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Ivan Illich : ascèse volontaire et société conviviale

1/01/2021 | par Maël Goarzin | dans Classiques iPhilo | 2 commentaires

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ANALYSE : Penseur phare des années 1970, malheureusement tombé un temps dans l’oubli, Ivan Illich (1926-2002) fut à l’origine d’une critique puissante et originale de la société industrielle autant qu’un précurseur de l’idée de décroissance. On trouve dans son œuvre un appel à la simplicité, qui n’est pas sans faire écho à l’éthique épicurienne. C’est sur cette exhortation à l’ascèse volontaire et à la construction d’une société conviviale que Maël Goarzin nous fait méditer.


Doctorant en Philosophie antique à l’Université de Lausanne et à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) à Paris, Maël Goarzin tient le blog Comment vivre au quotidien ? consacré à l’(in)actualité de la philosophie antique. Il est membre de l’Association Stoa Gallica, pour l’étude et la pratique d’un stoïcisme contemporain. Suivre sur Twitter : @MaelGoarzin


Sous le titre Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, Thierry Paquot introduit la pensée de ce philosophe cosmopolite et présente un certain nombre de ses textes en lien avec le renoncement et l’ascèse impliqués par sa critique du productivisme et de la société de consommation (1). Il figure en effet aux côtés d’André Gorz, Jacques Ellul, Cornelius Castoriadis, mais aussi Diogène et Épicure. C’est cet ouvrage qui a éveillé ma curiosité pour Ivan Illich, dont les différents textes proposent effectivement un mode de vie et une société alternative.

La création de nouveaux besoins

Contre les besoins créés par la société de consommation pour répondre à l’objectif de croissance continue, et contre l’excès dont la poursuite dénature les relations sociales existantes et le sens de la vie, Ivan Illich appelle ses lecteurs à réfléchir à leurs besoins véritables et à se contenter de les satisfaire sans chercher à consommer et posséder toujours plus :

«Ce que je suggère, c’est que nous envisagions maintenant l’émergence d’un nouveau domaine de liberté dans lequel nous aurons exorcisé la perception, cette création récente, selon laquelle nous sommes des créatures soumises au besoin (2).»

Ivan Illich (1926-2002)

Ivan Illich propose ainsi une réflexion sur les besoins, traditionnellement distingués des désirs :

«Il fut un temps où la condition humaine renvoyait à une manière de vivre dans les limites de nécessités immuables à l’intérieur desquelles chaque culture, chaque génération cultivait des désirs et des projets de nature symbolique. Par exemple, sans moyen de transport ou de réfrigération, sans semences conçues en laboratoire, une grande variété d’aliments était cultivée qui permettait un régime alimentaire complexe mais simplement structuré, correspondant à un rythme saisonnier ritualisé (3).»

Ivan Illich souligne ici la simplicité du mode de vie basé sur la satisfaction des besoins fondamentaux, ces «nécessités immuables» que la société de consommation élargit peu à peu pour créer de nouveaux besoins. Pour cela, la société de consommation ou de développement transforme les désirs en besoins, et crée l’illusion que ces besoins peuvent (et doivent) être satisfaits. La suite du texte décrit cette rupture avec le monde préindustriel :

«Le développement est une promesse de rupture avec ce monde de la nécessité par la découverte dans la nature et la culture de ressources qui peuvent être transformés en valeur. […] Les besoins redéfinissent les désirs comme des manques devant être satisfaits par des valeurs. Par conséquent, le développement oriente les désirs vers des marchandises qui, par leur nature, doivent être perçues comme des valeurs rares. […] Désormais, les gens parlent de leurs besoins de logement, d’éducation, d’intimité. Ils renoncent volontairement à une part significative de leurs revenus pour assurer la satisfaction de ces besoins. Mais la constitution, la propagation et la prolifération des besoins prennent une forme assez différente à l’âge du développement. Le développement sous-entend la déconstruction simultanée des nécessités et des désirs, et la reconstruction de besoins devenus revendications (4).»

La transformation des désirs en besoins et la création de marchandises répondant à ces nouveaux besoins créent une certaine dépendance : prêt à renoncer à une partie importante de mes revenus pour satisfaire ces besoins, réels ou construits, je perds cette distinction traditionnelle entre besoins et désirs et revendique sans cesse la satisfaction de ces nouveaux besoins par l’achat de nouvelles marchandises. Dans La Convivialité, Ivan Illich dénonce également l’industrialisation du manque :

«Peu à peu les institutions n’ont pas seulement façonné notre demande, elles ont aussi donné forme à notre logique, c’est-à-dire à notre sens de la mesure. D’abord on réclame ce que produit l’institution, bientôt on croit ne plus pouvoir s’en passer. Et moins on jouit de ce qui est devenu une nécessité, plus on ressent le besoin de le quantifier. Le besoin personnel devient un manque mesurable (5).»

Lire aussi : Un bonheur sans croissance est-il possible ? (Anne Frémaux)

Plus encore, le besoin ou le manque deviennent partie intégrante de la condition humaine :

«L’emploi des ”besoins” pour définir la condition humaine est donc devenue axiomatique. L’être humain est perçu comme l’animal en manque. La conséquence ultime de la transformation des cultures en économie, des biens en valeurs, est la désinsertion du moi individuel. Dès lors, il semble naturel de définir la personne par des carences abstraites et non par la particularité du contexte (6).»

Face à ce constat, Ivan Illich n’est pas désespéré. Au contraire, il propose dans ses textes une société et un mode de vie alternatifs, caractérisés par la «convivialité» au sens profond, philosophique, du terme. Mais ce changement de société et de mode de vie passe par une prise de conscience de sa capacité à répondre à ses véritables besoins :

«Le manque que la société industrielle entretient avec soin ne survit pas à la découverte que personnes et communautés peuvent elles-mêmes satisfaire leurs véritables besoins (7).»

Une fois cette prise de conscience effectuée, il s’agit de penser et de mettre en œuvre un autre type de société, et une nouvelle manière de vivre : ce sera la société conviviale d’une part, et l’ascèse volontaire d’autre part.

Une société conviviale

«Une société conviviale est une société qui donne à l’homme la possibilité d’exercer l’action la plus autonome et la plus créative, à l’aide d’outils moins contrôlables. La productivité se conjugue en termes d’avoir, la convivialité en termes d’être (8).»

La société conviviale cherche à garantir l’autonomie et la créativité humaines, et s’oppose à la productivité industrielle. Loin d’évacuer la relation à l’autre, la convivialité redéfinit le cadre dans lequel cette relation a lieu :

«Nous devons, et, grâce au progrès scientifique, nous pouvons édifier une société post-industrielle en sorte que l’exercice de la créativité d’une personne n’impose jamais à autrui un travail, un savoir ou une consommation obligatoire (9).»

Au contraire, la société conviviale amplifie l’importance de la relation à l’autre, qui remplace dans ce cadre la dépendance à l’égard de l’industrie et des marchandises qu’elle impose :

«L’homme retrouvera la joie de la sobriété et de l’austérité en réapprenant à dépendre de l’autre, au lieu de se faire l’esclave de l’énergie et de la bureaucratie toute-puissante (10).»

La société conviviale est basée sur l’utilisation, par les individus, d’outils conviviaux, qui permettent à chaque individu et à la société toute entière de répondre aux besoins fondamentaux de l’existence humaine de manière autonome, c’est-à-dire par eux-mêmes, sans que la satisfaction de ce besoin soit contrôlée par une institution ou une industrie. La mise en commun des outils et la répartition de leur usage au sein d’une famille (en particulier dans un contexte intergénérationnel), d’un village, ou d’une région donnée, permet de répartir l’effort impliqué par l’usage de l’outil, et de rendre envisageable cette autonomie. Mais cette collaboration suppose l’accessibilité d’outils conviviaux. Ivan Illich définit ainsi l’outil convivial :

«L’outil est convivial dans la mesure où chacun peut l’utiliser, sans difficulté, aussi souvent et aussi rarement qu’il le désire, à des fins qu’il détermine lui-même. L’usage que chacun en fait n’empiète pas sur la liberté d’autrui d’en faire autant. Personne n’a besoin d’un diplôme pour s’en servir ; on peut le prendre ou non (11).»

«L’outil simple, pauvre, transparent est un humble serviteur ; l’outil élaboré, complexe, secret est un maître arrogant (12).»

Je prendrai pour illustrer cette distinction entre un outil convivial ou non l’exemple du vélo, que l’on peut assez facilement réparer soi-même, et de la voiture, qu’il est aujourd’hui extrêmement difficile de réparer soi-même étant donné la place de plus en plus grande de l’électronique et l’inaccessibilité (sans doute voulue) de certaines parties du moteur.

Les ateliers d’autoréparation de vélos vont dans le sens d’une société conviviale telle que définie par Ivan Illich, apprenant aux cyclistes à maîtriser toujours plus leur outil (ou moyen de déplacement) qu’est le vélo. Les constructeurs automobiles, au contraire, favorisent la société de consommation, produisant un outil (la voiture) difficile à utiliser, qui nécessite non seulement un permis de conduire, mais nécessite les révisions régulières chez le garagiste, sans qu’il soit possible de les réaliser soi-même, dans la plupart des cas.

Lire aussi : L’innovation destructrice (Luc Ferry)

Plus encore, la voiture n’est pas, pour Illich, un outil convivial car il est et a toujours été un outil trop complexe, rendant l’autoréparation difficile si ce n’est impossible. À part gonfler les pneus, changer les essuie-glaces et éventuellement faire une vidange soi-même, le reste ne sera jamais accessible à un néophyte de la mécanique. Pour Ivan Illich, une société conviviale, basée sur l’utilisation et le partage d’outils conviviaux, redonne aux individus leur autonomie, c’est-à-dire leur capacité de faire pour eux-mêmes et pour les autres ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins élémentaires :

«Les hommes ont la capacité innée de soigner, de réconforter, de se déplacer, d’acquérir du savoir, de construire leurs maisons et d’enterrer leurs morts. Chacun de ces pouvoirs rencontre un besoin. Les moyens de satisfaire ces besoins ne manquent pas, tant que les hommes restent dépendants de ce qu’ils peuvent faire par et pour eux-mêmes, le recours à des professionnels étant marginal (13).»

La société conviviale dessinée par Ivan Illich s’oppose ainsi à la mainmise de certaines institutions et de certaines industries sur la satisfaction des besoins élémentaires. Pour Thierry Paquot, Ivan Illich «oppose à la croissance pour la croissance l’univers du vernaculaire, terme qu’il remet en circulation en insistant sur sa dimension hors marché, sur son appartenance à la sphère domestique, sur tout ce qui ne résulte pas d’une action rémunérée» (14). Ivan Illich ne décrit pas en détail la société conviviale à laquelle il appelle de ses vœux, préférant mettre le doigt sur l’état de la société industrielle. Certains éléments importants de la société conviviale apparaissent néanmoins en creux, tout au long de son texte : l’importance des outils conviviaux d’une part, et le renoncement aux besoins inutiles fabriqués par la société industrielle d’autre part.

L’ascèse volontaire

À contre-courant de son époque, et de la nôtre également, Ivan Illich appelle donc à l’ascèse volontaire, afin de rompre avec le productivisme et la société de consommation et construire une société conviviale :

«Il faut apprendre à renoncer, ce qui ne s’apprend pas à l’école, apprendre à vivre à l’intérieur de certaines limites (15).»

Ivan Illich mentionne rarement les philosophes antiques. Il mentionne toutefois à plusieurs reprises le terme grec askesis, qui signifie entraînement, exercice, et qu’il utilise pour caractériser «la pauvreté volontaire», «la renonciation joyeuse » aux besoins fabriqués par la société de consommation» (16). C’est en ce sens qu’il définit l’ascèse :

«De nos jours, le renoncement n’est cependant plus un concept familier. Nous n’avons plus de mot pour désigner un renoncement courageux, discipliné, lucide, accompli dans la communauté – et c’est pourtant ce dont je parle ici. Je l’appellerai ascèse (askesis) (17).»

«Par askesis, aujourd’hui, j’entends la fuite délibérée de la consommation quand elle prend la place de l’action conviviale. C’est l’askesis, non pas le souci que j’ai de ma santé, qui me fait prendre les escaliers malgré la porte de l’ascenseur ouverte, me fait envoyer un billet manuscrit plutôt qu’un e-mail, ou me conduit à essayer de trouver la réponse à une question sérieuse avant de consulter une base de données pour voir ce qu’ont dit les autorités qui ont pu achopper avant moi sur la même difficulté (18).»

L’ascèse à laquelle Ivan Illich appelle, c’est un renoncement volontaire, réfléchi, qui prend en compte les véritables besoins de l’individu et rejette, par contraste, les besoins fabriqués qui le font perdre en autonomie. Les quelques exemples concrets choisis par Ivan Illich dans la dernière citation font largement écho à la situation contemporaine vis-à-vis des nouvelles technologies. Il est de plus en plus difficile de se passer de celles-ci, quand bien même nous n’en avons pas nécessairement besoin. Combien de mails envoyons-nous à un collègue de bureau situé à quelques pas seulement de nous ? Combien d’informations cherchons-nous immédiatement sur internet, combien d’opérations déléguons-nous aux machines, perdant par la même occasion notre capacité à rechercher l’information par nous-mêmes et à utiliser nos propres capacités de réflexion, de mémoire et de calcul ?

Lire aussi : Pour une philosophie de la décroissance (Anne Frémaux)

Bien sûr, il ne s’agit pas de renoncer à l’usage de toute nouvelle technologie, mais d’en bien considérer l’impact sur notre mode de fonctionnement et sur notre autonomie. Pour prendre un exemple issu du monde des bibliothèques, il est certain que les catalogues en ligne sont un outil très pratique, considéré désormais comme indispensables. Ce qui pose problème, pour Ivan Illich, ce n’est pas l’existence de ce catalogue en ligne, avec tous les avantages qu’il présente pour la recherche documentaire et la localisation rapide d’un document en bibliothèque, mais la dépendance de plus en plus grande vis-à-vis d’un outil qui nous impose son propre rythme, et qui s’installe dès lors que l’outil devient incontournable.

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Dans La Convivialité, Ivan Illich prend l’exemple du téléphone, qui est une formidable invention parce qu’elle permet de mettre en relation les personnes, y compris à distance. L’outil en lui-même est donc convivial, pour Ivan Illich, «et ce indépendamment de son niveau technologique» (19). Mais c’est le monopole de cet outil, la dépendance qu’il crée, qui est critiqué dans la suite du texte :

«Quand une population entière se laisse intoxiquer par un usage abusif du téléphone et perd ainsi l’habitude d’échanger des lettres ou des visites, l’erreur tient à ce recours immodéré à ce nouvel outil, convivial par essence, mais dont la fonction est dénaturée par une fausse extension de son champ d’action (20).»

De même, quand le catalogue en ligne d’une bibliothèque devient le seul moyen de trouver un document, quand le lecteur, de ce fait, perd l’habitude de rechercher par lui-même des références sur un sujet précis, en parcourant les rayons de sa bibliothèque personnelle ou de la bibliothèque universitaire, en faisant appel à ses lectures passées ou aux références bibliographiques trouvées dans un ouvrage de référence, quand le lecteur devient dépendant de l’outil pour effectuer une recherche bibliographique, l’outil est dénaturé et ne remplit plus sa fonction première, qui est de faciliter la recherche autonome de références bibliographiques. Ivan Illich est bien conscient, cependant, de la difficulté à envisager un mode de vie basé sur le renoncement. L’austérité a mauvaise presse, et pourtant, elle ne contredit pas le progrès technique et le développement de la créativité :

«L’homme moderne a du mal à penser le développement et la modernisation en termes d’abaissement plutôt que d’accroissement de la consommation d’énergie. Pour lui, une technique avancée rime avec une profonde intervention dans les processus physiques, mentaux et sociaux. Si nous voulons appréhender l’outillage avec justesse, il nous faut quitter l’illusion qu’un haut degré de culture implique une consommation d’énergie aussi élevée que possible (21).»

Lire aussi : Mieux vaut préserver l’humanité que l’améliorer (Laurence Hansen-Love)

À l’heure où la crise climatique inquiète les scientifiques et pousse les états ainsi que les individus à revoir leur mode de vie, il est intéressant de relire Ivan Illich, et d’imaginer une société décroissante encourageant les modes de vie simples. Dans Énergie et équité, Ivan Illich appelle à réduire sa consommation d’énergie, ce qui permettrait non seulement aux individus de retrouver leur autonomie, mais aussi d’ouvrir de nouveaux possibles, car «une politique de basse consommation d’énergie permettrait une grande variété de modes de vie et de cultures» (22). Si Ivan Illich ne décrit pas ces modes de vies alternatifs, se contenant de poser le cadre (une société conviviale munis d’outils conviviaux) et les moyens (une ascèse volontaire) de parvenir à ce changement de société, le discours d’Ivan Illich ouvre la porte à une pluralité de modes de vie, inspirés du passé ou totalement nouveaux :

«Je ne donne pas de recettes pour changer l’homme et refaire une nouvelle société, et je ne prétends pas savoir comment les personnalités et les cultures vont changer. Il est toutefois une certitude : une pluralité d’outils limités et d’organisations conviviales encouragerait une diversité de modes de vie, qu’elle tienne davantage de la mémoire, c’est-à-dire de l’héritage du passé, ou de l’invention, c’est-à-dire d’une création à nouveaux frais (23).»

Thierry Paquot note ainsi l’actualité de la réflexion d’Ivan Illich :

«Consommer moins, user de techniques simples, rechercher l’autonomie à l’échelle locale, tout cela nous parle encore, malgré les certitudes des décideurs à maintenir le cap de la croissance (24).»

L’écho de ses propos avec le discours des décroissants aujourd’hui est évident, et confirme son statut de précurseur de la décroissance et de la simplicité volontaire, à l’image d’Épicure. Ceci explique sans doute le regain d’intérêt actuel pour la pensée d’Ivan Illich, ce qui est très certainement une bonne chose !

(1) Thierry Paquot, Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, Lyon, Éd. Le Passager clandestin, «Les précurseurs de la décroissance», 2019. Pour une introduction générale à la pensée d’Ivan Illich, voir aussi Thierry Paquot, Introduction à Ivan Illich, Paris, Éd. La découverte, 2019.
(2) Ivan Illich, «L’énergie, un objet social», cité par Thierry Paquot, Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p.74.
(3) Ivan Illich, «L’ombre que l’avenir projette», cité par Thierry Paquot, Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p.109.
(4) Idem., pp.109-110.
(5) Ivan Illich, La Convivialité, Paris, Éd. du Seuil, 1973, p.39.
(6) Ivan Illich, Œuvres complètes, vol. 2, Paris, Éd. Fayard, 2005, p.741.
(7) Idem, p.42.
(8) Idem, p.43.
(9) Idem, p.31.
(10) Idem, p.33.
(11) Idem, p.45.
(12) Idem, p.101.
(13) Idem, p.83.
(14) Thierry Paquot, Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p. 42.
(15) Ivan Illich, La Convivialité, op. cit., p. 98.
(16) Ibidem.
(17) Ivan Illich, «Le renoncement à la santé», cité par Thierry Paquot, Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p. 90.
(18) Ivan Illich, «Soins médicaux pour un système immunitaire», in La perte des sens, Paris, Fayard, 2004, p. 266. Cité par Thierry Paquot dans Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p. 44.
(19) Ivan Illich, La Convivialité, op. cit., p. 45-47.
(20) Ibidem, p. 46.
(21) Ibidem, p. 51.
(22) Ivan Illich, Énergie et équité, in Œuvres complètes, vol. 1, Paris, Éd. Fayard, 2004, p. 384. Cité par Thierry Paquot dans Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p. 36.
(23) Ivan Illich, La Convivialité, op. cit., p. 35-36.
(24) Thierry Paquot, Ivan Illich pour une ascèse volontaire et conviviale, op. cit., p. 37.

Crédits: «Amsterdam, my bicycle downstair!», par titou du Pian, Licence CC BY-NC-ND 2.0 ; « Hit me with a text », par RyanKemmers, Licence CC BY-NC-ND 2.0 ; «File:I.I.jpg» par Adrift Animal, Licence CC BY-SA 4.0.

 

Maël Goarzin

Doctorant en Philosophie antique à l’Université de Lausanne et à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) à Paris, Maël Goarzin tient le blog Comment vivre au quotidien ? consacré à la philosophie comme manière de vivre et à l’(in)actualité de la philosophie antique. Il est membre de l’Association Stoa Gallica, pour l’étude et la pratique d’un stoïcisme contemporain. Suivre sur Twitter : @MaelGoarzin

 

 

Commentaires

Sans être du tout experte en la pensée d’Ivan Illich, je crois qu’il était aussi prêtre dans la Grande Romaine, avec qui il entretenait une relation complexe.
Il me semble important de le présenter aussi sous cet angle…

Il y a quelque temps j’ai voulu lire « La convivialité » en petit comité. Au cours du premier chapitre (environ), je suis tombée sur une phrase où Illich faisait remarquer que nous vivions dans des sociétés post industrielles.
Cette phrase m’a interpellée, et continue de le faire, car si je ne nous vois pas trop… PRODUIRE de produits industriels (des choses), cette production a été délocalisée pour permettre à d’autres de produire ces produits industriels que nous nous contentons d’acheter.
« Noblesse » oblige… nous sommes trop nobles pour produire ce que nous produisions autrefois. Nous le faisons produire par d’autres dans une civilisation qui continue à carburer à l’organisation industrielle du travail.
L’organisation industrielle du travail lui est fatale, je le crains…
Là où nous nous contentons de déléguer notre travail aux machines, nous dévalorisons invariablement les produits de ces machines à nos propres yeux… quelque part. Peut-être pas dans la partie de l’iceberg qui est au dessus de l’eau, mais dans la partie qui est en dessous. Et, dévalorisant les produits de ces machines, nous dévalorisons le travail ET les travailleurs.
Dans la citation de Descartes que je sors de la boite souvent sur ce blog, Descartes introduit une opposition entre le monde qui se profile devant lui, qui est le nôtre, et le monde des artisans, et leurs métiers, qu’il a encore sous les yeux, comme si il avait une intuition que le monde à venir allait détruire les artisans, et la noblesse de leur mode de travail.
L’opposition « besoin/désir » ne me parle pas trop, surtout si on tient comme principe que l’Homme ne peut pas vivre que du pain. Si on admet que l’Homme ne peut pas vivre que du pain sans mourir… quelque part, il reste à déterminer ce qu’il lui faut de plus ? d’autre ? pour… ne pas mourir (et je ne réduis pas l’Homme à une pure enveloppe corporelle réifiée, là). Peut-être lui manque-t-il un travail qui ne le dévalorise pas, entre autres ?
Ailleurs qu’ici, je lis des textes qui parlent de notre… BESOIN ?? de nous donner notre propre loi, de NOUS instituer (autonomie), et il me semble que ce besoin d’autonomie nous a poussé très loin pour éviter de dépendre d’autrui. Besoin… d’indépendance ? De « liberté » du lien à autrui vécu comme entrave ?
N’est-ce pas piquant que notre besoin de ne pas dépendre d’un autre en chair et en os pourrait nous pousser à organiser nos maisons d’une manière qui nous évite de sortir dehors pour chercher l’eau au puits et… rencontrer d’autres gens, ou.. nous fatiguer à porter l’eau jusque chez nous. Que maintenant nous achetons de couteuses machines à café sophistiquées pour faire un café de café CHEZ NOUS le matin, au détriment de l’institution du café comme lieu ? Que nous avons importé des écrans grandeur cinéma pour nos salons PRIVES ET INDIVIDUELS?
Mais qui aurait pu imaginer que le confort, la facilité, le progrès dans nos vies quotidiennes se paieraient si cher, A LA LONGUE ?
Ceci dit… je peux témoigner de l’intérêt de déléguer moins aux machines, et faire plus soi-même, y compris un peu à la sueur de son front.
Quand on transpire, on sait qu’on est un corps, et ça, c’est salutaire à mes yeux maintenant…

par Debra - le 1 janvier, 2021


Marrant de lire ce souhait d’échapper à  » la bureaucratie toute-puissante  » alors que nous assistons au naufrage de notre Administration de la Santé ! Une Administration obèse, conçue sur le modèle de l’armée mexicaine : mille- feuille administratif aux innombrables strates, dont les inénarrables Agences régionales de santé, pléthore de dirigeants parfaitement inefficaces , mais manque criant de personnel, de matériel, de moyens là où se fait le vrai boulot. Plantage sur les masques, sur les tests et maintenant sur les vaccins : 2020 restera dans l’Histoire comme l’année où les Français auront assisté à la débâcle de leur État , à son effondrement sous le poids d’une bureaucratie adipeuse . Mais c’est nous qui l’avons laissée croître, proliférer, métastaser. Une chimiothérapie s’impose. Sinon je crains le pire.

par Philippe Le Corroller - le 3 janvier, 2021



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