la Sorbonne (Université Paris-IV), Président du Collège de Philosophie et membre du Conseil d'Analyse de la Société. Ancien membre du cabinet du Ministre de l'Education Nationale (2000-2002), il est l'auteur notamment de Les âges de la vie (Grasset, 2007 ; Prix François Furet 2007) et de Qui doit gouverner ? (Grasset, 2011). Suivre sur Twitter : @phtavoillot

 

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Commentaires

Non seulement je suis pleinement d’accord avec vous, tant sur le RIC que sur la reconnaissance du vote blanc et le nombre de députés , mais j’en rajouterais bien une couche ! Cette loi sur le non-cumul des mandats me paraît absurde : on se retrouve avec des députés totalement hors-sol, inconnus de leur circonscription et qui, eux-mêmes, ne la connaissent pas. N’en déplaise aux démagogues, la politique est un métier et y faire ses premières expériences dans un mandat local avant de devenir représentant de la nation, ce n’était pas si mal.

par Philippe Le Corroller - le 18 janvier, 2019


Très marquée à droite votre philosophie un tantinet méprisante… Comme diraient les « tontons flingueurs »:  » Çà sent le Macron- Y’en a aussi ! »

par Gerard Abate - le 18 janvier, 2019


Je trouve cet article est l’expression d’une opinion assez bourgeoise aimant le conservatisme et accordant peu de confiance aux classes que la bourgeoisie (croit) domine(r).
Pierre-Henri Tavoillot à fait le choix, et c’est lui qui le dit, que la politique était de choisir entre une mauvaise et une très mauvaise décision. D’aucun dirait entre le pire et le moins pire. Voilà une vision de la politique, qu’il prétendra réaliste, mais que veut dire ce mot. Moi je trouve cette opinion cynique et profondément négative, triste et désespérée. Le réalisme au surplus est par nature réactionnaire et conservateur.
Pourtant, le choix politique devrait se faire pour s’inscrire dans un projet tendant vers une utopie (oui cette utopie tant décriée toujours au nom du sacrosaint réalisme).
Notre société souffre de ne plus avoir d’utopie à rêver et à défendre (ce qui explique sans doute en grande partie les jeunes qui partent faire le Djihad mais aussi l’engouement pour la contre utopie environnementaliste anti-progrès).
Une question me taraude vaut-il mieux un peuple qui prend de mauvaises décisions que des (prétendues) »élites » qui manifestement se trompent puisqu’elles ne satisfont pas aux attentes des citoyens ?
Le citoyen est exclu du débat politique au non toujours du réalisme et du « on n’a pas le choix » qu’impose l’idéologie obscurantiste de l’économie (néo) libérale.
Le citoyen aujourd’hui réclame d’être remis au centre du débat et que les préoccupations politiques soient les siennes et non celles de certitudes économiques obscurantistes qui ne servent que l’intérêt des classes possédantes exploitantes des forces de travail des autres et de la nature au mépris de la société et de l’environnement afin de maximaliser leur seul profit égoïste matérialiste.
Balayer du revers de la mains les suggestions du peuple (faits de peuples constitués d’individus) est non seulement indigne mais aussi méprisant.
Le citoyen constate à tout le moins que :
– Ses préoccupations ne sont pas prises en comptes ;
– L’impôt n’est pas équitablement prélevé et que les plus nantis ne participent pas au financement des charges collectives pas plus qu’à la solidarité ;
– Qu’il n’est plus réellement représenté dans les assemblées ;
– Que s’il n’est plus représenté pourquoi payerait-il de façon plantureuse ceux qui lui nuisent et le méprise ;
– Qu’il n’a pas de possibilité de faire entendre sa réprobation (ce qui justifie la demande de la reconnaissance du vote blanc) ; …

Des propositions sont faites pour y répondre. Sans doute doivent elles-être aménagées pour être efficaces mais ces aménagement ne peuvent se faire que dans la concertation. Les rejeter d’emblée est refuser d’entendre ceux qui les proposent. Auquel cas on est vraiment mal parti et ceux qui ferment leur oreilles au nom de leur réalisme ne devront pas s’étonner que cette violence qu’est ce refus d’entendre les citoyens engendre d’avantage de violence de la par du peuple.

Je suis soucieux car l’histoire nous enseigne que les dominants enfermés dans leur bulle de certitude et de leurs droits divins hérité ont toujours, étés, étonnement alors qu’ils possèdent, ignorants de ses leçons et ont toujours utiliser la violence contre les peuples., violence qui s’est toujours retournée contre eux. Irions-nous, comme à chaque fois, vers cette surenchère de violence générée par les spoliateurs du pouvoir que sont les dominateur structurellement autistes ?

Mais je suis optimiste car aujourd’hui le peuple n’est visiblement plus résigné et que le soulèvement, la révolution, maintenant peut, tôt ou tard, survenir offrant aux nouveaux paradigmes de faire émerger du corps social ces utopies qui nous manquent terriblement.

par Olivier MONTULET - le 19 janvier, 2019


Assez d’accord avec cette analyse qui remet les choses en perspective, ce que la vue courte de certains, énervés à certainement juste titre, ne semble pas appréhender. La colère n’est pas bonne conseillère. Notre république ne s’est pas bâtie en un jour et même si la révolte en a été l’étincelle, ses composantes (élections, assemblées, parlementaires, lois, administrations, etc.) n’ont pas été installées sur un coup de tête et ont été murement réfléchies par des esprits éclairés et prévoyants. Chaque institution a sa légitimité, son pourquoi et son comment et Pierre-Henri Tavoillot nous éclaire sur cette construction subtile. On a vu récemment des lois pléthoriques et redondantes être empilées en dépit de la logique afin de satisfaire à un pathos politicien. Certaines revendications “jaunes” ne sont exigées que par rapport à une situation sociale problématique mais souvent hors de propos, quand certains opportunistes ne profitent pas de cette cacophonie pour tenter d’installer leur “chienlit”. Par exemple la demande de réduction du salaire ou du nombre de députés est particulièrement suspect quand on sait que ni l’une ni l’autre de ces modification ne changerait en quoi que ce soit la réalité sociale et économique des gens mais apporterait un déséquilibre grave dans le fonctionnement du pays comme le démontre P-H T. Effectivement, du peuple ne fait pas le peuple et il a raison de craindre que les «gilets jaunes» s’arrogent le monopole du corps politique…

par Marcel Jacques - le 19 janvier, 2019


IL faut savoir arrêter une grève et ce mouvement qui réunit des sympathisants d’extrême gauche et d’extrême droite n’a que trop duré.
Pour quelques gilets jaunes sincères, les récupérations, la complaisance des médias sont devenues insupportables.
Je suis pleinement d’accord avec votre analyse sauf concernant le non cumul des mandats.
Christian Depardieu

par Christian Depardieu - le 19 janvier, 2019


« pas aussi grave dans ses effets, quoi que… »

Attention à la coquille, il s’agit de ‘quoique’ ici, pas de ‘quoi que’.
Quoique signifie bien que, rien à voir avec quoi que. Par exemple :
Quoique cette faute revienne souvent, restons zen, quoi qu’il arrive. 🙂

Sinon, bravo pour le fond.

par Jacques Brasseul - le 21 janvier, 2019


j’aurais dit : … »pas besoin d’être grand clerc… » (et non : clair)
Merci

par jo cassen - le 22 janvier, 2019


« nul besoin d’être grand clerc » et non pas « nul besoin d’être grand clair »

par LECAT Jean-Marc - le 23 janvier, 2019


Dans les commentaires : « cet article est bourgeois, réactionnaire et conservateur » – fermez le ban, c’est plié, il n’y aurait plus rien à ajouter, ça suffirait pour disqualifier l’article, avant même toute argumentation !

par LECAT Jean-Marc - le 23 janvier, 2019


Un vote blanc ou nul est un suffrage exprimé qui s’exprime en refusant de choisir entre des options dont aucune ne lui convient… Dès lors que l’on a voté, on s’est exprimé…

par TREELS - le 23 janvier, 2019


LECAT Jean-Mar outre le fait que vous vous arroger le droit de jouer au professeur correcteur je tiens à vous faire remarquer que « cet article est bourgeois, réactionnaire et conservateur » n’est pas là pour discréditer mais fait un constat par ailleurs argumenter dans le commentaire. Je maintiens en tout cas l’assertion.

par Olivier MONTULET - le 23 janvier, 2019


Cet article transpire le vieux mépris de classe envers les classes populaires (classes dangereuses) à qui on reprochera toujours leurs penchants « anti-démocratiques », comme si l’organisation de la société imposée par l’Oligarchie et ses laquais intellectuels était LE modèle démocratique par excellence.
Ils craignent ce RIC car ils ont bien compris que c’est l’arme de dissuasion massive qui peut donner la force au peuple,celui qui pue la sueur,la clope et/ou le diésel, de renverser sans violence le pouvoir politique et économique,en sortant le carton rouge quand « ses » représentants votent des lois qui bafouent ses intérêts ou quand il se rend compte que « ses » élus une fois au pouvoir ne servent pas le Bien Commun et ce faisant commettent la faute justifiant la rupture avant terme du contrat,un peu comme on licencie un salarié.
En définitive la réaction de l’auteur de cet article me réjouit car elle témoigne d’une grande crainte devant la possibilité du RIC,crainte que n’inspirent plus les grèves et autres manifestations bien respectueuses des rites,des parcours et des horaires que les autorités leur concèdent.
Tic Tac Tic Tac!

par Jean Paul B. - le 24 janvier, 2019


Petit ajout à propos du vote blanc qui n’est pas une fuite de responsabilité mais un refus de donner sa voix à l’un des deux gredins restés en lice (comme en mai 2017 par exemple!).
En l’absence de proportionnelle,les bulletins blancs et nuls doivent être considérés comme étant exprimés car ils vont permettre d’évaluer la légitimité (et oui!) de celui qui est arrivé en tête et si celui-ci n’a pas obtenu au moins de 50% des suffrages exprimés son élection ne sera pas validée.
Un deuxième scrutin doit alors être organisé dans les 30 jours qui suivent et tous les candidats du premier scrutin ne pourraient pas se représenter à cette seconde élection.
Voila quelques suggestions,avec le RIC bien sûr,qui pourraient revitaliser la démocratie en plaçant les « représentés » toujours au dessus des « représentants » pour mieux les contrôler et éventuellement re-toquer leurs lois ou les révoquer sans aucune violence, à l’aide simplement d’un petit bout de papier que l’on nomme « bulletin de vote ».
La démocratie,dont l’étymologie nous aide à comprendre le sens du mot,n’est rien d’autre que Peuple (= tous les citoyens) vraiment souverain!

par Jean Paul B. - le 25 janvier, 2019


@ »qu’on ne vienne pas me dire que «l’offre électorale» n’est pas assez riche et variée ».
Je viens donc d’apprendre que le referendum de 2005 et sa « réplique parlementaire aux ordres » était une offre électorale riche et variée. Bravo la philo

par Garnier - le 15 février, 2019



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