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La monstrueuse incompréhensibilité ou le massacre de Houla

1/06/2012 | par L. Hansen-Love | dans Monde | 1 commentaire

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Il est difficile  de  témoigner  de certains événements. C’est  sans doute une des raisons pour lesquelles les contemporains de la Shoah, en France par exemple, ont mis tant de temps à comprendre quel était le sort qui était réservé à leurs amis ou parents juifs déportés.  En   témoignent   les dernières pages du Journal d’Hélène Berr : « Treize enfants et parents, que vont-ils faire de ces petits ? S’ils déportent pour faire travailler, à quoi servent les petits ? Est-ce vrai qu’on va les mettre à l’assistance publique allemande ? […] ». Personne ne peut comprendre que des hommes,  c’est-à-dire des êtres normalement doués de raison et de compassion,  aient pu vouloir et programmer  ce crime hors norme. Nul ne peut soutenir  la « monstrueuse incompréhensibilité » de cette volonté d’en finir avec tout un peuple, d’exterminer pour exterminer, en s’en prenant délibérément et systématiquement à des femmes et à des enfants : « L’horrible illogisme de tout cela vous torture l’esprit,  il n’y a sans doute pas à réfléchir …». Et le journal de la jeune fille se clôt sobrement sur ces simples mots : « Horror, horror, horror ! ».

Je ne sais pas, nul ne sait, et peut-être  nul ne saura  jamais,  ce qui  s’est passé à Houla le 25 mai 2012 (Syrie). Il serait vain et présomptueux de tenter d’expliquer  comment l’inconcevable a pu se produire.  Il y a des actes qui dépassent l’imagination. L’historien,  le journaliste, le témoin anéantis  s’abstiendront ici  de tout commentaire : «Peut-être ce qui s’est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre, c’est presque justifier» (Si c’est un homme, Primo Levi).  Car on ne peut pas comprendre que des êtres humains  aient pu tuer des bébés, des enfants et des femmes d’une balle dans la tête. Et ceci reste vrai  quelques soient le contexte et les « raisons » de tels actes. On ne peut  tout simplement pas  admettre – accepter l’idée – que cela ait eu lieu. Le  problème, ce sont ces photos qui circulent  sur le Net  de ces petits linceuls ensanglantés et alignés sous les yeux des observateurs abasourdis de l’ONU. De bien petits linceuls…

Les téléphones portables  qui nous apportent ces images n’existaient pas lorsque Primo Levi écrivait à propos de l’inhumaine haine : «  Si la comprendre (la haine qui est étrangère à l’homme) est impossible, la connaitre est nécessaire,  parce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtres aussi » (Si c’est un homme).

Aujourd’hui nous ne disposons plus du recours  de  l’inconscience ou de l’ignorance. Mais l’impuissance demeure. Inchangée.

 

L. Hansen-Love

Professeur agrégée de philosophie, Laurence Hansen-Love a enseigné en terminale et en classes préparatoires littéraires. Aujourd'hui professeur à l'Ipesup, elle est l'auteur de plusieurs manuels de philosophie chez Hatier et Belin. Nous vous conseillons son excellent blog hansen-love.com ainsi que ses contributions au site lewebpedagogique.com. Chroniqueuse à iPhilo, elle a coordonné la réalisation de l'application iPhilo Bac, disponible sur l'Apple Store pour tous les futurs bacheliers.

 

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Commentaires

Bachar El Assad=nouvel Hitler,tel est le postulat de Mme LHL (référence à la Shoah à l’appui!).
Ridicule et lamentable rengaine dont paroles et musique ont été concoctées par les think-tanks de propagande US et satellites (UE-Israël-Arabie Saoudite et « monde sunnite » en général).
Quand l’histoire complète (des tuyaux?) de cette période en Syrie (et plus largement au Proche Orient) sera connue, nombreux seront ceux qui devront constater qu’ils s’étaient comportés comme de vulgaires « idiots utiles » de l’impérialisme US en croyant savoir (et donc de nous crier) de quel coté se trouvaient le Bien et le Mal à ce moment là!
Attitude bien peu sage en vérité pour un(e) »philosophe » que de se faire une opinion définitive sans avoir TOUS les éléments à sa disposition.
Mais que faire,c’est le défaut de (presque) tous les soi-disant « sachants » qui se croient tenus d’avoir un avis « à chaud » sur des évènements qui ont lieu à des milliers de kilomètres de l’endroit où ils vivent.
Le syndrome des « philosophes »-BFMTV:parler de tout mais toujours de manière très superficielle et bien sûr définitive.

par Jean-Paul B. - le 15 août, 2019



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