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Michel Foucault, le Covid-19 et le «combat immense et multiple des savoirs»

20/05/2021 | par Jean Zaganiaris | dans Art & Société | 2 commentaires

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COMMENTAIRE : La pandémie est l’objet de vives disputes sur ce qui serait médicalement vrai et ce qui relèverait de fakenews. Le philosophe et historien de la littérature Jean Zaganiaris a exhumé pour l’occasion un texte de Michel Foucault dont il révèle toute l’actualité. Sans verser dans le scepticisme, l’auteur de Il faut défendre la société invite à ne pas considérer la fabrique conflictuelle des savoirs comme une lutte entre le jour et la nuit.


Docteur en Science politique de l’Université de Picardie, enseignant-chercheur à l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat de 2010 à 2019, Jean Zaganiaris est professeur de philosophie au lycée Descartes de Rabat et appartient à la formation doctorale «Genre, culture, société» de l’Université Hassan II. Il a notamment publié Un printemps de désirs, Représentations des genres dans la littérature et le cinéma marocains à l’heure des Printemps arabes (éd. La Croisée des Chemins, 2014) et Parlez-moi de Littérature, pour un autre regard sur le champ littéraire marocain (éd. Marsam, 2017).


«La généalogie des savoirs […] a à déjouer ce qui au XVIIIe (et d’ailleurs au XIXe et au XXe siècle encore) a été décrit comme étant la lutte de la connaissance contre l’ignorance, de la raison contre les chimères, de l’expérience contre les préjugés, des raisonnements contre l’erreur, etc. Tout cela, qui a été décrit et symbolisé comme la marche du jour dissipant la nuit, c’est ce dont il faut, je crois, se débarrasser : [il faut, en revanche,] percevoir au cours du XVIIIe siècle, au lieu de ce rapport entre jour et nuit, entre connaissance et ignorance, quelque chose de très différent : un immense et multiple combat, non pas donc entre connaissance et ignorance, mais un immense et multiple combat des savoirs les uns contre les autres – des savoirs s’opposant entre eux par leur morphologie propre, par leurs détenteurs ennemis les uns des autres, et par leurs effets de pouvoir intrinsèques».

Michel Foucault, Il faut défendre la société, Cours au collège de France, 1976

Le 28 octobre 2020, sur l’antenne de Franceinfo, le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, a dit que le professeur Didier Raoult «nous a[vait] donné une bonne leçon d’utilisation malfaisante des réseaux sociaux et des médias» et a regretté qu’une minorité de chercheurs ait été «autant médiatisée que 99% des scientifiques, qui étaient d’accord entre eux». Cette intervention médiatique montrant les désaccords au sein du corps médical est une belle illustration de la lutte des savoirs dont parle Michel Foucault, notamment dans l’ouvrage Il faut défendre la société – Cours au collège de France publié en 1976. Il y montre que les savoirs ne doivent pas être décrit par des oppositions binaires (connaissance/ignorance, raison/chimère) mais à travers la lutte qu’ils mènent entre eux : il faut rompre radicalement avec ce premier type de représentation et admettre l’existence d’un gigantesque combat entre des savoirs détenus par différents acteurs.

Pourquoi est-ce que Foucault perçoit cette rupture dans la façon de représenter les savoirs ? Est-ce que parler d’une lutte entre les savoirs supposerait que l’auteur de Il faut penser la société verserait dans un certain scepticisme ou bien cela signifierait qu’il a essayé de penser une autre façon de chercher à atteindre la vérité ? Dans cet article qui prend volontairement la forme d’un commentaire du texte publié en accroche, nous verrons la façon dont Foucault remet en cause les oppositions binaires (lignes 1-7) puis si l’on peut parler de scepticisme (lignes 7-12). Nous examinerons enfin le rapport complexe qu’établi Foucault entre savoir, vérité et pouvoir (lignes 12-14).

Le dépassement des oppositions binaires

Dans la première partie du texte, Foucault remet en cause les représentations du savoir opérant à travers des oppositions binaires : connaissance/ignorance, raison/chimère, expérience/préjugés, raisonnement/erreur. Ces dernières sont réunis sous l’appellation ironique «jour/nuit», renvoyant implicitement à l’allégorie de la caverne de Platon. Pourquoi est-ce que la nature de ces oppositions admises jusqu’à présent comme étant la façon la plus adéquate de représenter les savoirs pose problème à Foucault ? Il semblerait que la lutte d’une entité moniste (la connaissance, la raison) contre une autre (l’ignorance, les chimères) donnerait une vision figée, presque manichéenne du savoir. Sur ce point, Foucault reprend à son compte la démarche de Nietzsche qui invitait dans son œuvre à se défaire des oppositions entre le vrai et le faux, le beau et le laid, le bien et le mal, et à prendre en compte la pluralité, les multiplicités constitutives de la réalité humaine. Le terme «généalogie» est d’ailleurs une référence à la démarche adoptée par Nietzsche dans Généalogie de la morale, où il est question non pas de penser nos valeurs morales à partir de l’opposition entre le bien et le mal mais de chercher au sein de l’histoire de quelle façon elles sont apparues et comment elles se sont imposées à nous. La généalogie part du présent et s’efforce de reconstituer tous les accidents, les événements fortuits, les mensonges, les rapports de force qui ont permis à certaines formes de savoir ou à certaines pratiques de pouvoir de s’imposer à nous [1].

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Foucault transpose la démarche de Nietzsche vis-à-vis des valeurs à la description des savoirs. Selon lui, il faut rompre avec l’idée que les contraires puissent s’opposer de manière radicale. La lutte entre la connaissance, supposant un savoir exact que l’on doit posséder, et l’ignorance, renvoyant au fait de ne pas connaître ce qui devrait être connu, est à la fois artificielle et normative. Cette artificialité peut être illustrée par l’unilatéralité du combat que la philosophie des Lumières, incarnée par les connaissances de l’Encyclopédie ou le Dictionnaire de philosophie de Voltaire, prétendait mener contre le «fanatisme» et la «superstitions», sans prendre en compte la diversité des formes de savoirs. De plus, la lutte entre connaissance et ignorance possède une dimension normative car elle suppose qu’il est bien de connaître et qu’il est mauvais d’ignorer. Toutefois, les critères affirmant que l’on posséderait la connaissance ou bien que nous sommes ignorants ne contiennent-ils pas une part d’arbitraire ?

La démarche de Foucault montre que ces oppositions binaires à partir desquels nous représentons le savoir ne correspondent pas à la réalité des choses. En regroupant toutes ces oppositions sous l’image symbolique du «jour» dissipant «la nuit», on perçoit la rupture avec la pensée de Platon. Dans la célèbre allégorie de la caverne (La République, Livre VII), ce dernier oppose le monde sensible, le monde des sens, le monde des illusions (des chimères), et le monde intelligible, le monde de l’intellect (de la raison), le monde de la connaissance. Le monde des illusions, des chimères, est un monde où l’on est habitué à voir des représentations sur le mur de la caverne et à croire que ces dernières sont vraies. Le monde intelligible est le monde hors de la caverne, au sein duquel nous ne percevons pas avec nos sens mais avec notre intellect et où les choses nous apparaissent telles qu’elles sont et pas telles qu’on les imagine. Cette représentation binaire – monde sensible et monde intelligible – est remise en cause car elle ne tient pas compte de la diversité des savoirs et des différentes façons de produire un discours de vérité, notamment à travers les rapports de force.

Il en est de même de l’opposition expérience/préjugé ou raisonnement/erreur. L’opposition expérience/préjugé renvoie à la recherche de la vérité dans le domaine scientifique. Si pour Platon, les sens sont trompeurs, les empiristes tels que Hume ou Locke considéraient qu’il était possible d’acquérir du savoir à partir de ce que l’on voit, de ce que l’on entend etc. Les expériences vécues permettent d’acquérir des savoirs qui sont probablement vrais. Toutefois, là encore, Foucault rejette cette conception binaire car nos sens peuvent amener à différentes représentations de ce que l’on affirme comme étant vrai. Ce serait donc les différentes interprétations des expériences qu’il faudrait prendre en compte et non pas l’opposition expérience/préjugés pour décrire les savoirs. Entre mars et octobre 2020, les rapports de force autour de l’usage recommandé ou pas de la chloroquine illustrent cela.

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Il en est de même de l’opposition raisonnement/erreur, semblant renvoyer implicitement à Descartes. Cette façon de décrire les savoirs suppose qu’une démonstration exacte menée par l’esprit peut nous conduire à des vérités premières, c’est-à-dire à des vérités dont on ne peut douter et que l’on posséderait de manière innée car Dieu les a placées en nous. L’erreur serait ce qui n’apparaît pas de manière claire et distincte à notre esprit, ce dont on doute. Foucault conteste cette façon de décrire le savoir car elle oppose schématiquement ceux qui posséderait une vérité uniforme grâce à un bon usage de leur raison et ceux qui ne la posséderaient pas car ils feraient un mauvais usage de leur raison.

Est-ce que cette remise en cause de la pensée de Platon, des empiristes, de Descartes, supposerait que Foucault soit un sceptique, c’est-à-dire qu’il penserait que l’on ne peut pas atteindre la vérité et qu’il faille suspendre son jugement ? Voyons justement de quelle façon Foucault oppose des points de vue adverses, à l’instar de Sextus Empiricus dans les Esquisses pyrrhoniennes, sans pour autant affirmer qu’il se rattache aux conclusions du scepticisme     

 Le scepticisme foucaldien

 Dans la deuxième partie du texte, Foucault invite à se débarrasser des représentations du savoir en termes d’oppositions binaires et à prendre en compte ce qu’il appelle un «immense» et «multiple» combat que les savoirs mènent entre eux. Nous pourrions supposer que Foucault considère «savoirs» et «connaissances » comme synonymes – ce qui est le cas dans le langage courant. Toutefois, la connaissance est située du côté d’une description du savoir supposant l’existence d’une vérité cachée, qu’il faudrait dévoiler, d’une vérité correspondance impliquant qu’il existerait une adéquation entre l’énoncé et le réel ou d’une vérité cohérence, sous-entendant qu’un énoncé est vrai s’il ne se contredit pas, s’il est le fruit d’une démonstration logique ? Différencier le savoir et la connaissance suppose de rompre avec ces conceptions de la vérité. Décrire le savoir suppose non pas de le représenter à travers l’opposition binaire connaissance/ignorance mais de rendre compte du combat que les différents discours prétendant à la connaissance, à la raison, à l’expérience, au raisonnement, mènent entre eux et rendre compte des différentes prétentions à détenir la vérité.

Il s’agit de bien comprendre ce que Foucault sous-entend par «combat». Ce ne sont pas des débats constructifs et respectueux mais des rapports de force parfois violents entre différents protagonistes. Foucault s’oppose aux conceptions délibératives de Jürgen Habermas, suggérant dans son livre sur l’Espace public (1962) que c’est par le débat, l’échange d’arguments et la remise en cause de ses idées par la confrontation avec celles des autres que l’on peut parvenir à des connaissances exactes sur des questions scientifiques, philosophiques ou politiques. Pour Foucault, le savoir est lié avant tout au pouvoir et à un combat sans merci que les savoirs mènent entre eux. C’est ce qu’illustrent les passages sur la maladie dans L’Ordre du discours [2]. Foucault montre que toute science est confrontée à son extériorité, c’est-à-dire à des savoirs extérieurs à la discipline prétendant détenir la vérité sur telle ou telle domaine de connaissance. Ce n’est pas simplement les médecins qui produisent un savoir sur la santé mais aussi les hommes politiques, les guérisseurs, les militants associatifs, les écrivains, les philosophes des sciences.

Foucault parle d’un «immense» combat car sa portée concerne toute la société, et pas simplement le domaine médical, politique ou moral. Ce combat est également «multiple» car il incluse plusieurs catégories d’acteurs appartenant à différents domaines et s’affrontant de manière virulente.  Nous pouvons illustrer cet aspect immense et multiple des combats des savoirs entre eux avec l’apparition du virus du sida au cours des années quatre-vingts. À côté des savoirs médicaux qui s’affrontaient entre eux, notamment sur l’efficacité des premiers médicaments, d’autres types de savoirs non scientifiques sur le sida sont apparus. Lors des années quatre-vingt-dix, des savoirs politiques, des savoirs moraux et des savoirs militants se sont affrontés très violemment. Le film 120 battements par minute (2017) montre la nature des actions menées par Act’up, une association militante de lutte contre le sida. La production de savoirs à travers leurs discours s’opposait aux savoirs moraux de certaines associations catholiques, aux savoirs de l’État régulant ce que l’on peut montrer ou pas quant aux modes de prévention ou bien les savoirs médicaux quant aux protocoles d’expérimentation et de diffusion des nouveaux médicaments. Entre les années quatre-vingt et deux mille vingt, ces savoirs ainsi que les rapports de force qui les caractérisent ont évolué mais ils restent néanmoins présents. La lutte que les différents savoirs mènent entre eux montre que le rapport à la vérité est un enjeu de lutte, le fruit d’un rapport de force.

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Contrairement à la première représentation des savoirs recourant aux oppositions des savoirs, la deuxième façon qui décrit ces derniers à partir de la lutte qu’ils mènent entre eux supposerait-elles qu’il existerait non pas une mais plusieurs vérités ? Les propos de Foucault impliqueraient-ils que l’on puisse dire «à chacun sa vérité» ? La réponse à cette deuxième question est négative car Foucault, tout comme Bachelard, dissocie le savoir de l’opinion. Ce ne sont pas de simples opinions subjectives mais des prétentions argumentées à détenir la vérité qui luttent entre elles. Peut-on dès lors en déduire que Foucault est sceptique ? Cela signifierait que ce dernier suppose que l’on devrait se contenter de l’équilibre entre les choses, c’est-à-dire ce qui existe, et les points de vue adverses prétendant détenir la vérité qui s’affrontent entre eux. Les sceptiques refusent d’accorder crédit à tel point de vue plutôt qu’un autre et suspendent leur jugement. Est-ce que le cas de Foucault ? Nous pourrions à première vue le croire. Toutefois, la dernière phrase du texte nous invite à la prudence et à la remise en cause d’un Foucault adhérent aux conclusions du scepticisme. En effet, que se passe-t-il lorsque l’un des adversaires gagne cet «immense» et «multiple» combat ?        

Savoir, vérité et pouvoir

Notre troisième partie revient sur la portée de la dernière phrase du texte et montrera qu’il faudrait relier les propos foucaldiens avec ce que le philosophe Olivier Dekens nomme la «vérité-expression» [3], plutôt qu’avec le scepticisme. La vérité expression suppose qu’un discours est vrai grâce au pouvoir d’affirmation qu’il dégage et qui lui permet de s’imposer au détriment d’autres savoirs concurrents.

Lorsque Foucault décrit cette lutte entre les savoirs en insistant sur leur forme extérieure, sur les caractéristiques de leurs détenteurs et les effets de pouvoir qu’ils dégagent, nous pouvons supposer qu’il y aurait une issue à ce combat. Quelqu’un pourrait le remporter et s’imposer face à ses concurrents comme le vainqueur. Pour prendre l’exemple de la lutte des savoirs autour de l’usage de la Chloroquine comme médicament susceptible de guérir le Covid-19, certains savoirs en sa faveur se sont imposés comme vrai dans le combat médiatique menés par les scientifiques. Ils ont eu même eu des effets de réalité car certains pays ont choisi de retenir ce médicament et de le prescrire aux patients. Toutefois, en mai 2020, l’OMS a décidé de suspendre ses essais sur ce médicament par mesure de sécurité et en octobre 2020 la revue scientifique The New England Journal of Medicine publie un article indiquant que la chloroquine ne serait pas un médicament efficace contre le Covid-19 et ne réduirait pas la mortalité [4]. Pour Foucault, la vérité ne consiste pas à dévoiler ce qui serait caché mais incarne du point de vue de la forme le discours qui s’est imposé au sein du combat. C’est pour cela qu’il insiste sur la forme de ces savoirs, la nature de leurs détenteurs et les effets de pouvoirs qui leur sont propres.

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Dans ce contexte de pandémie que nous connaissons actuellement, Foucault ne se focaliserait pas sur la lutte entre les fakes news et les discours scientifiques mais sur la lutte que les savoirs possédant une légitimité scientifique mènent entre eux. La morphologie d’un savoir renvoie à sa forme extérieure. Ce dernier n’aura pas le même effet dans le combat selon qu’il soit oral (intervention médiatique) ou écrit. L’écrit n’aura pas la même portée selon qu’il soit publié dans un média en ligne, quand bien même il ne s’agit pas de vulgarisation, et dans une revue scientifique avec comité de lecture qui possède une certaine notoriété. Foucault insiste également sur la nature des détenteurs de ces savoirs. En effet, ces derniers n’existent pas uniquement dans le dit monde des Idées platonicien, indépendamment des acteurs qui les produisent à partir de la position qui est la leur au sein du champ de lutte et de la démarche qui est la leur pour remporter le combat. De ce point de vue, la position de Foucault au sujet de «l’immense» et «multiple» combat se rapproche paradoxalement beaucoup plus de la démarche sociologique de Pierre Bourdieu que des sceptiques. Pour Bourdieu, les agents sont dotés de certains capitaux culturels, économiques, relationnels qui leur permettent de lutter au sein du champ et de s’imposer comme dominant ou de rester dominé. La description des savoirs ne peut faire l’économie selon Foucault d’une prise en compte de la multiplicité qui les caractérise, de leur forme, de ceux qui les détiennent et des effets de pouvoir qu’ils exercent au sein d’une lutte qui n’est pas sans issue. Le savoir qui s’impose comme vrai est celui qui possède le plus de pouvoir.

Dans cet extrait, Foucault montre donc qu’il ne s’agit pas de décrire le savoir de manière uniforme mais plutôt de restituer la lutte que les différents savoirs mènent entre eux à telle ou telle époque de l’histoire ou de notre temps présent afin de prétendre à la vérité. La démarche généalogique invite à se déjouer des oppositions binaires et à prendre en compte la multiplicité de ces savoirs, sans forcément verser dans le scepticisme.

[1] H. Dreyfus, P. Rabinow, Michel Foucault, un parcours philosophique, Éd. Gallimard, Paris, 1984, pp.160-161.
[2] M. Foucault, L’Ordre du discours, Éd. Gallimard, Paris, 1971, pp.32-36.
[3] Cf. Olivier Dekens, «Foucault ou le courage de la vérité».
[4] Sur ce point, voir l’article de la rédaction de Média 24. Lire également la tribune exprimant un discours contraire.

 

Jean Zaganiaris

Docteur en Science politique de l'Université de Picardie, enseignant-chercheur à l'Ecole de gouvernance et d'économie de Rabat de 2010 à 2019, Jean Zaganiaris est professeur de philosophie au lycée Descartes de Rabat et appartient à la formation doctorale «Genre, culture, société» de l'Université Hassan II. Il a notamment publié Un printemps de désirs, Représentations des genres dans la littérature et le cinéma marocains à l'heure des Printemps arabes (éd. La Croisée des Chemins, 2014) et Parlez-moi de Littérature, pour un autre regard sur le champ littéraire marocain (éd. Marsam, 2017).

 

 

Commentaires

Intéressant. Je ne suis pas suffisamment lectrice de Foucault pour en parler.
Je partage son souci d’essayer de sortir de l’impasse opposition binaire, mais…
Avec le temps, l’opposition binaire m’interroge de plus en plus. Quand on songe qu’il aura fallu du temps à la Grande Romaine pour édifier le Purgatoire pour nuancer l’opposition binaire paradis/enfer (songer que les Eglises Protestantes, souvent assez rationalistes, ont évacué le Purgatoire comme institution et construction intellectuelle et spirituelle), on voit que l’opposition binaire est promise à un bel avenir.
Sans doute l’image « jour/nuit » y est pour beaucoup. Comme le fait que l’être humain ait deux bras, deux jambes, deux mains, etc, etc. Le deux…le premier savoir émane de l’observation de son propre corps. Credo.

Il y a un aspect dans le texte de Foucault qui me dérange, tout de même : c’est la manière dont il ramène la compétition entre les savoirs à des rapports de force.

C’est la première fois que j’y pense, mais parler de rapports de force entre… LES MOTS, je suis d’accord. Les mots sont engagés dans des rapports de force, parce que les mots sont des êtres… désincarnés. Alors que les scientifiques, les hommes et femme politiques sont AUSSI des êtres de chair. (Comme nous tous. Universalité de la condition humaine sous cet aspect.) En tant qu’êtres de chair, ils sont le lieu où la chair est soumise à une inévitable corruption, (avec prothèses, implants, nano particules ou pas…), et où le passage du temps finit par faire des ravages. En tant qu’êtres de chair, ils ont les moyens de se savoir fragiles, vulnérables. Sans doute, le fait de se dire un être… d’esprit, de produire… des mots, des livres, des écrits, des productions de l’esprit, donne l’illusion o combien illusoire de pouvoir échapper à cette condition, mais… ce n’est qu’une illusion.

J’ai observé depuis au moins 10 ans maintenant une explosion dans l’OPPOSITION BINAIRE dominants/dominés, (gagnant/perdant), ce qui me semble de très mauvais augure pour la paix dans nos contrées.
En me souvenant que dans le temps, nos ancêtres employaient très souvent le mot « dominus », en le RESERVANT pour Dieu, je ne peux que penser que notre… libération ? de Dieu a fait exploser le nombre de.. « dominants » dans notre imaginaire collectif, tout en mettant sur le tapis de manière incandescente le vieux problème de l’esclavage…
Cela ne me semble nullement un souverain bien… Je préfère mille fois avoir UN maître souverain, d’un autre monde, à combien d’autres… en chair et en os ? dans le corps social…En sachant que les mots, ces êtres désincarnés, sont autant d’Erinyes toujours à l’affût de nouveaux.. sens pour pouvoir vouloir dire…
Ah… notre capacité de nous rendre esclaves est sans fin.
Enfin, nos outils technologiques, produits de l’idéologie scientifique, ont créé une situation où un savoir quelconque est périmé l’instant après sa publication. L’idéologie scientifique, en triomphant dans les esprits, et en remplaçant progressivement la vieille cosmogonie religieuse, a organisé sa propre défaite, en tant qu’opposition à cette cosmogonie. Comment être…une force d’opposition quand on détient le pouvoir dans les esprits ?
C’est comme ça que les premiers finissent… les derniers. Et vice versa.

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