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Le ni-ni, une option révolutionnaire ?

2/05/2017 | par L. Hansen-Love | dans Politique | 7 commentaires

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TRIBUNE – Laurence Hansen-Löve défend le vote utile en faveur d’Emmanuel Macron pour contrer le Front national, au nom de la morale de responsabilité. La philosophe renverse la maxime de La Boétie : «Pour ne plus être libre, il suffit de ne plus rien attendre ni espérer et de laisser faire les autres». 


Professeur agrégée de philosophie, Laurence Hansen-Love a enseigné en terminale et en classes préparatoires littéraires. Aujourd’hui professeur à l’Ipesup, auteur de plusieurs manuels de philosophie chez Hatier et Belin, elle a récemment publié Oublier le bien, nommer le Mal (éd. Belin, 2017). Nous vous conseillons son blog.


 

Sans aller jusqu’à prôner le vote obligatoire dès 16 ans, comme le propose Jean-Luc Mélenchon, je voudrais plaider ici  pour le vote malgré tout, même à contre-cœur, même en faveur d’un candidat honni. Il me semble en effet que la dimension révolutionnaire du non-choix, avancée par certains, reste encore à démontrer.

Lire aussi : Emmanuel Macron renonce-t-il à la philosophie ?

Dans le contexte d’un Etat de droit, l’abstention – lorsqu’elle est réfléchie, délibérée – n’est pas une posture neutre. Si elle est massive, ce qui pourrait être le cas le 7 mai prochain, elle conduit à fragiliser, et, au bout du compte à décrédibiliser la démocratie. Or, si le vote n’est pas le tout de la démocratie, il en constitue tout de même l’un des piliers. S’abstenir, c’est implicitement rejeter un «système» dont on pense qu’il n’est plus amendable. Le refrain est connu: le vote n’est qu’un leurre («Elections piège à cons») – quoi qu’il arrive, seule la «Caste» décide au mépris des intérêts du peuple. Un abstentionniste assumé devrait en toute logique se prononcer pour un autre «système» («réinventer la politique»? )… dont on supposera qu’il sera plébiscité par la rue demain, une fois la démocratie parlementaire dépassée, voire la démocratie tout court abolie : c’est la position claire et conséquente d’Alain Badiou par exemple dans Le Monde.

Mais dans le contexte actuel, plus précisément, quelles seront les implications de l’abstention et du vote blanc? Il y a alors deux cas de figures.

  • Soit Emmanuel Macron l’emporte. L’abstentionniste aura la satisfaction de ne pas s’être sali les mains. Mais, étant donné que la droite dure ne s’abstient pas ou peu, il aura assuré, même si c’est à son corps défendant, un score honorable au Front National, ce qui lui promet une dynamique positive et un succès significatif aux législatives. Dans cette hypothèse, le premier parti d’opposition en France sera probablement le parti de Marine Le Pen. Bien sûr, protestera l’abstentionniste, je n’y suis pour rien, et je n’ai pas voulu cela. Certes… mais il l’aura rendu possible. Morale de conviction contre morale de responsabilité. On se fait plaisir, peu importent les conséquences.
  • Second cas de figure : Marine Le Pen l’emporte. La suite n’est pas écrite. On sait seulement que les enfants sans-papier ne seront plus scolarisés – par exemple. Pour le reste, c’est l’inconnu. Peut-être la révolution, comme l’espèrent certains, mais aussi plus probablement deux référendums et une sortie de l’ Union Européenne : «Fiat justitia, et pereat mundus»(«Que la justice soit faite, le monde dût-il en périr»).

La Boétie disait : «Pour être libre,  il suffit de le désirer». On peut renverser la formule : «Pour ne plus être libre, il suffit de ne plus rien attendre ni espérer et de laisser faire les autres». Tel est le principal ressort de la servitude volontaire. Appelons cela aujourd’hui plutôt l’inconséquence volontaire.

Lire aussi : Les catégories de Bien et de Mal se sont lentement mais sûrement estompées

 

L. Hansen-Love

Professeur agrégée de philosophie, Laurence Hansen-Love a enseigné en terminale et en classes préparatoires littéraires. Aujourd'hui professeur à l'Ipesup, elle est l'auteur de plusieurs manuels de philosophie chez Hatier et Belin. Nous vous conseillons son excellent blog hansen-love.com ainsi que ses contributions au site lewebpedagogique.com. Chroniqueuse à iPhilo, elle a coordonné la réalisation de l'application iPhilo Bac, disponible sur l'Apple Store pour tous les futurs bacheliers.

 

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Commentaires

Alain Badiou veut abolir la démocratie ? Il se trouve une gazette pour accueillir son rêve ? Ma foi , laissons les vaticiner . Pour ma part , j’ai toujours pensé que s’abstenir ou voter blanc c’était opter pour l’impuissance. Comme il me reste encore un peu de testostérone ( et quelques neurones ), je voterai Macron . Et , aux législatives, pour le parti dont les réformes me paraîtront les plus proches de celles que défendait François Fillon. Non par esprit de revanche, mais pour que des réformes authentiques soient réalisées. Pas simplement des demi-mesures attrape-tout, telles que les envisage, pour l’instant, le candidat d’En Marche. Histoire d’enclencher une « cohabitation heureuse » , en somme !

par Philippe Le Corroller - le 2 mai, 2017


LE NI NI c’est une capitulation Jeudi j’étais à une manifestation de colère, le mot d’ordre des soit-disant « révolutionnaire » c’était  » NI LEPEN, NI MACRON » et le journal local LA NOUVELLE REPUBLIQUE a mis en page ce que la majorité bien standardisée avait compris ce fameux ni ni
MOI je n’ai jamais crié cela, et pourtant j’ai gueulé n’en déplaise aux professionnels syndiqués et au discours châtié dites vous , je préfère dit castré! des manifestations de l’année 2016 contre la connerie d’EL KHOMERY
MON SLOGAN C’ETAIT NI LEPEN NE PATRON et c’est mieux!!!!
Le 1er MAI rebelote, je suis (verbe etre) au RDV du premier mai, cad à commémoration des morts de CHICAGO et des victimes du TRAVAIL SALARIE. Et je vous rassure c’était encore NI NI cad la pestilence du langage de JF COPPE qui se retrouve dans la bouche des gauchistes!
Vaut mieux éviter d’en dire trop, mais le pire c’est à la fin, le syndicat FO qui rappelle quelques éléments de la CHARTE D’AMIENS et celui ci en particulier, nous ne donnons aucune consigne de vote!! FACE A LA BARBARIE DANS LA VILLE DE BARBARY ils déclare ça! Burlesque, la CHARTE D’AMIENS a été écrite bien avant certaines catastrophes!
Je n’ai pas lu le journal local! c’est à vomir!!
Moi je n’ai pas de travail mais les syndicats se frottent les mains ils vont en avoir en découdre en fabriquer etc….
Remarque: dans les annuaires des POSTES il est censé se trouver de bon numero de téléphone ET bien non!!!!!!!!!

par MORIN - le 2 mai, 2017


Et bien oui je voterai blanc malgré l’entreprise trés évidente de culpabilisation des abstentionnistes qui se développe dans toutes sortes de média et qui fait figure de grossière manipulation de l’opinion. Je vais finir par croire aux thèses complotistes fustigeant le « système », alors de grâce halte aux discours bienséants et pseudo-moralisateurs dignes héritiers de la pensée unique et respectez la liberté d’autrui quitte à se tromper.

par Agon - le 2 mai, 2017


Pour ne pas mourir idiot, Je recommande l’article de Gérard Grunberg tout à fait éclairant sur ce sujet à lire sur Telos.

http://www.telos-eu.com/fr/vie-politique/la-supplique-du-journal-le-monde-a-jean-luc-melenc.html

par PITDEPIT - le 3 mai, 2017


Bonjour,

La raison et bon sens fondements de la logique. Ne pas choisir est certes, une expression de liberté,de vacuité, mais, en même temps, le piège d’un ego perché qui éloigne de l’autre. Comme tout postulat, celui-ci marque le pas au seuil de la démocratie. Trop de liberté…pas assez d’égalité, ni fraternité.

Que dire avec respect, à celui qui se ferme à la confiance de l’autre, ne lui reconnaissant en rien sa différence. Seule, l’inertie ne décide pas de l’avenir du monde!

Ne pas choisir pourrait s’entendre comme une forme d’aliénation,un casse tête,une mécanique du regret; un renoncement à la dialectique. Au reste, choisir c’est se priver! Il y faut quelque courage!

Il est heureux de ne pas tout avoir sous contrôle.Le vote blanc n’est pas blanc; il pourrait se voir plus sombre que le fruit de la fixité. C’est un geste neutre qui n’aurait d’intérêt que par ceux qui s’engagent dans un choix !

Votons, pour ou contre, mais votons.
Merci.

par phil'ofser - le 3 mai, 2017


Sans intérêt.

par Corto14 - le 3 mai, 2017


72 ans se sont écoulés depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Pendant ce temps, ce qui a provoqué l’éruption de cette guerre a bien eu le temps d’évoluer ? progresser ? en Occident.
Il est bien connu que l’histoire ne se répète pas de manière identique.
C’est cela précisément qui rend le travail de pensée, (et les responsabilités des intellectuels) si acrobatique, si difficile.
Il est regrettable que bon nombre de Français aient suivi la solution de facilité de diaboliser Marine le Pen, et ainsi de bien cantonner l’héritage hitlérien à UN seul parti POLITIQUE, au lieu d’ouvrir les yeux sur la manière dont l’héritage hitlérien imprègne l’idéologie de tous les partis politiques, les entreprises, même… vous et moi, à l’heure actuelle, en tant que manifeste idéologique d’une certaine modernité.
Il y a erreur sur la matière pour ce qui concerne la révolution.
Je maintiens que… conscients ou pas du phénomène, nous subissons la révolution à l’heure actuelle. Il est certes flatteur, et réconfortant de s’imaginer révolutionnaire, donc… un acteur puissant et volontaire de la révolution, mais.. nous la subissons, même ceux qui s’en croient acteurs… (ils sont encore si jeunes en esprit, ceux-là)
L’abstention banqueroute la légitimité de la République, tout en étant un phénomène difficile à interpréter, car elle est polysémique : elle englobe le ressentiment et le défi de personnes qui ne se sentent pas représentées par les candidats qui se proposent, mais elle manifeste aussi une certaine indifférence de personnes qui ne se sentent pas citoyennes de la République, et ne sont pas conscientes de la signification symbolique du vote. Refleterait-elle aussi la croyance que le pouvoir a déserté la nation, au profit d’une Europe fédérale supranationale, et que les représentants du peuple n’ont pas de pouvoir institutionnel réel ?L’abstention reflète aussi, je crois, la réalisation qu’un certain nombre des maux de la modernité proviennent de la corruption inévitable de la démocratie elle-même, ce qui génère… le cynisme et la désillusion qui finissent par avoir raison de tout système de gouvernement… à la longue.
Je maintiens aussi que nous avons des idées très… simplistes et naïves sur la nature de la démocratie comme organisation sociale… totalitaire. Nous ânonnons les mots « démocratie » et « amour » à longueur de journée comme s’il n’y avait pas de… face cachée sombre inéluctable à ces phénomènes. Pauvres de nous…pauvres créatures que nous sommes…
Le Web permet une organisation des élites planétaires (par élite, j’entends cette frange de la population s’étant assise sur les bancs d’une grande école, ou d’une université dans un pays occidental, diplômée de l’Université, vivant dans ou près d’un grand métropole, et cela comprend, bien entendu, bon nombre de personnes qui habitent dans les « pays en voie de développement »), partageant le même vocabulaire, la même uniformité d’idées et d’idéologie, SE RECONNAISSANT ENTRE ELLES, et prêtes à se rassembler dans des groupes d’intérêt, et de pression pour faire du lobbying, y compris social.
On peut se demander si c’est la nouvelle démocratie ou pas, mais on serait.. de mauvaise foi de nier l’ampleur de ce phénomène, ou de nier sa nature supranationale.
Il est en grande partie responsable de la fracture sociale… EN OCCIDENT ? dans le monde entier ? à l’heure actuelle, et il alimente bien des ressentiments, ainsi que des sentiments d’exclusion.

par Debra - le 6 mai, 2017



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