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Démocratie et tolérance à la violence

16/03/2019 | par Jean-Michel Muglioni | dans Politique | 8 commentaires

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ANALYSE : Alors que l’acte XVIII des «gilets jaunes» a été marqué par un regain de violences à Paris, iPhilo publie ce texte de Jean-Michel Muglioni, paru le 20 février dans Mezetulle. Le philosophe s’interroge sur les différences de réaction face aux violences, selon qu’elles sont commises par des manifestants ou des représentants de la République. Il y voit un dangereux rejet des institutions, nourri par le ressentiment d’une société qui se sent méprisée et dépossédée.


Docteur d’Etat et agrégé en philosophie, vice-président de la Société Française de Philosophie, Jean-Michel Muglioni a enseigné la philosophie pendant plus de trente ans en classes préparatoires, notamment en khâgne au lycée Louis-le-Grand. Contributeur régulier de la revue de Mezetulle, il a publié La philosophie de l’histoire de Kant (Hermann, 2e édition revue 2011, 1ère éd. PUF, 1993) et Repères philosophiques (Ellipses, 2010).


Depuis novembre 2018, tous les samedis : blocage de ronds-points ou de péages d’autoroute, et manifestations généralement non déclarées en ville, qui dégénèrent en batailles rangées avec la police, quand ce n’est pas en pillage et destruction systématique des boutiques et des banques ; et par-dessus le marché, attaques de gendarmerie, de préfectures, de tribunaux, d’un ministère, violences contre des journalistes, etc., sans compter la violence de slogans, notamment antisémites, dans la rue et des propos tenus sur les réseaux sociaux (1). Quelques dizaines de milliers de manifestants dans toute la France, quelques centaines dans quelques villes, refusent les règles jusque-là en vigueur pour manifester, et l’ensemble de la population semble non seulement tolérer ces violences, mais les approuver et se réjouir même de pouvoir y assister sur ses écrans comme si c’était une série télévisée. Les menaces contre les élus, les exactions commises contre certains d’entre eux n’émeuvent pas davantage.

Pourquoi cette violence est-elle approuvée ?

On peut expliquer cette tolérance à la violence par une sympathie pour les revendications des manifestants. Ce que les syndicats, ou plutôt ce qu’il en reste, n’ont pu obtenir par la voie normale a été concédé par le gouvernement : chacun peut donc penser que la violence seule permet d’être entendu et d’obtenir satisfaction. On peut insister aussi sur le rôle des médias, des chaînes d’information continue (les manifestants n’ont pas besoin de s’organiser, ils n’ont qu’à les regarder pour savoir où se rendre) et surtout des réseaux sociaux, avec tous les mensonges qui y circulent. On sait aussi que des officines spécialisées, parfois depuis des pays étrangers mais fort bien organisées chez nous, y distillent des fausses nouvelles et de fausses images. On peut aussi penser que les images – vraies ! – des heurts avec la police expliquent la sympathie pour les manifestants. La réponse de la police, est, quoi qu’on dise, mesurée, le mot d’ordre étant d’éviter à tout prix qu’il y ait un mort, et cela depuis la mort de Malik Oussekine, le 6 décembre 1986. Mais ces batailles rangées ne peuvent que paraître insupportables à l’image, avec d’un côté le désordre d’hommes apparemment sans défense, et de l’autre des policiers ou des gendarmes en rangs serrés, casqués, avec des sortes d’armures, équipés de boucliers, de gaz lacrymogène, de grenades GLI-F4 et de flashballs (l’usage de ces armes étant plus que discutable) : ils ont le rôle des méchants, d’autant qu’inévitablement certains perdent leur calme ; et il y a toujours un téléphone portable pour les filmer. Au contraire, qu’un boxeur retraité mais en pleine forme malgré les gaz lacrymogènes perde la tête et en vienne à frapper à terre à coups de pied un garde mobile, le voilà qui passe auprès des manifestants pour une victime.

Que cette violence n’est pas nouvelle et n’a jamais beaucoup indigné

Je ne me prononce pas sur le sens de ces événements, dont les causes sont profondes et dont on ne peut mesurer les conséquences. Je dis seulement ici mon étonnement devant le fait que cette violence ne choque pas, sauf lorsqu’il s’agit d’en accuser les forces de l’ordre, violence policière en effet choquante, si elle est établie, mais l’indignation sélective est une constante de l’histoire. D’où vient donc que la violence soit tolérée et en particulier lorsqu’elle vise non pas seulement les forces de l’ordre, mais les institutions ? Il est vrai que ce n’est pas un phénomène nouveau. Les pompiers en sont depuis longtemps victimes, et sans doute n’est-ce pas dans les mêmes quartiers : mais quel soutien ont-ils reçu ? Je ne sache pas non plus qu’il y ait une levée de boucliers lorsque des instituteurs ou des professeurs en sont l’objet de la part d’élèves ou de leurs parents. La situation de conflit, de violence même, qui règne dans de nombreuses classes depuis longtemps ne provoque guère d’émotion. Les gouvernements successifs (et les syndicats) ne l’ont pas prise en compte, et les associations de parents d’élèves ne paraissent pas non plus s’émouvoir. Quand un chef d’établissement de qualité est amené à dire à un professeur qui arrive dans son lycée qu’il n’y est plus question de pédagogie mais de gestion de conflit, il faut s’attendre au pire dans tout le pays. Le personnel hospitalier n’est-il pas lui aussi l’objet de violences ?

Autre exemple : le tollé produit par la limitation de vitesse et la destruction systématique des radars qui mesurent la vitesse des automobilistes, alors qu’il est incontestable que depuis qu’ils ont été installés, le nombre de morts sur les routes diminue –  on peut maintenant s’attendre au pire. Il n’y a aucune commune mesure entre la décision de limiter la vitesse et la violence qui lui répond, quand même on admettrait qu’à certains endroits cette limitation était inutile. La violence routière est non pas seulement tolérée mais approuvée, généralement par les hommes en apparence les plus paisibles. Je n’ai pas vu non plus, au moment des manifestations contre la loi El Khomri, que la France ait paru scandalisée de la casse – casse que j’ai pu constater encore après le 1er mai 2018, à Paris, avenue Ledru-Rollin près de chez moi où des devantures étaient en morceaux, casse pratiquement impunie pendant que des jeunes gens de bonne famille, inoffensifs, qui se trouvaient ingénument au milieu de la bagarre, devaient passer la nuit au poste au grand dam de leurs familles qui s’en sont donc prises à la police. Le pays a-t-il été choqué de voir des universités dévastées au printemps dernier ? Et pour finir, provisoirement, je n’ai pas vu que les dix ou onze morts dus aux divers barrages routiers aient ému les populations ou les médias : ce sont de malheureux accidents. Faut-il admettre que n’importe quel mécontent coupe une route et ainsi provoque des accidents mortels ? Quand des manifestants qui en sont responsables sont allés rendre hommage aux victimes avec des bougies, cela n’a pas choqué, mais on a jugé maladroit que la police arrête leur meneur qui avait annoncé qu’il irait manifester sans en demander l’autorisation légale, disant qu’il allait poser des bougies en hommage à ces victimes – ses victimes. Qu’aurait provoqué une bavure policière faisant un mort ? Tout se passe donc comme si toute forme d’autorité venant d’une institution de la République était rejetée et que la désobéissance à la loi (2) et la violence, non seulement allaient de soi, mais étaient approuvées. Les gilets jaunes sont de leur temps, ils sont d’un pays où tout est conflictuel et où aucune autorité n’est reconnue.

Des raisons de la colère

Les lecteurs de Mezetulle le savent, je ne doute pas qu’une politique libérale, au sens du libéralisme économique, soit par nature contraire à l’idée républicaine, et qu’elle choque plus en France que dans d’autres pays européens. Lorsqu’on considère, cela depuis longtemps et partout dans le monde, que l’enrichissement financier doit être le moins possible réglé par la loi et que la bonne marche de l’économie requiert une baisse des impôts, c’est une remise en cause du principe même de la redistribution. Il ne suffit pas de dire que les inégalités s’accroissent : elles sont le principe d’une telle économie (même si la France a jusqu’ici été un des pays les moins touchés par ce mouvement), et il ne faut pas alors s’étonner que le respect des lois, ce qu’on appelait le civisme, en soit affecté et qu’en conséquence la violence ne choque pas. Mais la violence actuelle s’oppose-t-elle vraiment au libéralisme, lorsqu’elle exprime un ras-le-bol fiscal, comme on dit ? Les tenants du régime libéral considèrent eux aussi que le niveau des taxes en France est trop important et doit être aligné sur ce qui se passe ailleurs – ce qui, il faut sans cesse le rappeler, implique une baisse de la protection sociale.

Le ressentiment et ses symboles

Autre exemple : la signification qu’on dit symbolique de l’impôt sur la fortune (3). Cet impôt pourtant ne rapporte pas grand-chose à l’État (donc ne sert pas vraiment pour la redistribution). Son invention n’était qu’une manière de faire croire qu’on taxait les plus riches : il aurait fallu plus de courage pour faire une vraie réforme fiscale. La réussite de cette supercherie est complète puisque aujourd’hui ce symbole compte plus aux yeux des moins riches qu’une véritable justice fiscale, qui par exemple porterait sur les héritages. Ce ressentiment à l’égard des prétendus riches n’enrichira pas les pauvres, mais rend sans doute tolérant envers les violences. Et inversement, la suppression d’une partie de cet impôt était symbolique pour les investisseurs qui y voyaient un signe de la France en leur faveur. Se battre ainsi à coup de pseudo-symboles ne constitue pas une politique. Et quand même ceux des investisseurs potentiels qui ont quitté la France pour échapper à sa fiscalité reviendraient, est-on sûr qu’ils investiront en France ou même, si c’est le cas, que cet investissement n’enrichira pas les actionnaires, dont ils feront partie, plus que le pays ?

Le refus de la loi et des institutions en tant que telles

Quelques milliers de personnes manifestent par procuration pour tous ceux qui refusent ses institutions, ou plutôt toute forme d’institution : cette manière de tolérer la violence participe de ce qu’il faut bien appeler un refus d’obéir à la loi. On trouve une part de l’explication dans un article d’André Perrin, qui montre quel discours est tenu par de prétendus philosophes ou sociologues pour qui obéir à la loi est un esclavage. Ceux des intellectuels qu’on peut entendre sur les médias sont loin d’être tous républicains et de se souvenir qu’on sait depuis l’Antiquité que seule la loi garantit la liberté contre toutes le formes de despotisme.

Certes, la tolérance à la violence peut venir du sentiment que la loi n’est qu’un instrument au service d’intérêts particuliers et non de l’intérêt général. Un exemple trop clair est la manière dont les autoroutes ont été cédées à des entreprises privées pour les enrichir. De là la plus grande confusion. Mais s’il est vrai que des lois sont utilisées pour conforter les pouvoirs en place et d’abord celui de l’argent, pourtant lois et institutions, c’est-à-dire l’État de droit, sont les seules limites à leur puissance. Et si le marxisme révolutionnaire n’a plus guère d’influence en France, l’idée qu’il y a une violence capitaliste qui justifie le recours à la violence dans la rue demeure ancrée dans les esprits – quand elle n’est pas publiquement proclamée. Faut-il confondre, sous la dénomination de violence « symbolique », l’injustice sociale (réelle) et la violence physique, c’est-à-dire remettre en cause l’État de droit ? La loi passant pour l’expression de la violence des puissants et les institutions pour ce qui perpétue leur domination, il faudrait désobéir et s’insurger. L’habitude de mettre sur le même plan l’injustice sociale et les violences urbaines revient finalement à justifier le pillage ou la casse. Et quand les revendications sociales légitimes finiront par être confondues avec le brigandage, il faudra craindre que les plus défavorisés n’en tirent pas profit. Comme toujours, les spectateurs «tolérants» font le jeu des pouvoirs : il faut s’attendre à des retours de bâton.

Qu’en effet nos institutions ne sont pas républicaines : le problème de la représentativité

Voici peut-être le plus étrange. Il semble en effet qu’on puisse expliquer – et même justifier – la tolérance envers les violences qui accompagnent le mouvement des Gilets jaunes, ou qu’il provoque lui-même, par la prise de conscience générale de l’insuffisance radicale du système électoral : les révoltés représenteraient en ce sens mieux le peuple que les élus. Or, en France, le plus grand nombre approuve l’institution présidentielle, c’est-à-dire l’élection au suffrage universel direct d’un président de la République qui a plus de pouvoir que celui des États-Unis d’Amérique. Comme si, selon un mot que j’ai entendu récemment, les mêmes étaient et royalistes et régicides. On élit un homme, et dès le lendemain de son élection, il est l’objet de toutes les contestations, le pays est informé régulièrement de la courbe descendante des sondages de sa popularité, et pour le dernier, dix-huit mois après son élection, on veut le renverser : le prochain tiendra-t-il un an, et son successeur six mois ? Cette élection est nécessairement au scrutin majoritaire puisqu’elle ne peut donner qu’un seul élu, et l’on ne voit pas pourquoi il devrait renoncer à mener la politique définie par son programme électoral et faire celle des candidats battus – même si cette élection revient depuis longtemps à élire par défaut un candidat qui paraît moins désastreux que son adversaire du second tour. L’élection législative n’étant plus qu’une manière de donner une majorité au président élu, le rôle du parlement se trouve réduit, sinon supprimé. Pourquoi dès lors s’étonner que les représentants du peuple ne soient plus considérés comme ses représentants ? Ou encore, un référendum dit « non » et un peu plus tard les députés font passer ce qu’il refusait. Il n’y a pas démocratie, ou plutôt il n’y a pas république quand le pouvoir exécutif l’emporte sur le pouvoir législatif qui devrait être l’expression de la souveraineté du peuple. La constitution de la Cinquième République l’a voulu. L’élection du chef de l’exécutif au suffrage direct est en un sens démocratique, mais elle est contraire à l’idée républicaine. Une démocratie en apparence directe reposant sur des pétitions signées sur internet serait-elle un remède, ou risquerait-elle de remplacer l’omnipotence de l’exécutif et la « mainmise de quelques énarques sur le pouvoir » par celle de groupes de pression bien organisés ? Car rien n’est plus facile que de fabriquer un groupe sur internet.

Les corps intermédiaires

De leur côté les syndicats n’ont que très peu d’adhérents et ne peuvent pas davantage passer pour représentatifs. Il y a une relation nécessaire entre d’un côté la baisse du taux de syndicalisation et la quasi-disparition de partis politiques où l’on pouvait s’opposer par la parole, et de l’autre la violence. Quand entre le monarque et le moindre citoyen il n’y a plus d’intermédiaires, c’est tout ou rien, l’adulation ou la haine. Jupiter ne risquait pas grand-chose à régner sans mesure sur les dieux. Si ce n’est pas un despote dont le bras peut s’abattre à chaque instant sur son vizir et celui du vizir sur ses hommes, le plus puissant des hommes ne peut rien sans de multiples médiations sur lesquelles son pouvoir s’appuie dans tout le pays. Mais les intermédiaires (4) eux-mêmes ont perdu toute crédibilité : ont-ils rempli leur rôle ou bien ont-ils été trop souvent plus attentifs à leur clientèle ? Ce qui ne date pas d’aujourd’hui (5).

La colère contre un prétendu mépris

Voici peut-être – et il s’agit toujours du refus de la loi – une source de la violence et de l’approbation qui la rend possible : le discours, complaisamment repris par de nombreux journalistes et de nombreux politiques, qui accuse les élus, les gouvernants, les « élites », les Parisiens, de mépriser le peuple, manière là encore de justifier une colère qui dégénère en violence. J’ai bien vu que le sentiment d’être méprisé est vif. Il me paraît essentiellement fondé sur l’incapacité des politiques de s’adresser au peuple, entendu cette fois au sens républicain du terme, c’est-à-dire sur l’incapacité de parler au citoyen en tant que tel – la société civile ayant en effet la priorité sur l’État. On en est arrivé au point où personne ne peut rien dire sans passer pour arrogant ou prétentieux. C’est aussi bien pourquoi l’autorité d’un professeur, en tant qu’elle repose sur le savoir, n’est plus reconnue. Quand circule un mensonge caractérisé, il est arrogant de le dénoncer. Dominique Schnapper analyse cet esprit démocratique antirépublicain et on lira avec intérêt ses réflexions sur la haine et le ressentiment qui naît d’un certain égalitarisme démocratique. Il est contraire à l’égalité démocratique ainsi entendue qu’un homme soit plus savant qu’un autre et à ce titre chargé d’instruire des ignorants, d’autant qu’il n’y a plus d’ignorants puisque tout le monde a internet. Qualifier un discours de professoral est une injure.

Je sais qu’un gouvernant ou un élu n’a pas à parler en professeur, comme si le peuple était composé de ses élèves, ni à abandonner le pouvoir à des experts, même les plus compétents. Je soutiens même que la politique n’est pas affaire de compétence. La souveraineté du peuple ne consiste pas à juger des compétences : l’élection n’est pas un concours de recrutement. Mais lorsque n’importe quelle «opinion» reproduite ou non à des milliers ou des centaines de milliers d’exemplaires prévaut sur une information véritable, la démocratie est bien le contraire de la république. Comme me le dit un ami, qu’on puisse, en matière de politique, critiquer une opinion lorsqu’elle repose sur une erreur factuelle paraît illégitime à ses élèves pourtant intelligents et studieux : «on a le droit de penser ce qu’on veut». Opposer une vérité à une opinion manifestement absurde, voilà donc le comble de l’arrogance. Chacun fait valoir son opinion comme un droit absolu, et se dit blessé si vous la considérez comme fausse. Oserai-je opposer l’idée républicaine à la démocratie de l’opinion, à la démocratie d’opinions circulant sur les réseaux sociaux (6) ? Si le peuple se réduit aux groupes formés lors de rencontres virtuelles, même transformées en rencontres réelles, comment les diverses décisions qui en résulteront pourront-elles avoir force de loi ? Quelle autorité pourra dès lors être reconnue ? Car la tolérance à la violence signifie bien le refus de reconnaître toute autorité, quelle qu’elle soit, le refus de reconnaître qu’il y a une autorité légitime du professeur, du médecin ou de la loi.

Lire aussi : L’avenir du politiquement correct, c’est le populisme ! (André Comte-Sponville)

Ainsi d’un côté, sur les réseaux sociaux chacun peut lire – ou écrire – les pires obscénités, les plus violentes injures, des menaces de mort et de torture, de l’autre un homme public ne peut plus rien dire sans qu’immédiatement son propos «fasse polémique», comme on dit et qu’il soit accusé de mépriser le peuple. Était-ce «extrêmement blessant» de dire, comme alors le ministre Macron, que l’illettrisme de femmes mises au chômage les empêchant de passer leur permis de conduire, elles ne pouvaient aller travailler à 60 km comme on le leur proposait, de sorte qu’elles étaient prisonnières de leur situation, ou était-ce montrer à quel point elles étaient victimes ? Mais il a fallu qu’il s’excuse. Dire qu’il y a parmi les manifestants des factieux et des foules haineuses, est-ce s’en prendre à tous les manifestants ? Mais le moindre manifestant se dit stigmatisé ou méprisé par ces mots. Peut-être un politicien plus habile ou plus retors aurait-il évité de parler ainsi pour ne pas produire ce genre de réactions, mais que peut-on dire sans irriter ? Chacun a pu remarquer que tout propos critique ou seulement maladroit, quel qu’en soit l’objet, et en dehors même de la politique, provoque les hauts cris de telle ou telle association, ou de tel groupe qui se dit ulcéré, et son auteur doit s’excuser, quand il n’est pas poursuivi en justice et que la justice parfois prend la défense de l’accusation (7). Ainsi nous sommes revenus au temps où le blasphème était un crime : la critique d’une opinion est un blasphème, ou, inversement, au lieu de faire la critique d’une opinion, on attaque son auteur en justice. Un débat est impossible dans ces conditions, car un débat suppose qu’on puisse s’opposer par la parole sans qu’un désaccord implique la remise en cause de celui qui parle et sans que chacun se dise blessé au moindre mot qui ne lui plaît pas. Abstraction faite de tout jugement sur les politiques menées depuis longtemps et les revendications des manifestants, je suis perplexe devant ce que j’entends, ce que je peux lire sur les réseaux sociaux et ce que prétendent éprouver les acteurs de cette crise. Que telle parole soit considérée comme fausse, telle politique comme mauvaise, il est permis de le penser, de le dire, de manifester pour s’y opposer, que ces revendications soient fondées ou non. Mais sans que la haine prenne le pas sur ces revendications, et le ressentiment sur l’exigence de justice. Comme dit Speranta Dumitru, l’opinion publique se soucie plus de prendre aux riches que d’améliorer la vie des pauvres, et l’affaire de l’ISF le montre à l’envi. Et c’est bien cela, le ressentiment sur lequel il y a chez Nietzsche une réflexion qui mérite qu’on s’y arrête, et par laquelle il caractérisait justement l’esprit démocratique dont je parle ici (8). La tolérance à la violence, comme la violence, procède de ce ressentiment.

La violence remplace le nombre

La violence aujourd’hui remplace le nombre. Une manifestation de plusieurs centaines de milliers ou de millions de personnes n’a pas besoin pour se faire remarquer de tout casser, contrairement à un défilé de quelques milliers ou de quelques centaines de personnes. La colère (peu importe qu’elle soit ou non justifiée, là n’est pas la question) de quelques-uns seulement passe pour mieux représenter le peuple que le suffrage universel. Et ces insurgés vous menacent au carrefour si vous ne leur donnez pas raison et vous contraignent à mettre un gilet jaune sous votre pare-brise si vous voulez passer. Ce terrorisme – car c’est de cela qu’il s’agit – est-il un simple accident ? L’intervention de factieux et de casseurs quasi professionnels, qu’ils tiennent un discours révolutionnaire ou non, n’explique pas la violence des discours et des actes des manifestants ordinaires. La casse est-elle l’ultime forme de représentation dans une démocratie représentative mal en point ? Les injures racistes (9), sexistes etc., en sont la conséquence inévitable.

Représentation et réalité

Pour qui veut comprendre, je ne dis pas agir, car je n’y suis pas habilité, la difficulté, comme toujours en matière de politique, est de distinguer la représentation que les hommes se font d’une situation et la réalité, dont ces représentations font aussi partie. Je ne m’étonne pas que des hommes dont la vie est à bien des égards moins dure que celle de leurs ancêtres ou que celle de la plupart des pays du monde ne supportent pas de ne pas pouvoir s’offrir ce qu’à longueur de journée le harcèlement publicitaire leur fait miroiter. Les plus jeunes veulent des «marques» et leurs parents finissent par céder et se ruiner. Il est maintenant obligatoire d’acheter des ordinateurs. On se précipite sur les portables dernier cri, sur les grands écrans, et ces achats sont nécessaires à la bonne marche de ce qu’on appelle l’économie. Je ne m’étonne donc pas de l’endettement de ceux qui n’y résistent pas, puisque ce harcèlement est fait pour les séduire. Je ne m’étonne pas de ce que des ménages dont les salaires ne sont pas indignes ne puissent alors boucler leurs fins de mois. Jamais sans doute il n’a été aussi difficile non pas de s’acheter de quoi vivre, mais de savoir comment s’organiser pour ne pas être noyé dans la profusion de marchandises qui nous submergent. Peut-on, si l’on y réfléchit, se promener sans malaise dans les rayons d’un supermarché ? On sait aussi que les plus aisés savent mieux faire le tri. Je ne m’étonne pas dans ces conditions du ressentiment d’une part de la population à l’égard de ceux qu’on appelle «les riches», dont je suis, ma femme et moi étant retraités de l’Éducation nationale : riche et pauvre sont des termes relatifs (10). De même que la crainte de l’immigration n’est pas proportionnelle au nombre de migrants mais est nourrie par des discours racistes et xénophobes, de même le ressentiment n’est pas proportionnel au niveau de pauvreté. L’extrême droite a toujours opposé le peuple à ses élites. Et que la démocratie, ce soit aussi la rue, un candidat malheureux aux élections présidentielles l’a proclamé. Dans les deux cas, les institutions sont remises en cause. Ce qu’on appelle le populisme et les violences qu’il génère vient-il du peuple et de la misère réelle d’une partie du peuple, ou de ce que le peuple subit sans cesse des discours démagogiques qui cultivent le ressentiment ? Là où règne l’opinion, il n’en peut être autrement. Ces discours trouvent dans le dénuement réel de certaines populations un terreau fertile et il aurait fallu s’en préoccuper, mais il n’est pas sûr que ces violences et ces haines viennent des plus démunis auxquels ces violences n’apporteront aucun remède, et ils le savent.

Conséquences

Toujours est-il que, étant tolérées, tant d’expressions violentes de tant de haine ne peuvent pas rester sans conséquences. La violence verbale des réseaux sociaux devait se transporter dans la rue : on ne s’injurie pas sans conséquences. Aujourd’hui, n’importe qui risque à tout moment de passer à l’acte et il ne faudra pas s’étonner alors des pires exactions et même des crimes. Tous ceux qui ne sont pas choqués par la violence des discours et par les violences, non pas des casseurs «professionnels», mais de braves gens qui manifestaient souvent pour la première fois de leur vie – s’étonne-ton du comportement de ces novices ? – tous ces «tolérants» approuveront-ils alors ? Ai-je tort de m’alarmer devant cette crise de la cohésion sociale ? Il est vrai que cette crainte repose sur l’idée que les conflits qui déchirent cette société n’ont pas pour fondement le problème réel du pouvoir d’achat (ni, il semble pourtant qu’on n’en parle pas assez, celui plus grave du logement, qui est une raison essentielle du premier et qui a une longue histoire en France), mais qu’il a des causes plus profondes : par exemple la difficulté de parler de la France de 1940-45, de la guerre d’Algérie, de la décolonisation et même de la laïcité me semblent en être le symptôme.

1 – [NdE] Il me semble important de préciser ici que Jean-Michel Muglioni a rédigé ce texte bien avant le 16 février 2019 (date à laquelle Alain Finkielkraut a reçu publiquement des injures antisémites).
2 – J’ai entendu le journaliste Claude Weill en faire judicieusement la remarque à l’émission C dans l’air du lundi 7 janvier sur la 5. Cf. http://www.mezetulle.net/article-je-veux-payer-des-impots-par-j-m-muglioni-122823777.html
3 – ISF, impôt sur la fortune créé en 1981, supprimé en 1987, sans déclencher de haine contre les gouvernants, repris en 1989 et remplacé en 2018 par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).
4 – L’appellation « corps intermédiaires », il faut le rappeler, date de l’Ancien Régime, comme l’usage fait aujourd’hui du terme de territoire au pluriel, comme s’il n’y avait pas qu’un territoire national.
5 – Une remarque hors-sujet. Il est vrai aussi qu’aucun homme ni aucun parti n’a été capable de proposer un programme qui reçoive l’approbation de plus d’un quart des suffrages exprimés, de sorte qu’une assemblée élue au suffrage proportionnel et en un sens vraiment représentative serait ingouvernable, à moins que différents partis n’admettent de s’allier, comme en Allemagne (il leur a fallu six mois pour cela, alors que ce genre de négociation leur est familier), où pourtant les choses ne vont pas aussi bien qu’on le dit. Ce qu’un citoyen assez mal informé comme moi peut comprendre ne permet pas de voir quelle issue trouver à la crise actuelle qui vient de loin. Je dis « la proportionnelle en un sens représentative » parce qu’en un autre sens elle laisse les partis décider des listes de candidats et de l’ordre dans lequel ils sont présentés, de sorte que les partis choisissent eux-mêmes les députés. Le scrutin majoritaire par circonscriptions permet au contraire à l’électeur de choisir son député. Tout système de représentation a donc ses défauts.
6 – Il ne suffit donc pas de rappeler les conséquences nocives des réseaux sociaux. L’usage qui en est fait est second relativement à l’esprit démocratique qui sanctifie l’opinion de chacun : ce nouvel instrument de la démocratie d’opinion n’en est pas le principe.
7 – La manière dont s’est déroulé le procès intenté à Georges Bensoussan est à cet égard significative.
8 – Il est vrai aussi que Nietzsche en vient à voir le ressentiment dans les plus hauts idéaux, y compris l’idée républicaine. Mais sa généalogie des passions humaines nées du ressentiment éclaire bien notre époque. Où l’on remarquera qu’il est aussi facile de faire passer pour du ressentiment une véritable exigence de justice que de prendre pour une revendication de justice son propre ressentiment.
9 – J’ajoute – ce que j’ai honte d’ajouter après la lecture du cri d’alarme de Joann Sfar, le 10 février 2019, car j’aurais dû le dire plus tôt – qu’il est remarquable que les slogans, graffitis et déprédations antisémites, qui auraient à coup sûr été condamnés avec force par tout le monde, journalistes, associations, partis politiques et pouvoirs publics, soient tolérés, et que sous prétexte que ce mouvement serait populaire, il est inconvenant de dire que les gilets jaunes en sont pour le moins complices. Parlant de cette dérive, Joann Sfar écrit, ce qui résume mon propos : « il faut encore subir les durs d’oreille qui m’expliquent que ce n’est pas représentatif. Pas représentatif? C’est une constante depuis les origines de ce mouvement. Ce qui est représentatif, c’est la lâcheté de ceux qui regardent ailleurs… ». Cette lâcheté a pour conséquence que les revendications justifiées exprimées par ce mouvement seront discréditées.
10 – Près de 7 milliards d’êtres humains sont aujourd’hui plus pauvres que moi.

 

Jean-Michel Muglioni

Né en 1946, vice-président de la Société Française de Philosophie, Jean-Michel Muglioni a enseigné la philosophie pendant plus de trente ans en classes préparatoires, et jusqu'en 2007 en khâgne au lycée Louis-le-Grand. Agrégé de philosophie, il a également soutenu en 1991 une thèse de doctorat d'Etat sur la philosophie de l'histoire de Kant. Il contribue règulièrement à la revue de Mezetulle. Il a signé comme auteur La philosophie de l'histoire de Kant (Hermann, 2e édition revue 2011, 1ère éd. PUF, 1993) et Repères philosophiques (Ellipses, 2010).

 

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Commentaires

En somme, vous avez la nostalgie du socialisme et de sa sacro-sainte  » redistribution  » des richesses…à la création desquelles, il se montre, depuis des décennies , incapable de participer ! Vous me permettrez de ne pas partager votre angélisme. Comme beaucoup, au début de l’ère Macron, je me suis enthousiasmé . Ordonnances sur le Code du travail , baisse des charges sociales, réforme de la fiscalité du capital : la France allait retrouver sa compétitivité, enrayer cette désindustrialisation proprement terrifiante dont , bien sûr, les classes populaires ont fait les frais les premières . On allait oublier les 35 heures , la retraite à 60 ans, l’imbécile impôt sur la fortune , toutes ces mesures qui ont fait fuir les investisseurs, sortir de tous ces errements socialistes qui plombent notre pays depuis le début des années 2000, retrouver le chemin de la croissance. J’avais voté pour Macron , plus par rejet de Mélenchon et Le Pen que par conviction, mais je retrouvais confiance en mon pays. Mon euphorie, hélas, fut de courte durée.
D’abord, je vis ce pouvoir, n’ayant pas le courage d’allonger l’âge de départ à la retraite, augmenter la Csg des retraités , puis bloquer à 0,3% la hausse de leurs pensions . Bref, choisir de flinguer une partie de la population, en tentant même de la culpabiliser : ces retraités n’étaient-ils pas des “ privilégiés “ , devant se sacrifier pour les actifs ? Ensuite , j’assistai à l’un de ces énormes cafouillages dont les énarques français ont le secret : tenter , pour compenser le manque à gagner du renoncement à la taxe d’habitation, d’augmenter celle sur les carburants, au nom, cette fois, de l’écologie. Kolossale finesse, qui n’échappa pas au bon sens populaire et nous vaut , depuis près de quatre mois, les Gilets Jaunes dans la rue. Enfin je vis avec effarement, ce pouvoir incapable d’entamer la baisse des dépenses publiques, laisser ses ministres rivaliser d’imagination pour proposer de nouveaux impôts ! Il prévoit même d’augmenter l’impôt sur les successions, alors qu’il faudrait au contraire faciliter les donations, afin que la transmission des patrimoines facilite le démarrage dans la vie de la jeunesse.
Aujourd’hui , je ne peux qu’en faire le constat : nous ne sommes pas sortis du socialisme. Notre gouvernement est incapable de s’engager à ce qu’aucun Français ne paie un impôt de plus au cours du quinquennat. Pire : il est incapable de s’attaquer à la diminution de notre dette, sans laquelle rien de sérieux ne peut être entrepris pour adapter le pays au nouveau monde. Et il n’est même pas capable de faire respecter l’ordre républicain, attaqué dans la rue chaque samedi par l’extrême-gauche et l’extrême-droite. Macron/Hollande, même immobilisme ? J’en ai bien peur.

par Philippe Le Corroller - le 17 mars, 2019


Je demande pardon d’avance pour la manière dont je vais répondre à cet écrit très bien argumenté, qui recueille mon respect, et ma sympathie sur bien des points, mais avec lequel je suis en désaccord sur d’autres…
D’abord, pour la loi… il y a 600 et quelques mitzvah (orthographe ?) qui sont les commandements ordonnant la pratique de vie quotidienne d’un Juif croyant. Si mes souvenirs sont bons, le dernier mitzvah ordonne de ne pas respecter la totalité des 599 autres. J’y vois une grande lucidité sur le piège que peut exercer l’idolâtrie de la loi dans nos vies, ainsi que de son pouvoir à nous sauver. Le problème étant que, dans l’univers qui est le nôtre où le bien et le mal se donnent la main sans qu’on puisse jamais les désunir, « nous » croyons de manière inébranlable qu’il faudrait toujours plus de ce qui est bon, et nous ne voulons pas voir que le mieux est l’ennemi du bien… Toujours plus de loi(s) finit par avoir raison de la loi, et surtout du respect de la loi. C’est universel, ça, et ça court sur toutes les époques de l’histoire, y compris de ce pays.
La généralisation/démocratisation de la lecture nous conduit à un monde où tout le monde DOIT savoir lire, et… la loi en fait son miel. La loi et ses complications explosent dans nos vies, avec l’exigence que de plus en plus de lois soient respectées. Cela finit par… impatienter tout le monde, et il y en a des victimes dans toutes les classes sociales, avec des variations importantes, certes, dans la manière dont on est victime.
Je vois avec M Muglioni une crise DE la représentation en Occident. En sachant que… à la Réforme il y avait déjà une manifestation de cette crise DE la représentation, à la Révolution Française aussi, et que cette crise se résout sur le long terme, à travers de multiples épisodes maintenant au profit de l’individu, et de la souveraineté/légitimité/autorité de l’individu dans la société, dans un élan égalitariste.
Les nouvelles technologies poussent M et Mme Tout le Monde de plus en plus à considérer qu’ils peuvent faire l’impasse de la représentation, et la corruption du système démocratique, corruption inévitable dans le processus, et la structure de la démocratie elle-même, attaque les principes sur lesquels toute représentation se repose, tant les élus sont pressés de.. plaire à ceux qui les élisent, et leur confie ce pouvoir rendu de plus en plus tenu…par les nouvelles technologies.
Et franchement, sans être (trop) provocatrice, qu’est-ce qu’une République…française… qui n’a pas de frontières pour la contenir, et même la définir, comme république ? Cette question mérite d’être posée, et considérée, du moins. Le nouvel idéal universaliste totalisant continue à faire son travail de rouleau compresseur dans nos têtes, et l’individu souveraine(ment) libre décrie la frontière contenante comme étant une atteinte à sa liberté.
Nous sommes les victimes consentantes et aveugles de ce que nos nouveaux outils/gadgets font de nous, et le moins qu’on puisse dire, c’est que la liberté qu’ils nous donnent d’un côté se paie d’une liberté enlevée d’un autre. Sans dire, même, que l’idéal libéral de la liberté est l’individu souverain atome/connecté au nouveau.. gouvernement ? par Internet, seul et libre chez lui, se croyant indépendant et autonome, mais o combien dépendant.. du réseau invisible à ses yeux.
Enfin, pour la violence… notre horreur de la violence, du conflit sous toutes les formes n’a pas de limites, et cela, loin de nous rendre plus civilisés, augmente la pression déjà considérable que nous NOUS mettons dans nos vies pour être de bons nounours bien policés et gentils. Que notre violence se manifeste par identification avec ceux qui font de la casse, cela n’a rien d’étonnant. Peut-être que « nous » irons mieux quand nous parviendrons à nous.. pardonner ? un peu plus NOTRE violence, qui est bel et bien LA NOTRE, au lieu de nous imaginer que la violence est TOUJOURS celle de l’autre ? Et que la violence fait partie de l’expérience de la vie vivante, AVEC SES RISQUES… vitales pour soi, et pour l’autre ?
Expression de notre héritage religieux chrétien, dont c’était un des préceptes de penser que l’Homme était pécheur de nature, et qu’il n’y en avait pas qui étaient plus pécheurs que d’autres au fond de l’âme. Démocratie du péché pour nous contenir et nous.. ravaler à notre nécessaire rang de créature de temps en temps. En voilà un beau… salut.

par Debra - le 17 mars, 2019


Je me dis depuis le début de ce mouvement que les personnes qui n’ont eu pour « éducation  » politique que les « Guignols de l »info » et autres guignols sévissant dans toutes les radios et chaînes TV ne risquent pas d’avoir le recul nécessaire pour juger de l’importance du politique dans leur vie de tous les jours et n’ont aucune chance de penser la société réelle qu’ils voudraient pour demain. Ils découvrent avec enthousiasme la solidarité sur les rond-points parce que jusqu’alors ils ne savaient pas qu’il était possible d’espérer et de lutter ensemble .

par Catherine Daures - le 17 mars, 2019


Dans tout ce baratin, je ne vois même pas les mots « lutte de classes ».
Pas nécessaire de commenter plus.

par Tarek EZZAT - le 17 mars, 2019


Hello Jean-Michel, entièrement d’accord avec ce que tu dis. J’ajoute juste que je crois que nombre de nos concitoyens adorent la violence et (ou) le spectacle de la violence. La guerre nous manque (Freud, Malaise dans la civilisation). Alors un petit lynchage ou caillassage de pompier ou de flic de temps en temps, ça fait du bien. A défaut, on a le spectacle à la TV et sur réseaux sociaux. Tout cela me fait enrager, comme toi.J’ai des amis très éclairés par ailleurs qui me disent; « on n’obtient rien sans la violence » ! Amities Laurence

par Hansen-LOve - le 18 mars, 2019


Vous évoquez à propos des « gilets jaunes » deux choses qui sont distinctes bien que reliées : la violence, et l’approbation de la violence. La violence observée n’est que le fait de groupuscules anarchistes de droite et de gauche ( les extrêmes se rejoignent). Rejoints par des pillards opportunistes des quartiers dits « sensibles » et autres voyous urbains. La réaction policière à ces déprédations de toutes sortes créant un effet de foule dans lequel s’engouffre une partie des dits « gilets jaunes » pacifiques au début et qui ne perçoivent pas la justification de ce qu’ils subissent en victimes co-latérales. Ensuite la diffusion médiatique en direct ou en différé de ces images ne montrant que ces actions sans en expliquer le contexte ( ou très mal ou de façon orientée ) suscite des réactions d’opinions tranchées ( pour ou contre) et sous l’emprise de l’émotivité ne permet pas de juger de l’origine de cette violence et de sa légitimité dans nos sociétés acquises à la démocratie. Restent les frustrations face à l’affaiblissement de l’Etat qui ne nous semble plus capable de gouverner au mieux et au plus proche de nos préoccupations de base, expliquant la rage de ceux qui souhaitent le renverser avec l’illusion de le rebâtir autrement. Avec le risque de nous jeter dans les bras d’un vrai système dictatorial.

par Abate gérard - le 18 mars, 2019


Les Gilets jaunes
font la démonstration récurrente de leur incapacité à dépasser leur colère et à accéder à la raison en proposant un véritable projet politique. En persévérant dans leur obstination furieuse et stérile, ils s’exposent à l’échec et à la détestation générale.

par Daniel Guillon-Legeay - le 22 mars, 2019


Bonjour,
parler de la « violence » des Gilets Jaunes sans parler de la véritable violence faite aux familles modestes dans ce pays par les politiciens-marionnettes de l’Oligarchie depuis des décennies, est une insulte à l’intelligence des lecteurs.
Posez-vous les bonnes questions:
– Pourquoi le programme avoué,ou le plus souvent caché, des « élites » de ce pays (gôche et Droite confondues) consiste à démanteler méthodiquement le programme du CNR qui a créé au sortir de la guerre un filet de protection sociale pour éviter le délitement de la société donc réduire le recours à la violence de ceux qui n’ont plus rien?
– Pourquoi les « libéraux » parlent-ils de « charges » (connotation péjorative!) au lieu de cotisations sociales,ce salaire différé qui permet de financer la retraite,les soins en cas de maladie,l’aide à l’éducation des enfants ou la garantie d’avoir des revenus (modestes!) pendant les période de chômage?
Je suggère à tous d’examiner objectivement l’attitude du Pouvoir quand il s’agit des émeutes dans les banlieues (combien d’estropiés par usage du LBD,de condamnés à la prison parmi les incendiaires de Grenoble par exemple?) et la répression policière et judiciaire contre les Gilets Jaunes coupables de mettre en péril l’organisation sociale qui privilégie les ultra-riches.
C’est uniquement cela qui explique la violente campagne mensongère de dénigrement des Gilets Jaunes
(antisémites,beaufs,racistes,poujadistes,etc.) par les médias de propagande de l’oligarchie qui a financé l’élection de Macron (18,19% des inscrits lors du 1er tour en Avril 2017 et 14,5% pour LREM,belle légitimité!) et des médias contrôlés directement par le pouvoir (Service dit Public de radio et de télévision).
Essayer de chercher à discerner l’engrenage des causes est plus difficile mais bien plus utile et honnête intellectuellement que de s’ériger en procureur qui ne verrait que les conséquences.
Une fois de plus le proverbe (présumé chinois) convient parfaitement pour décrire l’attitude des multiples contempteurs des Gilets Jaunes:
« Quand le Sage montre la lune l’imbécile regarde le doigt ».

PS: pour les téléspectateurs des chaines d’info instantanée, je précise que les Gilets Jaunes ne veulent pas supprimer l’impôt mais demandent une contribution plus équitable et plus progressive tenant compte des revenus et du patrimoine de chaque citoyen (article 13 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen).

par Jean-Paul B. - le 25 mars, 2019



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