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Daech : le totalitarisme est d’abord un langage

7/09/2016 | par L. Hansen-Love | dans Politique | 11 commentaires

 

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La philosophe Laurence Hansen-Löve publiera très prochainement Oublier le Bien. Nommer le Mal (éd. Belin, 2016).

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« Lexpression « langage totalitaire » renvoie à un langage excluant toute pensée « autre », un langage qui enferme ce quil est seulement licite de dire, un langage qui appelle au meurtre, à lanéantissement de toute altérité »
(Victor Klemperer et le langage totalitaire aujourd’hui).

Cela a déjà été dit : l’idéologie de l’Etat Islamique – mais aussi des divers groupes « terroristes » qui se réclament d’une lecture littérale du Coran – a quelque chose à voir avec le nazisme. Certains observateurs parlent d’un troisième « totalitarisme », ou en tout cas d’une nouvelle variante de ce que les philosophes, sociologues, anthropologues, sémiologues, psychanalystes etc. nomment ainsi (1). Cela signifierait que l’on a affaire non pas à un groupe d’illuminés etc. mais à des théoriciens dont le projet est extrêmement élaboré, réfléchi, construit, « rationnel », programmatique et même « révolutionnaire » comme le dit Scott Atran (2). Mieux vaut en prendre acte.

La novlangue

Pour effectuer un tel rapprochement, il faut interroger un certain type de rapport aux mots, aux textes, aux signes et à leur signification supposée. La violence extrême dont tout langage totalitaire est porteur a été magistralement explicitée dans le roman 1984 (3). La novlangue y est décrite comme un langage verrouillé, procédant d’une combinaison de langue de bois (simplification autoritaire de la langue qui prétend bannir l’équivoque des mots) et de double pensée (« La guerre c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage » « 2 et 2 font 5 »). Parce que l’équivoque est interdite, il n’y a plus ni souplesse ni nuances : captifs, les mots sont stérilisés, dévitalisés. Leur pseudo-signification est fixée autoritairement par la poignée d’hommes qui les régentent (4). Il faut préciser que le terme de « langage » pris dans un sens large englobe des signes et symboles de toutes sortes, par exemple vestimentaires (5).

Le langage totalitaire (même dans une société non totalitaire) repose sur cette idée qu’il appartient à l’Autorité de décider du sens des signes comme de proscrire certains jeux de langages. Pourtant la signification des mots procède d’usages et de conventions (parfois immémoriales…), de sédimentations multiples, mais en aucun cas de décisions arbitraires. Par exemple les idéologues de l’EI décident de la signification des mots Bien et Mal (en inversant radicalement leur sens usuel), droit, djihad (qui a plusieurs acceptions), « charia d’Allah », « Huddoud » (châtiments coraniques) etc. (6). Dire que  tuer les Infidèles, c’est bien (licite), qu’écouter de la musique ou jouer au foot, c’est mal (illicite) etc. c’est présupposer qu’une poignée d’hommes peut imposer une lecture unilatérale des traditions, des hadiths, etc.

Le « Manuel d’esclavage sexuel » ou l’inversion des normes

Dire que l’esclavage sexuel est licite, « qu’il est permis de violer une captive prépubère » etc. (Question 13 : « Est-il permis d’avoir des relations sexuelles avec une femme qui n’a pas atteint la puberté : il est licite d’avoir des rapports avec l’esclave qui n’a pas atteint la puberté si son corps est propre à l’acte. Si ce n’est pas le cas, alors il faut se contenter d’en jouir sans coït » (7)), c’est légitimer théoriquement la transgression des interdits universels en vigueur aujourd’hui contre l’esclavage et le viol (8). Admettre qu’il est « justifié » d’expédier un enfant dans une fête familiale pour s’y faire exploser suppose que l’on a au préalable résolument inversé le sens des mots et fait l’impasse sur toutes les normes et observances adoptées dans la plus grande partie des sociétés (protection absolue des enfants, respect des femmes et des civils même dans la guerre etc.). Dire que le texte sacré autorise ceci (exécuter les apostats etc. (9)) mais pas cela (la musique, apprécier le chant des oiseaux, se balader en cheveux), c’est se donner le droit d’interpréter le Livre dans un sens univoque, alors que les textes sont complexes et ambivalents. C’est pétrifier le sens des mots et des injonctions morales dans un sens totalement fantaisiste.

Impossible de réduire les mots en esclavage

L’esprit démocratique, qui, au moins de ce point de vue, est le contraire du totalitarisme, insiste au contraire sur le fait que les mots sont équivoques et que leur sens varie selon les contextes. Il est donc toujours bien venu, dans un cadre démocratique, de discuter du sens des concepts, (les mot « démocratie », « identité », « islamophobie », « genre » ou « pudeur » par exemple (10)) et il est acquis que ces discussions sont fécondes, ouvertes et inépuisables. Comme le dit Flaubert, la bêtise c’est de conclure. Les normes morales, les principes juridiques, la piété, le contenu des prescriptions religieuses, tout cela doit être interprété et réinterprété sans fin. Car il n’appartient à personne, ni individu, ni sage, ni prophète, ni Docteur de la Loi ni Police des moeurs d’interdire aux mots d’avoir plusieurs sens.

Bref le caractère criminel de ce type de propagande devrait pouvoir être établi sans qu’il soit nécessaire d’en passer par la notion de « terrorisme » (encore un mot aux multiples sens). Le projet « totalitaire » est explicite dans les textes « juridiques » comme le démontrent les exégèses de la littérature djihadiste. La question du degré de criminalité des actes commis en conséquence ne pourra être tranchée que bien plus tard, quand les commanditaires auront été arrêtés et traduits devant les tribunaux internationaux.

 

(1) Je mets délibérément de côté les historiens dont certains contestent les généralités, et tout particulièrement celle-ci – LE totalitarisme – car chaque régime est singulier.
(2)L’Etat islamique est une révolution.
(3) « La liberté c’est la liberté de dire   que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit » Georges Orwell.
(4) Et qui vont aussi employer à leur propre usage un langage codé comme le firent exemplairement les nazis – « déplacement » pour déportation, « opération de nettoyage » « mort miséricordieuse » etc…
(5) D’où la crispation aujourd’hui sur ces tenues ostentatoires dont le signifié (le message)   fait peu de doute. Néanmoins, interdire aux femmes de s’habiller comme elles paraissent le souhaiter et de s’exprimer de cette manière indirecte pose le même problème que l’instauration de tabous linguistiques: ce serait en effet   flirter avec une logique « totalitaire » que de fixer a priori ce qui est licite ou pas. Tout est question de contexte en démocratie comme en matière de sémiologie.
(6) Voir à ce sujet «  L’ ’Etat islamique et la théologie du viol », l’enquête du New York Times de août 2015,
(7) « Manuel d’esclavage sexuel de Daech » in Books, Hors série n°8, « Les racines du mal », août 2016 .
(8) Esclavage et viols sont encore pratiqués couramment surtout en situation de guerre. Mais les justifier est une autre histoire..
(9) La condamnation à mort pour apostasie n’a aucun fondement dans le Coran
(10) Le mot « islamophobie » est contesté par ceux qui en sont taxés. Ce n’est pas pour cela qu’il faut s’interdire de l’employer. Mieux vaut en souligner la polysémie. D’autre part, il est vrai que certains mots ne sont plus (ou beaucoup moins) employés aujourd’hui (« race » ou « pédé » par exemple) mais c’est l’usage qui en a décidé ainsi, non pas un gouvernement ni une police des moeurs. La loi n’interdit d’ailleurs pas de les prononcer.

 

L. Hansen-Love

Professeur agrégée de philosophie, Laurence Hansen-Love a enseigné en terminale et en classes préparatoires littéraires. Aujourd'hui professeur à l'Ipesup, elle est l'auteur de plusieurs manuels de philosophie chez Hatier et Belin. Nous vous conseillons son excellent blog hansen-love.com ainsi que ses contributions au site lewebpedagogique.com. Chroniqueuse à iPhilo, elle a coordonné la réalisation de l'application iPhilo Bac, disponible sur l'Apple Store pour tous les futurs bacheliers.

 

 

Commentaires

On ne peut que vous suivre : le totalitarisme est d’abord un langage . Dans Langage et silence , Georges Steiner avait bien montré comment le nazisme puisa dans le langage ce dont il avait besoin pour donner une voix à sa sauvagerie .  » Par degrés , les mots ont perdu leur sens premier et acquis des contenus de cauchemar . Jude , Pole , Russe en sont venus à signifier des poux à deux pieds , une vermine putride que les bons Aryens doivent écraser ,  » comme des blattes sur un mur sale  » précisait un manuel du parti .  » Solution finale  » , endgultige Lösung, en vint à signifier la mort de six millions d’êtres humains dans les fours à gaz. » Autre époque , autres lieux , mais toujours le même phénomène : l’idéologie totalitaire a son langage propre .

par Philippe Le Corroller - le 7 septembre, 2016


Je me permets d’exprimer une perplexité, qui n’est pas une critique de votre article, mais une question que je me suis posée à l’occasion de sa lecture : l’analyse langagière permet-elle vraiment d’identifier le caractère totalitaire d’un système idéologique ?

Le figement du langage, la glaciation autoritaire des jeux de langage qui décrète autoritairement ce qu’il est licite de dire, et surtout la manière licite de désigner et de dire les choses, n’est-elle pas à l’oeuvre en toute bureaucratie ? Ainsi, dans une administration comme celle de l’éducation nationale, il y a des manières de parler qui sont devenu illicites : par exemple, on ne parle plus de « mauvais élèves », on n’est plus en droit de parler de la « paresse » de tel élève, pas plus qu’il n’est permis de dire d’un élève qu’il est « intelligent » et d’un autre qu’il ne l’est pas.

Je n’ai rien contre ces évolutions, qui me semblent aller dans le sens d’une moralisation du rapport professeur-élève. Cependant il ne s’agit pas d’une évolution spontanée des usages : c’est l’institution qui l’a imposée. Au niveau du langage, donc —et non évidemment au niveau des contenus et des pratiques !— je ne vois pas bien ce qui distingue un tel codage bureaucratique de celui dont vous montrez qu’il est à l’oeuvre dans le discours de Daesh. Peut-être est-ce que je manque de discernement sur ce point, je serais prêt à le reconnaître : pourriez-vous m’éclairer ?

par Eric Dumaître - le 7 septembre, 2016


après relecture du coran ,j’y ai trouvé de nombreux versets qui ne me semblent présenter ni ambivalence, ni complexité.

Sourate IX, verset 5: « tuez les idolâtres partout où vous les trouverez.

Sourate VIII 17: »ce n’est pas vous qui les tuez mais Dieu’

Sourate II 70:  » tu reconnaîtras que ceux qui nourrissent la haine la plus virulente contre les fidèles sont les juifs et les idolâtres……….

les versets de ce type ne manquent pas.
Le coran ne serait-il pas ( comme n’hésitent pas à le dire des
auteurs de culture musulmane progressistes mais minoritaires semble t-il) un texte véhiculant un langage totalitaire excluant toute pensée autre?

J’ai hésité à poser cette question mais je ne veux pas m’enfermer dans la langue de bois. Merci

par MIGDAL - le 7 septembre, 2016


Bonjour,

Il y a plusieurs interprétations des livres des Corans. Il en est de même pour les interprétations que nous faisons de ces interprétations. Et avons des difficultés pour qualifier cette mouvance mortifère au soubassement appuyé sur la destruction de la totalité des apostats et des mécréants;

Les versets ci-dessus indiqués montrent comment et combien plusieurs lectures essaient de distinguer le vrai du faux.

Il s’agirait d’une idéologie fondée sur la barbarie et l’assouvissement du désir et l’envie de donner la mort. Cette dernière serait le but suprême du cérémonial qui en est fait (des enfants de trois ans jouent avec des têtes coupées) .

Le culte de la mort transcende une des plus noire culture de l’obsession pathologique. Un retour intellectualisé au sauvage. Le basculement dans le néant. Une fermeture aux plus élémentaires signes de toute humanité.

par philo'ofser - le 8 septembre, 2016


Merci pour cet article.
il me rappelle les événements de 1994 au Rwanda, où le régime génocidaire avait aussi développé des éléments de langage totalitaire qui définissaient l’échelle de valeurs selon laquelle le génocide des Tutsis était légitime.

par Etienne - le 8 septembre, 2016


merci pour votre réponse

par MIGDAL - le 8 septembre, 2016


En ce qui concerne le terme « islamophobie », il aurait été inventé par les islamistes selon Mohamed Sifaoui et il me semble également Latifa Ben Mansour (les mensonges des intégristes-Ramadan lui a d’ailleurs intenté un procès).
Pourquoi reprendre ce terme?

par MIGDAL - le 8 septembre, 2016


Chère Laurence,

Je souscris à l’ensemble de votre propos sans ambiguïté ni concession: « l’idéologie de l’Etat Islamique a quelque chose à voir avec le nazisme »; « le caractère criminel de ce type de propagande devrait pouvoir être établi sans qu’il soit nécessaire d’en passer par la notion de « terrorisme ».

Comme vous, j’ai été fortement éprouvé en lisant l’enquête du New York Times de août 2015: « L’ Etat Islamique et la théologie du viol». Celle-ci offre un autre angle d’attaque qui complète le vôtre: établit très clairement que nous avons affaire à un régime totalitaire: des théologiens, en se fondant sur une prétendue connaissance de la parole divine (« la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance » disait Spinoza) énoncent le droit en bafouant les fondements mêmes du droit (le respect inconditionnel de dignité et de la liberté humaine). Le wahhabisme est un mouvement politico-religieux qui se réclame ouvertement de l’Islam, que c’est au nom du wahhabisme que des théologiens et des imams encouragent la participation au djihad.

Ce qui pose la question suivante: l’islamisme est-il une dérive de l’Islam ou l’une de ses expressions les plus abouties? La question de savoir si l’islamisme constitue ou non une dérive de l’Islam est à la fois religieuse et politique ; religieuse en ce qu’elle interroge la nature des liens objectifs qu’ils entretiennent l’un avec l’autre; politique, en cela que l’islamisme radical récuse la démocratie, la laïcité, les droits de l’homme et de la femme. Cela pose également la question de nos rapports diplomatiques et commerciaux avec certains pays qui financent le terrorisme – l’Arabie saoudite en tête! – et de l’hypocrisie dont ils s’enveloppent. D’un côté, l’Etat français s’attache à défendre les valeurs de la République et à assurer la sécurité des citoyens; de l’autre, il décroche des accords commerciaux mirifiques avec ceux-là mêmes qui prônent le wahhabisme et permettent au terrorisme de s’exporter partout dans le monde!

par Guillon-Legeay Daniel - le 9 septembre, 2016


S’il est tentant de voir dans l’idéologie que vous décrivez des dérives totalitaires, il importe de relever qu’il n’est pas exclu que la démocratie des masses soit elle-même un phénomène totalitaire, parce que totalisant : prétendant parler de manière universelle pour toute l’humanité sans exclusion (le sens même du mot « catholique »…).
Une pensée totalisante bienveillante reste tout de même totalitaire… et de ce fait, génère en face une opposition radicale pour permettre à l’Homme de sortir de son emprise.
Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas les fusils ou les bombes qu’on n’est pas en présence d’un phénomène totalitaire. On ne peut pas réduire ce phénomène à une histoire de « violences physiques » ou mort d’hommes et femmes.
La question de l’autorité ne se limite pas à son assignation dans des personnes charnelles. Elle est cruciale aussi dans des démocraties de masse (LA DEMOCRATIE DE MASSE ??…), où des mesures sont prises pour éviter que l’autorité et la légitimité puissent s’installer dans un corps charnel. Prises… PAR QUI ? Voilà la question, et elle est difficile.

Pour le langage, je suis obligée de constater avec un certain recul, que LE NOTRE (les nôtres) s’appauvrit à la vitesse de la lumière, et que les même difficultés, liées à la NECESSITE de faire un retour à la lettre (du texte) se font jour que chez l’ennemi décrié.

« On » ne se radicalise jamais seul…

(J’attends la réponse à M. Dumaître, réponse qui tarde. Sans légitimité, je dirais à M. Dumaître qu’un grand homme, un grand penseur, a pu dire qu’il était bon d’enlever le poutre de son oeil avant d’aller pointer son index triomphalement en direction de l’écharde dans l’oeil de son voisin. Ceci ne se veut pas une attaque contre vous, M Dumaître, mais contre la bien pensance qui nous permet de nous sentir trompeusement confortables avec nos… croyances, laïques ou pas, la plus importante étant celle de pouvoir nous dire que nous avons « raison ».)

par Debra - le 13 septembre, 2016


« …l’ouvrage dont cet écrit est tiré en partie, et que je n’ai pu encore achever, tant il croît et s’étend sans cesse sous ma main, … a pour objet de faire bien connaître la révolution, non-seulement à l’Europe et à la postérité, mais sur-tout aux Français qui généralement sont loin de la connaitre. Mon plan est de la caractériser par l’examen de sa langue, qui en a été le premier instrument et le plus surprenant de tous, de montrer l’établissement, la consécration légale de cette langue, comme un événement unique, un scandale inoui dans l’univers […].
A l’égard des phénomènes dont j’ai fait le relevé, la révolution, du moment où les jacobins s’en sont emparés, a été « une conspiration publique, formée par des monstres contre la nature humaine, sous tous les rapports possibles, » et voilà le premier phénomène : tous les autres en ont été la suite et analogues au premier. Les mots, comme les choses, ont été des monstruosités. J’appelle monstruosité tout ce qui n’avait aucun exemple dans les faits connus jusques-là. J’insiste même fort peu sur les crimes privés et individuels, qui sont à-peu-près de tous les temps. Je parle sur-tout des crimes publics, commis au nom d’une autorité publique quelconque ; et en ce genre, tout a été phénomène dans la révolution. »

Du fanatisme dans la langue révolutionnaire, ou de la persécution suscitée par les barbares du dix-huitième siècle, contre la religion chrétienne et ses ministres, par LAHARPE, de l’académie française. (An V – 1797)

Victor Klemperer était un lecteur de LaHarpe

par Hoel - le 19 septembre, 2016


Il y a au moins une différence entre Daesh et le nazisme, Daesh n’est pas rasciste, il est « universaliste », tous les êtres humains peuvent se convertir pour embrasser leur doctrine.

La terreur pratiquée par Daesh n’est pas sans ressemblance avec celle des Jacobins durant la révolution française, qui ont peut-être inventé le premier totalitarisme moderne.

par Hoel - le 19 septembre, 2016



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