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L’avenir du politiquement correct, c’est le populisme !

22/09/2016 | par André Comte-Sponville | dans Politique | 28 commentaires

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Dans le cadre des rencontres de l’Institut Diderot, les philosophes André Comte-Sponville et Dominique Lecourt débattaient en décembre 2015 de l’avenir du politiquement correct lors d’une conférence animée par Alexis Feertchak. Nous remercions l’Institut Diderot de nous permettre de publier dans iPhilo la retranscription de leurs deux interventions. Voici la première partie de cette conférence avec André Compte-Sponville. 

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Ma thèse tient en une phrase : l’avenir du politiquement correct, c’est le populisme. On le voit avec le succès du Front national aux dernières élections régionales, qui est en partie le résultat de plusieurs décennies de politiquement correct. J’en ai proposé, dans mon Dictionnaire philosophique, la définition suivante :

« Un type de ridicule ou de tyrannie, qui interdit de dire ce qu’on croit vrai quand cette vérité semble contraire à ce qu’on voudrait qu’elle soit ou à ce qui serait, aux yeux de la pensée dominante, moralement ou politiquement souhaitable. C’est confondre le réel et le bien, la vérité et la valeur, au bénéfice de ces derniers. C’est moins la voix de la majorité que celle des élites réelles ou prétendues. Moins une langue de bois, contrairement à ce qu’on dit parfois, qu’une langue de coton – matériau plus doux, comme chacun sait, mais presque aussi difficile à avaler ! L’expression, calquée de l’américain (political correctness), ne se dit en français que péjorativement. Le politiquement correct est une espèce de police ou d’autocensure, qui pèse sur les discours : on s’interdit toute expression qui pourrait choquer ou blesser, surtout lorsqu’elle porte sur une minorité, on fait preuve en tout de tolérance (sauf contre les intolérants, ou supposés tels), on euphémise, on édulcore, on relativise… C’est mettre la bien-pensance plus haut que la liberté de l’esprit, les bons sentiments plus haut que la lucidité, la prudence plus haut que la sincérité. Par exemple, il est politiquement correct, dans nos pays, de dire que les islamistes n’ont rien compris à l’islam, qui est une religion de paix, de tolérance et d’amour. Que cela soit souhaitable, j’en suis évidemment d’accord. Mais est-ce vrai ? Pourquoi faudrait-il penser que tel islamiste radical, qui connaît le Coran par cœur, ou peu s’en faut, l’a moins bien compris que nos politiques, qui n’en ont lu que quelques citations, prudemment choisies (pour d’excellentes raisons morales : c’est le principe même du politiquement correct), dans des journaux bien-pensants ? » [1]

Le politiquement correct est ridicule, au sens que Pascal donnait à ce terme : il y a ridicule lorsqu’il y a confusion des ordres – ici, entre ce qui relève de la vérité et ce qui relève du bien. Pascal parlait aussi de tyrannie lorsque ce ridicule se trouve au pouvoir. En ce sens, le politiquement correct est non seulement ridicule, mais il est tyrannique : c’est la tyrannie des bons sentiments, de la morale qui prétend s’appliquer hors de son ordre. Le politiquement correct, toutefois, n’est pas l’expression de la majorité. C’est l’un de ses paradoxes. Le politiquement correct relève de la pensée dominante, mais celle-ci est le fait d’une ou de plusieurs minorités qui ont réussi à s’imposer, notamment dans les médias. Le politiquement correct, pour le dire autrement, ce n’est pas la doxa, l’opinion courante, mais la paradoxa dominante, le contraire de ce que pense la majorité, érigé en position dominante.

Les exemples de politiquement corrects sont légion. Guy Bedos, dans un de ses sketches, disait : « On ne dit plus “un aveugle”, on dit “un malvoyant”. On ne dit plus “un sourd”, on dit “un malentendant”. Bientôt on ne dira plus : “c’est un con” mais “c’est un malcomprenant” ». L’euphémisation est caractéristique du politiquement correct. Certes, les changements de terme sont parfois légitimes : il est heureux, étant donné son histoire, que le mot « nègre » soit remplacé par « noir », même si les deux termes sont synonymes (je remarque d’ailleurs que le politiquement correct nous pousse de nos jours à dire « black » plutôt que « noir », ou « gay » au lieu d’homosexuel : le politiquement correct parle souvent le franglais). En raison de cette tendance à l’euphémisation, on ne dit plus « handicapé », mais « personne handicapée », afin de ne pas réduire la personne à son handicap, et même « personne en situation de handicap », pour suggérer que la personne n’est pas toujours victime de son handicap, par exemple dans le cas d’un paraplégique qui travaillerait assis à son bureau. Certains ne disent même plus « personne en situation de handicap », mais « personne différente ». Un plurihandicapé m’a dit, lors d’un débat, que si tout le monde était comme lui, c’est moi qui passerais pour handicapé. Autrement dit, il n’y a pas de handicap, il n’y a que des différences. Sauf que c’est faux : si tout le monde était comme lui, et si je restais comme je suis, je passerais non pour un handicapé mais pour un mutant, un surdoué. Le handicap n’est pas une différence en général, c’est une différence qui diminue les capacités ou les performances de l’individu en question. On peut bien appeler cela une différence, cela ne change rien au handicap.

Je terminais ma définition du politiquement correct sur la question de l’islam radical, qui est évidemment devenue, depuis les attentats de 2015, plus brûlante encore. J’avoue que je suis fatigué d’entendre constamment répéter : « Il n’y a aucun rapport entre l’islamisme radical et l’islam ; ça n’a rien à voir ! » Si, ça a évidemment à voir ! Tout musulman n’est bien entendu pas un islamiste radical, mais tous les islamistes radicaux sont musulmans. Ça ne peut pas être un hasard ! Nier que l’islamisme radical a un rapport avec l’islam serait aussi absurde que de dire : « Il n’y a aucun rapport entre l’Inquisition et le christianisme, ça n’a rien à voir ! ». Ou que de dire : « Il n’y a aucun rapport entre le stalinisme et le marxisme, ça n’a rien à voir ! » Qui pourrait y croire ? Heureusement que chrétiens et marxistes ont accepté, pour la plupart d’entre eux, d’examiner ce qui, dans le christianisme ou dans le marxisme, avait rendu possibles ces horreurs, pour s’en libérer ! Nous attendons de nos amis démocrates musulmans qu’ils fassent ce travail, un travail d’élaboration critique qui leur permette de comprendre ce qui, dans l’islam et le Coran, rend l’islamisme radical possible. Ce travail-là, personne ne peut le faire à leur place ; mais nous pouvons peut-être les y aider en refusant le cliché politiquement correct selon lequel il n’y a aucun rapport entre l’islam et l’islamisme radical, ce qui est évidemment faux et politiquement néfaste.

[1] André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, Nouvelle édition revue et augmentée, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2013, p. 776-777.

 

André Comte-Sponville

André Comte-Sponville, né le 12 mars 1952 à Paris, est un philosophe français. Docteur et agrégé en Philosophie, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, il fut maître de conférences à l'Université Panthéon-Sorbonne jusqu'en 1998 et membre du Comité consultatif national d'éthique de 2008 à 2016. Auteur de très nombreux ouvrages, il est lauréat en 1996 du Prix La Bruyère de l'Académie française pour son Petit traité des grandes vertus traduit en 24 langues. Il a dernièrement publié Du tragique au matérialisme (et retour) (éd. PUF, 2015) et C'est chose tendre que la vie (entretiens avec François L'Yvonnet, éd. Albin Michel, 2015).

 

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Commentaires

Comme toujours avec ACS, c’est simple, mais pertinent. Merci monsieur !

par Mme Michu - le 22 septembre, 2016


Un excellent article! Comme toujours avec André Comte-Sponville, le souci de la vérité l’emporte sur le conformisme, l’approximation et les slogans. Ce texte revigore!

par Guillon-Legeay Daniel - le 22 septembre, 2016


Excellent. Et ça fait du bien de lire de grands philosophes qui rétablissent les choses et les disent mieux que nous.

par isabelle - le 22 septembre, 2016


Je dirais plutôt : UN des avenirs du politiquement correct est le populisme, pas l’avenir… Dire « l’avenir du PC… » c’est le réduire à ça. Or le PC est pratiquement aussi varié que le nombre de français. Il est plus ou moins prégnant selon toutes sortes de paramètres (classe sociale, éducation, pensée politique, etc…) et nous y sommes tous plus ou moins soumis, plus ou moins consciemment… Ceci dit, M. Comte-Sponville, votre intervention est brillante et fort juste. Étonnamment cependant, toute votre définition du PC est antinomique avec cette assertion…

par MarJac - le 23 septembre, 2016


Le texte de Comte-Sponville est, en effet, très clair, mais je n’y vois, pour ma part, pas le moindre argument à l’appui de la thèse selon lequel l’avenir du politiquement correct serait le populisme. On serait, au contraire, en droit de penser que dans la mesure où le « politiquement correct » est au service d’une vision idéalisée du fonctionnement des sociétés humaines, il s’oppose frontalement à toute forme de populisme, s’il est vrai que celui-ci ne se dissocie jamais d’une vision réaliste, voire cynique des rapports entre les êtres humains.

par Querdenker - le 24 septembre, 2016


Evidemment il y a eu des abus dans le politiquement correct, mais les abus du politiquement incorrect c’est pire. Le politiquement incorrect c’est utiliser toutes sortes de mots blessants pour les minorités qui les subissent. Monsieur Comte Sponville vous regrettez le temps où l’on pouvait utiliser « youtre », « négro », « chinetoque » « niacoué » « fiotte » »gouinasse » « muzz » (le nouveau mot pour musulman), sans être pénalisé par la loi?
il y a un islam humaniste depuis toujours, il a donné des poètes, des savants, des mystiques des chefs d’état. Vous n’avez pas lu Ibn Batouta? Vous avez lu Rumi? Vous avez lu Rabiyya? Vous n’avez pas lu Ibn Khaldoun, vous n’avez pas lu Omar Khayyam? Vous n’avez pas lu le flamboyant sodomite Abu Nuwas
? On a l’impression que vous n’avez même pas lu Naguib Mahfouz, le prix nobel.Vous n’avez lu Abd el Kader? Vous savez comment Soliman le magnifique notre allié reçut les juifs chassés d’Espagne?… Vous ne savez pas que dans l’espagne arabe-adalouse existait l’ébauche d’une laicité ou les trois religions coexistaient plus ou moins bien (ce n’était pas parfait mais impossible chez les chrétiens. Si vous , le philosophe (vous savez qu’en arabe on dit « falsafa »? ») manifestez une telle ignorance haineuse comment voulez que des gamins acculturés soient meilleurs et ne se fassent pas happer par des fous sur internet. Maintenant non pour moi Torquemada ce n’est pas le christianisme d’aimez vous les uns les autres, c’en est la peste.

par helene Hazera - le 24 septembre, 2016


A l’attention de M. Querdenker: Je vois pourtant dans le texte un argument important – central même – qui établit le rapport entre le politiquement correct et le populisme: celui qui consiste à dire qu’il n’existe aucun lien entre l’islamisme et l’islam: « Il n’y a aucun rapport entre l’islamisme radical et l’islam ; ça n’a rien à voir ! » Si, ça a évidemment à voir ! Tout musulman n’est bien entendu pas un islamiste radical, mais tous les islamistes radicaux sont musulmans ». Or, il se trouve que le politiquement correct interdit de poser cette question, encore plus d’y répondre affirmativement (tout islam n’est pas de l’islamisme, mais tout islamisme relève de l’islam), sous peine d’être accusé d’islamophobie. Ce chantage à l’islamophobie interdit de penser et de débattre publiquement; en revanche, il n’encombre pas les partis xénophobes; au contraire, il leur donne matière à délirer sur l’identité nationale et sur la pureté de la race. D’où la thèse défendue avec force par André Comte-Sponville. CQFD.

par Guillon-Legeay Daniel - le 25 septembre, 2016


Vous avez entièrement raison, monsieur Guillon-Legeay, et je découvre d’ailleurs du même coup, par l’entremise de votre objection, que je n’avais pas correctement saisi « l’angle » sous lequel Comte-Sponville avait décidé d’aborder la question. Contrairement à ce que le titre du texte pourrait suggérer, le « politiquement correct » n’a pas vocation à prolonger son être dans le populisme, à y trouver une assise nouvelle, bref son « avenir », comme je l’avais compris par erreur, mais plus exactement son aboutissement et sa destination objective. Autrement dit, du « politiquement correct » au « populisme », la conséquence est bonne, comme dirait un lecteur de Leibnitz. Revu dans cette perspective, le texte de Comte-Sponville ne donne alors plus du tout prise à mon commentaire précédent et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de prendre ainsi conscience de mon contre-sens.

par Querdenker - le 26 septembre, 2016


Simple et simpliste voire simplificateur.
Mr Sponville fait un amalgame que je qualifierai volontiers de populiste surtout dans le contexte de critique de cet article.
Évoquer une difficulté à parler de l’islam depuis les attentats de 2015 et sous-tendre que le politiquement correct consisterait à refuser d’associer « les islamistes radicaux » à un quelconque véritable islam, est d’une part une vraie négation de la stigmatisation subie par les musulmans dans le monde au moins depuis le 11 septembre 2001, mais c’est d’autre part entretenir une confusion, que l’auteur ne peut raisonnablement faire, à savoir, l’islamisme comme façon de concevoir voire d’imposer un mode de vivre en société et la pratique de l’islam comme religion. L’un est politique pendant que l’autre est spirituelle dès lors qu’elle se pratique de manière respectueuse des autres croyances et des lois du pays.
L’autre point douteux sur lequel l’auteur fait preuve d’absence de discernement consiste à associer les »islamistes radicaux » aux auteurs des attentats, sans pour autant l’écrire explicitement, et à étayer ou diluer son propos en l’étendant à l’inquisition pour les chrétiens (alors qu’il ne s’agit que des catholiques) et au stalinisme pour les marxistes.
Non seulement, il est normalement aisément accessible à un philosophe professionnel qui s’est un temps soit peu intéressé au fait religieux, que tout acte terroriste portant atteinte à la « création divine » et de surcroît en son nom, ne peut qu’être d’une part nihiliste et d’autre part blasphématoire. Un croyant ne détruit pas l’œuvre de Dieu et prétend encore moins se substituer à lui pour accomplir sa volonté. Pour revenir à l’islam, si on peut admettre qu’un islamiste radical est nécessairement musulman, un terroriste même si il prétend agir pour défendre l’honneur du prophète Mahomet ou l’islam, ne peut être qu’un nihiliste, en aucun cas un croyant. (Pareil pour l’inquisition, à ceci près, que c’est bien l’organe central de cette église centralisée qui l’a décidée et mise en œuvre, contrairement aux attentats commis au nom de l’islam vu son absence de centralisation tant décriée. Oui, c’est bien le pouvoir central de l’église de Rome qui a décidé de torturer et brûler celles et ceux dont les croyances et propos risquaient de remettre le pouvoir politique si chèrement acquis.)
Il en va de même pour le stalinisme, l’auteur entretient, sciemment selon moi, le flou entre d’une part des courants de pensée se référant aux théories et analyses d’un philosophe sur la société et les rapports de production et de propriété tels qu’ils existent, à partir desquelles d’autres formes de sociétés sont élaborées et le fait de les imposer à tous par la force dans l’intérêt d’une nouvelle élite.
Pour une conférence qui entend ordre le cou à la tendance au mauvais usage des mots et à la confusion entretenue par l’euphémisation, je trouve que l’auteur fait beaucoup de raccourcis et tente de faire passer sa vérité pour la réalité, « « Un type de ridicule ou de tyrannie, qui interdit de dire ce qu’on croit vrai quand cette vérité semble contraire à ce qu’on voudrait qu’elle soit ou à ce qui serait, aux yeux de la pensée dominante, moralement ou politiquement souhaitable. C’est confondre le réel et le bien, la vérité et la valeur, au bénéfice de ces derniers.  » ne serait-ce pas du populisme???

par Vincent - le 27 septembre, 2016


Désolé, dans le commentaire précédent, ligne 18, lire « un tant soit peu » et non « un temps… »

par Vincent - le 27 septembre, 2016


Encore un point, concernant le passage à propos du vocabulaire autour du handicap.
Si certaines affections physiques ou physiologiques portent effectivement atteinte aux capacités d’un individu à agir ou interagir par rapport à une norme donnée dans un environnement donné. Il n’en reste pas moins vrai qu’un handicap ne peut s’apprécier qu’au regard d’une situation, d’un environnement précis et des moyens associer aux actions à y mener. De la même façon qu’une personne de petite taille, et ce n’est pas un euphémisme pour éviter d’écrire le terme « nain », se trouve en difficulté pour atteindre un produit sur l’étagère supérieure d’un supermarché, une personne de grande taille se trouvera en difficulté pour se déplacer dans les coursives d’un navire ou d’un sous-marin.
Depuis quelques années maintenant, les progrès en matière d’orthèses et de prothèses permettent à des personnes amputées des membres inférieurs de courir plus vite que des personnes non amputées. Le handicap n’est que l’écart qui n’a pu être comblé entre les exigences préalable à une action dans une situation et les moyens disponibles. Le propos n’étant pas de minimiser l’impact psychosocial dû aux altérations du corps par rapport à la norme du corps « en bonne santé », mais de remettre le handicap dans la sphère du « faire, de l’agir » et de le sortir définitivement de la sphère de « l’être ».

par Vincent - le 27 septembre, 2016


A monsieur Vincent. Je ne comprends pas vraiment ce que vous reprochez à André Comte Sponville. Son propos, m’a-t-il semblé, tendait à montrer qu’entre le « politiquement correct » et le « populisme » existait un lien de cause à conséquence. Plus exactement, en interdisant hypocritement de nommer les choses telles qu’elles sont, on finit par déclencher, presque mécaniquement, la tentation inverse, à savoir la reconquête du droit de donner aux choses le nom qu’elles mérite, mais dès lors sur un mode exagérément simplifié et cynique. Bref, le discours se « lâche » ou plutôt, comme on le dit d’un ressort qui a été trop tendu, il se relâche. Le populisme, quelle que soit sa provenance idéologique, ne se caractérise-t-il pas en effet, d’abord et avant tout, par un certain rapport à la langue?

par Querdenker - le 28 septembre, 2016


correction: lire « le nom qu’elles méritent »

par Querdenker - le 28 septembre, 2016


A Querdenker,
Comme vous avez pu le lire dans mon commentaire, ce qui me pose problème n’est pas la définition et la démonstration concernant les liens entre politiquement correct et populisme, mais les exemples pris pour les étayer.
Il me semble que les flous entretenus (l’islam en tant que religion et l’islamisme comme principe de civilisation) et les raccourcis utilisés (islamisme radical faisant suite à l’évocation des attentats) créant un lien entre le terrorisme et islam religieux, alors que l’on ne peut accorder la moindre foi aux revendications religieuses de gens nihilistes qui s’arrogent de plus le droit d’agir au nom d’un prétendu Dieu. Or, ACS ne relève pas cette contradiction et vient l’étayer par deux mauvais exemples, l’inquisition et le stalinisme, faits critiquables si il en est, mais qui trouvent leurs origines dans la volonté d’accaparer le pouvoir et non dans les idéologies ou croyances prises pour prétexte.
Sur le handicap, encore une fois, si l’euphémisation est véritablement un problème traduisant la difficulté à appréhender socialement la place dévolue aux personnes ayant des affections physiques ou physiologiques, je trouve qu’il tombe dans l’écueil commun de s’affranchir de la relation permanente existant entre le milieu et l’individu, qui à eux deux font situation et que le milieu est socialement déterminé, notamment par le regard posé sur les personnes présentant des écarts à la norme de santé en vigueur à un moment donné.
J’attendais donc plus d’éclaircissement et de précision de la part d’un auteur qui a fait de la philosophie sa profession.
Je trouve

par Vincent - le 29 septembre, 2016


A l’attention de Vincent.
Je crois comprendre les pensées que vous soutenez; elles vous honorent. Il me semble toutefois que là où vous affirmez des convictions (encore une fois, elles sont honorables) , André Comte-Sponville pose des interrogations. La frontière entre l’islam et l’islamisme (entre le christianisme et l’inquisition, le marxisme et le stalinisme, etc..) est-elle si nette que vous semblez le croire? Les faits historiques – ceux qui ont conduit à des catastrophes humaines et politiques de grande envergure – et les justifications qui les accompagnent semblent montrer, hélas, que cette frontière claire n’existe peut-être pas… Or, c’est précisément le rôle du philosophe que d’interroger nos croyances et nos certitudes.

par Guillon-Legeay Daniel - le 30 septembre, 2016


A Daniel GL,
Certes, mes propos reflètent nécessairement les valeurs qui les sous-tendent mais mon commentaire ne porte pas les valeurs qui sous tendent les exemples d’ACS, mais sur des simplifications courantes dans les médias dominants alors que l’on est ici dans un cadre et devant des « auditeurs/lecteurs » qui prennent le temps de creuser ou disséquer pour tenter de comprendre ce qui dans le politiquement correct favorise l’émergence du populisme et de l’outrance langagière.
Si je ne remets aucunement en cause la réalité des liens entre ceux qui se revendiquent d’une idéologie ou d’une croyance et ceux qui commettent des atrocités en son nom ou pour la voir devenir réalité, ce que je discute, (ayant eu la chance d’être initié à la philo dans une tradition de dialogue socratique) c’est la compatibilité, la congruence entre la revendication initiale (se dire adepte de l’islam, du christianisme ou du marxisme) et les actes posés pour favoriser son émergence. Même si je considère que pour le Marxisme, il s’agit plus d’une façon d’appréhender le monde, au travers d’une approche de l’histoire renouvelée, et d’une critique d’un système économique et des rapports sociaux et de production que d’une proposition aboutie de système socio-économique).
Sur la question du handicap, la position d’ACS est caricaturale, d’un manque de recul sur l’aspect social du handicap et sur les sphères dans lesquelles on l’appréhende. Au risque de me répéter, le handicap concerne le faire et non l’être comme le pose l’auteur. Au plaisir de vous relire et de poursuivre cette discussion.

par Vincent - le 30 septembre, 2016


A Vincent. Peut-être pourrions-nous rejoindre sur une position commune: la liberté laissée à ACS d’user des mots qui lui paraissent les plus justes pour traduire sa pensée ne saurait entraîner comme conséquence nécessaire le fait que vous partagez ses points de vue. Il y va ici d’une morale de la langue. La question est plus grave qu’il n’y paraît. Ainsi, dans les universités américaines, le « politiquement correct » connaît une nouvelle poussée de fièvre, qui devrait normalement atteindre nos côtes d’ici trois ou quatre ans. Pour vous en faire une idée, et bien sûr, à la condition que vous ayez une certaine familiarité avec l’écriture anglo-américaine, je vous conseille la lecture d’un article publié, il y a quelques mois, dans « the New Yorker », revue accessible en ligne. Il est intitulé « the big uneasy » par Nathan Heller.
http://www.newyorker.com/magazine/2016/05/30/the-new-activism-of-liberal-arts-colleges

Les normes du « politiquement correct » atteignent dans ces universités anglo-saxones un niveau tel qu’elles risquent, explique l’auteur de l’article, de rendre bientôt impossible l’enseignement des humanités (« liberal arts »). Je vous laisse découvrir, au cas où vous n’en connaîtriez pas déjà le sens, l’usage de l’expression « trigger warning » et les conséquences que son application ne devrait pas manquer d’entraîner là-bas (et donc bientôt ici) chaque fois que s’ouvrira un débat ayant vocation à rester libre et non faussé. Enseigner la philosophie, la littérature, l’histoire ou les sciences politiques relèvera alors moins des « sports de combat » comme l’avait souhaité le regretté Pierre Bourdieu que d’un certain funambulisme pratiqué vent debout avec, à chaque pas, tous les risques de la chute..

par Querdenker - le 1 octobre, 2016


[…] Dans le cadre des rencontres de l’Institut Diderot, les philosophes André Comte-Sponville et Dominique Lecourt débattaient en décembre 2015 de l’avenir du politiquement correct lors d’une conférence animée par Alexis Feertchak. Nous remercions l’Institut Diderot de nous permettre de publier dans iPhilo la retranscription de leurs deux interventions. Voici la seconde partie de cette conférence avec Dominique Lecourt. Nous vous invitons à (re)lire la première partie avec André Comte-Sponville, intitulée « L’avenir du politiquement correct, c’est le populisme ».   […]

par iPhilo » La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler - le 5 octobre, 2016


A Querdenker,
Merci pour le lien vers l’article et pour l’échange de vues.
Tout à fait d’accord avec le droit d’un auteur d’user des mots à sa guise pour traduire sa pensée, avec pour corollaire, le droit des lecteurs de discuter de l’usage fait de ses mots afin de définir « un sens commun », un référentiel sémantique commun pour tenter si ce n’est de rapprocher au moins de comprendre le point de vue de l’autre. Je vous rejoins sur la gravité de la situation et les tentatives en cours de supprimer tout débat sur ce que certains définissent comme sacré ou acquis.
La tendance actuelle vise à supprimer tout débat sur le religieux, tout en le laissant influer de plus en plus sur nos vies quotidiennes (crèches dans les mairies, refus de marier des couples homosexuels, premier ministre qui porte la kippa et ancien président qui s’agenouiller devant le Pape…), jusqu’au Pape actuel qui se permet des commentaires sur le contenu des manuels scolaires.
Il est donc nécessaire de refaire de la philo en mode « sport de combat », mais surfer sur l’islam bashing en utilisant les mêmes raccourcis que sur BFMTV, en ne distinguant pas la pratique religieuse d’un islam « traditionaliste » et l’islamisme radical comme courant politique visant à imposer l’islam et la charia comme principe de civilisation, c’est populiste.

par Vincent - le 5 octobre, 2016


Toujours lire un philosophe ou prétendu tel en se demandant où il veut en venir. Où veut en venir André Comte-Sponville?

par Philippe - le 5 octobre, 2016


Faut-il rappeler à Monsieur Comte-Sponville que la grande majorité des victimes des islamistes sont des musulmans? Faut-il aussi rappeler que des centaines de milliers d’Irakiens, de Syriens, de Yéménites et d’Afghans sont morts sous les bombardements? Faut-il rappeler que des milliers de réfugiés ont fui les horreurs de la guerre? La démocratie occidentale n’a-t-elle pas aussi son lot de massacres?
En quoi un musulman a-t-il des comptes à rendre au sujet du terrorisme? Va-ton un jour cesser de considérer que les musulmans sont des « objets » de conversations et de débats en ne leur laissant pas la parole?
Les sommer de faire un travail critique sur ce qu’ils ne sont pas et des idées qu’ils n’ont jamais défendues et de s’aligner sur la démocratie française , n’est-ce pas un bon moyen pour les stigmatiser un peu plus encore et de ne pas faire un travail critique sur la démocratie en général, comme si elle allait de soi? Roland Barthes disaient que le cela-va-de-soi est violent, que le consensus démocratique est le pire des outrages. La démocratie, oui, mais laquelle?

par Philippe - le 8 octobre, 2016


Que pense Monsieur Comte-Sponville du fait que les USA sont le soutien et l’allié de l’Arabie Saoudite et du Qatar? Que pense Monsieur Comte-Sponville du fait que la France vend des Rafales et commerce avec les pays du Golfe?

par Philippe - le 8 octobre, 2016


Le politiquement correct, pour résumer, c’est le dénigrer de réalité. C’est refuser de voir le monde tel qu’il est et d’appeler les choses par leur nom. Dans la mesure où il conforte les postures autovictimaires, il aboutit à une aggravation de la radicalisation islamiste ou du communautarisme. Tout le monde sait que celui-ci est souvent synonyme de racisme et d’antisémitisme, mais on ne peut pas le dire publiquement _ car le politiquement correct c’est aussi le refus de voir que le racisme caractérise des individus de toutes couleurs de peau et de toutes origines : la réalité n’a éblouissant effet rien à voir avec les stéréotypes manichéens et caricaturaux répandus dans les médias.
Donc loin de freiner le racisme, le politiquement correct encourage le racisme et l’antisémitisme.

par Sylvain FOULQUIER - le 2 mars, 2017


Il faut évidemment lire « c’est le déni de réalité ». Vous aurez rectifié de vous-mêmes…

par Sylvain FOULQUIER - le 2 mars, 2017


Deuxième rectification : « la réalité n’a en effet rien à voir »…mon clavier Samsung a des ratés.

par Sylvain FOULQUIER - le 2 mars, 2017


Je trouve l’exposé d’André Comte-sponville remarquable, sauf sur un point : ce qu’il écrit sur le handicap mériterait sans doute d’être nuancé. Par exemple l’autisme de haut niveau (syndrome d’Asperger) est certes un handicap en soi sur le plan social, mais la personne « normale » ne fait pas figure de « surdouée » à côté des autistes, certains d’entre eux possédant d’ailleurs des capacités intellectuelles supérieures à la moyenne. Donc l’handicap (puisque c’en est un) peut parfois être une différence ayant des aspects positifs. Il serait je crois utile pour l’ensemble de la société de considérer certains handicaps comme une richesse et non comme une charge à porter. Hormis ce point, l’analyse d’A.C.S. est on ne peut plus pertinente.

par Sylvain FOULQUIER - le 16 mars, 2017


[…] aussi : L’avenir du politiquement correct, c’est le populisme ! (André […]

par iPhilo » Démocratie, tyrannie des minorités, paradoxes de la majorité - le 20 juin, 2017


Madame Hélène Hazera prétend qu’André Comte-Sponville regrette le temps où l’on pouvait utiliser les mots « youtre », « négro »,etc. Voici ce qu’écrivait ACS dans le texte qu’elle commente : « les changements de terme sont parfois légitimes : il est heureux, étant donné son histoire, que le mot « nègre » soit remplacé par « noir », même si les deux termes sont synonymes ». Où est donc l' »ignorance haineuse » ?

Madame Hazera donne avec arrogance des conseils de lecture à ACS. Elle serait bien inspirée de faire elle-même les lectures qu’elle a le culot de conseiller. Voici ce que l’on peut lire sous la plume de l' »humaniste » Ibn Khaldoun » : « Au sud de ce Nil existe un peuple noir que l’on désigne par le nom de Lemlem. Ce sont des païens qui portent des stigmates sur leurs visages et sur leurs tempes. Les habitants de Ghana et de Tekrour font des incursions dans le territoire de ce peuple pour faire des prisonniers. Les marchands auxquels ils vendent leurs captifs les conduisent dans le Maghreb, pays dont la plupart des esclaves appartiennent à cette race nègre. Au delà du pays des Lemlem, dans la direction du sud, on rencontre une population peu considérable ; les hommes qui la composent ressemblent plutôt à des animaux sauvages qu’à des êtres raisonnables. Ils habitent les marécages boisés et les cavernes ; leur nourriture consiste en herbes et en graines qui n’ont subi aucune préparation; quelquefois même ils se dévorent les uns les autres : aussi ne méritent-ils pas d’être comptés parmi les hommes ». (Prolégomènes Slane 1863, Tome 1, p. 115)

par Emmanuel Aubriac - le 30 juillet, 2017



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